‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 256 sur 309 · LA FÉE ET LA PÉRI · texte numérisé non relu

LA FÉE ET LA PÉRI

Leur ombre vagabonde, à travers le feuillage, Frémira ; sur les vents ou sur quelque nuage, Tu les verras descendre; ou, du sein de la mer S'élevant comme un songe, éiinceler dins l'air; Et leur voii, toujours tendre et doucement plaintive, Caresser en fuyant ton oreille attentive.

Akdr£ Ciikmbr.

UMJ.ADE QUINZIÈME

Enfants! si vous mouriez, gardez bien qu'un esprit De la route des cieux ne détourne votre Ame ! Voici ce qu'autrefois un vieux sage m'apprit : — Quelques démons, sauvés de l'éternelle ilamme, Rebelles moins pervers que l'archange proscrit, Sur la terre, où le feu, l'onde ou l'air les réclame. Attendent, exiles, le jour de Jésus-Christ. Il en est qui, bannis des célestes phalanges, Ont de si douces voix qu'on les urend pour des anges. Craignez-les : pour mille ans exclus du paradis. Ils vous enlraiueraient, enfants, au purgatoire! — Ne me demandez pas d'où me vient cette histoire; Nos pères l'ont contée, et moi je la redis.

LK PEIK.

Où vas-tu donc, jeune âme?... Ecoute!

Mon palais pour toi veut s'ouvrir.

Suis-moi, des cieux quitte la route. Ilélnsî tu t'y perdrais sans doute, Nouveau-ué qui viens de mourir!

Tu pourras jouer à toute heure

Dans mes beaux jardins aux fruits d'or;

Et de ma riante demeure

Tu verras la mère qui pleure

Prés de ton berceau, tiède encor.

Des péris je suis la plus belle :

Mes sœurs régnent où naît le jour; Je brille en leur troupe immortelle.

Comme entre les Heurs brille celle Que l'on cueille en rêvant d'amour.

Mon front porte un turban de soie; Mes bras de rubis sont couverts; Quand mon vol ardent se déploie.

L'aile de pourpre (|ui tournoie Roule trois yeux de flamme ouverts.

Plus blanc qu'une lointaine voile.

Mon corps n'en a point la pAleur, En quel([ue lieu qu'il se dévoile, Il l'eclaire comme une étoile, 11 Tembaume comme une fleur !

LA FBiS.

Viens, bel enfant 1 je suis In fée.

Je ré^ne aux bords où le soleil.

Au sein de l*onde réchauffée, Se plonge, éclatant et vermeil.

Les peuples d'Occident m'adorent :

Les vapeurs de leur ciel se dorent Lorsque je passe en les touchant; Reine des ombres léthargiques, Je bâtis mes palais magiques Dans les nuages du couchant.

Mon aile bleue est diaphane :

L'essaim des sylphes enchantés

Croit voir sur mos dos, quand- je pin no,

Frémir deux rayons nrgentés.

Ha main luit, rose et transparente;

Mon souflle est la brise odorante

Qui, le soir, erre dans.les champs;

Ma chevelure est radieuse.

Et ma bouche mélodieuse

Mêle un sourire d tous ses chants !

J*ai des grottes de coquillages; J'ai des tentes de rameaux verts ; C'est moi que bercent les feuillngos.

Moi que berce le flot des mers.

Si lu me suis, ombre ingénue, Je puis l'apprendre où va la nue, Te montrer d'où viennent les eaux; Viens, sois ma compagne nouvelle.

Si lu veux que je te revoie Ce que dit la voix dos oiseaux.

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