‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 291 sur 309 · DICTÉ APRÈS JUILLET · texte numérisé non relu

DICTÉ APRÈS JUILLET

Aigle quils devaient suivre ! aigle de notre armée Dont la plume sanglante en cent lieux est semée, Dont le tonnerre un soir s^éleipit dans les flots, Toi, qui les as couvés dans Taire paternelle, Regarde, et sois joyeuse, et crie, et bats de Taile, Mère, tes aiglons sont éclos !

Frères! et vous aussi vous avez vos journées! Vos victoires, de chêne et de fleurs couronnées, Vos civi(}ues lauriers, vos morts ensevelis, Vos triomphes, si beaux à l'aube de la vie. Vos jeunes étendards, troués à faire envie A de vieux drapeaux d*Austerlilz !

Soyez fiers; vous avez fait autant que vos pères. Les droits d*un peuple entier conquis par tant de guerres, Vous les avez tirés tout vivants du linceul. Juillet vous a donné, pour sauver vos familles, Trois de ces beaux soleils qui brûlent les bastilles ; Vos pères n*en ont eu qu'un seul !

Votis êtes bien leurs fils ! c*est leur sang, c*est leur Âme Qui fait Tos bras d*airain et vos regards de flamme: Us ont tout commencé': vous avez votre tour. Votre mér€, c'est bien cette France féconde Qui fait, quand il lui plaît, pour Texemple du monde, Tenir un siècle dans un jour.

L'Angleterre jalouse et la Grèce homéri^e, Toute l'Europe admire, et la jeune Amérique Se lève et bat des mains du bord des océans. Trois jouruprous ont suffi pour briser vos entraves. Vous êtes les aines d'une race de braves, Vous êtes les fils des géants!

C'est pour vous qu'ils traçaient avec des funérailles Ce cercle triomphal de nlaines de batailles, Chemin victorieux, prodigieux travail.

Qui, de France parti pour enserrer la terre, En passant par Moscou, Cadix, Rome et le Caire, Va de Jemmape â Montmirail !

Vous êtes les enfants des belliqueux lycées ! Là vous applaudissiez nos victoires passées ; Tous vos leux s'ombrageaient des plis d'un étendard. Souvent napoléon, plein de grandes pensées. Passant, les bras croisés, dans vos lignes pressées, Aimanta vos fronts d'un regard !

Quand notre ville épouvantée, Surprise un matin et sans voix, S'éveilla toute garrottée Sous un réseau d'iniques lois, Chacun de vous dit en son ftmè :

« C'est une trahison infâme!

«( Les peuples ont leur lendemain.

«( Pour rendre leur route douteuse a Suffit-il QÛ'une main honteuse « Change 1 écriteau du chemin ?

« La parole éclate et foudroie a Tous les obstacles imprudents ; « Vérité, tu sais comme on broie « Tous les bâillons entre ses dents ; « Un roi peut le fermer son Louvre ; « Ta flamme importune, on la couvre, a On la fait éteindre aux valets; a Mais elle brûle qui la touche!

«c Mais on ne ferme pas ta bouche « Comme la porte d'un palais !

« Quoi! ce que le temps nous amène, oc Quoi! ee que nos pères ont fait, « Ce travail de la race humaine, « Ils nous prendraient tout en effet ! « Quoi ! les lois, les chartes, chimère ! a Comme un édifice éphémère a Nous verrions, en un jour d'été, « Crouler sous leurs mains acharnées « Ton œuvre de quarante années, a Laborieuse Liberté!

« C'est donc pour eux que les épées < Ont relui du nord au midi !

c Pour eux que les tètes coupées c Sur les pavés ont rebondi f « C'est pour ces tvrans satellites « Que nos pères, braves élites, « Ont dépassé Grecs et Romains!

« Que tant de villes sont désertes !

« Que tant de plaines, jadis vertes, « Sont blancheTd'ossements humains !

LES GHANTS DU CRÉPUSCULE

ff Les insensés qui font ce rêve

c N'ont-ils donc pas des j^eux pour voir,

« Depuis questeur pouvoir s'élève,

« Gomme noire horizon est noir :

« N'onl-ils pas vu dans leur folie

« Que dttâ la coupe est remplie,

« Qu'on les suit des yeux en rêvant»

« Qu'un foudre lointain nous éclaire,

« Et que le lion populaire

« Regarde ses ongles souvent? »

Alors tout se leva. — > L'homme, l'enfant, la femme, Quiconque avait un bras, Quiconque avait une âme, Tout vint, tout accourut. Et la ville à grand bruit Sur les lourds bataillons se rua jour et nuit. En vain boulets, obus, la halle et les mitrailles, De la vieille cité déchiraient les entrailles; Pavés et pans de murs, croulant sous mille efforts, Aux portes des maisons amoncelaient les morts; Les bouches des canons trouaient au loin la foule; Elle se refermait, comme une mer qui roule, Et de son râle affreux ameutant les faubourgs, Le tocsin haletant bondissait dans les tours !

Trois jours, trois nuits dans la fournaise

Tout ce peuple en feu bouillonna,

Grevant l'écnarpe béarnaise

Du fer de lance d'Iéna.

En vain dix légions nouvelles

Vinrent s*abattre à grand bruit d'ailes

Dans le formidable foyer ;

Chevaux, fantassins et cohortes

Fondaient comme des branches mortes »

Qui se tordent dans le brasier.

Comment donc as-tu fait pour calmer ta colère, Souveraine cité qui vainquis en trois jours? Gomment donc as-tu fnit, ô fleuve populaire, Pour rentrer dans ton lit et reprendre ton cours? 0 terre qui tremblais. 6 tempête, ô tourmente. Vengeance de la foule au sourire effrayant, Gomment donc as- tu fait pour être intelligente Et pour choisir en foudroyant ?

CVst qu'il est plus d'un cœur stoïque ^

- Parmi vous, fils de la cité ; C'est qu'une jeunesse héroïque Combattait à votre côté.

Désormais, dans toute fortune, Vous avez une âme commune

Sui dans tous vos exploits a lui.

onneur hu {;rand jour qui s'écoule !

Hier vous n'étiez au'une foule.

Vous êtes un peuple aujourd'hui.

Ces mornes conseillers de paijure et d'audace. Voilà donc i quel |>euple ils se sont attaqués! Fléaux qu'aux derniers rois d'une fatale race Toujours la Providence envoie aux jours marqués! Malneureux qui crojaient, dans leur erreur profonde (Car Dieu les voulait perdre, et Dieu les aveuglait! ) , Qu'on prenait un matin la liberté d'un monde Gomme un oiseau dans un filet !

ireflacex rien. — » Le coup d'épée Embellit le front du soklat.

Laissons à la ville frappée Les cicatrices du combat.

Adoptons héros et victimes.

Emplissons de ces morts sublimes Les sépulcres du Panthéon.

Que nul souvenir ne nous pèse :

Rendons sa tombe à Louis seize^ Sa colonne â Tïapoléont

Oh! laissez-moi [>lenrer sur cette race morte Que rapporta l'exil et que l'exil remporte, Vent fatal qui trois fois déjà les enlevai Recondni^ns au moins ces vieux rois de nos pères. Rends, drapeau de Fleuras, les honneurs militaires A l'onflamme qui s'en va!

Je ne leur dirai point de mot qui les déchire.

Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !

Pas d'outrage au vieillard qui s'exile à pas lents!

C'est une piété d'épargner les raines.

Je n'enfoncerai pas la couronne d'épines

Que la main du malheur met sur des cheveux blancs 1

D'ailleurs, infortunés! ma voix achève à peine L'hymne de leurs douleurs dont s'allonge la chaîne. L'exil et les tombeaux dans mes chants sont bénis ; Lt tandis que d'un régne on salûra l'aurore. Ma poésie en deuil ira longtemps encore De Sainte-Hélène à Saint*Denls!

Mais que la l^n reste, éteraelle et fatale, A ces nains, étrangers sur la terre natale. Qui font régner les rois pour leurs ambitions; Et, pétrifiant tout sous leur groupe immobile, Tourmentent accroupis, de leur souffle débile, La cendre rouge encor des révolutions 1

Oh I l'avenir est magnifique 1 Jeunes Français, jeunes arais, Un siècle pur et pacifique S'ouvre à vos pas mieux affermis.

Chaque jour aura sa conquête.

Depuis la base jusqu'au faite.

Nous verrons avec majesté, Comme une mer sur ses rivages, Monter d'étages en étages Lirrésistible liberté!

Vos pères, hauts de cent coudées, • Ont été forts et généreux.

Les nations intimidées Se faisaient adopter par eux.

Ils ont fait une telle guerre, Que tous les peuples de la terre De la France prenaient le nom, Quittaient leur passé qui s'écroule, Et venaient j^abriter en foule A l'ombre de Napoléon !

Vous n'avez pas l'âme embrasée D'une moins naute ambition.

Faites Ubre toute pensée Et reine toute nation;

LES CHANTS DU CREPUSCULE

Noutrez la liberté dans Fombre A ceux qui soûl dans la nuit sombre ; Allez, cclaîrez le chemin.

Guidez noire marche unanime, Et faites, vers le but sublime, Doubler le pas au genre humain !

Que Tesprit, dans sa fantaisie, Suive d*un vol plus détaché Ou les arts, ou la poésie, Ou la science au front penché !

!u*ouverl & quiconque Vimplore e trône ait un écho sonore Qui, pour rendre le roi meilleur, Grossisse et répète sans cesse Tous les conseils de la sagesse.

Toutes les plaintes du malheur!

Revenez prier sur les tombes, Prêtres ! Que craignez-vous encor?

Qu'allez-vous faire aux catacombes Tout reluisants de pourpre et d'or?

Venez ! mais plus de mitre ardente, Plus de vaine pompe imprudente.

Plus de trône dans le saint lieu !

Rien que Taumône et la prière!

La croix de bois, Tautel de pierre, Suffit aux hommes comme é Dieu !

Et désormais, chargés du seul fardeau des ^mes. Pauvres comme le peuple, humbles comme les femmes, Ne redoutez plus rien. Votre église est le port ! Quand longtem]» a grondé la bouche du Vésuve, Quand sa Mve, écumant comme un vin dans la cuve, Apparaît toute rouge au bord^

Naples s*émeut; pleurante, effarée et lascive, Elle accourt, elle étreint la terre cunvulsive ; Elle demande grâce au volcan courroucé; Point de grâce 1 un long jet de cendre et de fumée Grandit incessamment sur la cime enflammée Gomme un cou de vautour hors de l'aire dressé.

Soudain un éclair luitl hors du cratère immense La sombre éruption bondit comme en démence. Adieu le fironton ^rec et le temple toscan ! La flamme des vaisseaux eçipourpre la Voilure, La lave se répand comme une chevelure Sur les épaules du volcan.

Elle vient, elle vient, cette lave profonde Qui féconde les champs et fait des ports dans l'onde ! Plages, mer, archipels, tout tressaille à la fois. Ses flots roulent,. vermeils, fumants, inexorables. Et Naple et ses palais tremblent plus misérables Qu'au souffle de l'orage une feuille des bois 1

Chaos prodigieux ! la cendre emplit les rues, La terre re vomit des maisons disparues. Chaque toit éperdu se heurte au toit voisin, La mer bout dans le golfe et la plaine s'embrase, Et les clochers géants, chancelant sur leur base Sonnent d^aux-ntémes le tocsin !

— c'est Dieu oui le veut — tout en brisant des villes, En combhint les vallons, en effaçant les iles«

En charriant les tours sur son flot en courroux. Tout en bouleversant les ondes et la terre, Toujours Vésuve épargne en son propre cratère L'humble ermitage où prie un vieux prêtre i genoux !

iO août 1830.

A LA COLOrNNE

Ohl quand il bâtissait, de sa main colossale, Pour BOB trône, appuyé sur l'Europe vassale.

Ce pilier souverain.

Ce bronze, devant qui tout n'est que poudre et sable, Sublime monument, deux fois impérissable.

Fait de gloire et d'airain;

Quand H le bâtissait, pour qu'un jour dans la ville Ou la guerre étrangère ou la guerre civile

Y brisassent leur char.

Et pour qu'il fit pâlir sur nos places publiques Les frôles héritiers de vos noms magnifiques,

Alexandre et César !

C'était un beau spectacle! — 11 parcourait la terre Avec ses vétérans, nation militaire

Dont il savait les noms ; '

Les rois fuyaient; les rois n'étaient prànt de sa taille; Et, vainqueur, il allait par les champs de bataille

Grlanant tous leurs canons.

Et puis, il revenait avec la grande armée. Encombrant de butin sa France bien-aimée,

Son Louvre de grnnit.

Et les Parisiens poussaient des cris de joie. Gomme font les aiglons, alors qu'avec sa proie

L'aigle rentre à son nid!

Et lui, poussant du pied tout ce métal sonore, Il courait â la cuve où bouillonnait encore

Le monument promis.

Le moule en était fait d'une de ses pensées. Dans la foumabe ardente il jetait à brassées

Les canons ennemis !

Puis il s'en revenait gagner quelque bataille. Il dépouillait encore a travers la mitraille Maints affûts dbpersés;

* Ploflienrs pétitionnaire* demandent que la Chambre iiilervieme pour faire Inosporter les cendres de Napoléon sous la colonne de hi place Vendôme.

Après une courte délibération, la Chambre passe è l'ordre du jour.

( Canins DBS DéroTts, téane$ eu 7 oeUtbre 18% )

LES CHANTS DU CRÉPUSCULE

MnÉral, pour hocbcU H prit t«i P^nmiilM.

Et, ra^rtiDl ce broaie i la Home française, Il disait am fondcnn penchés sur la Wrnaise : t — Ed avei^vonsasseï?

C'était son oeuvre i lui! — Les feui du polygone, Et la bombe, el le iibrc, et l'or de la dragonne

Furent ses premiers jeui.

Général, poar hochets il prit les Pyramides; Emperear, il voulut, danx ses vœui moins timide

Quelque chose de mieux.

Il Si cette colonnel — Avec sa main roraame Il tordit et mêla dans l'œuvre surhumaine

Toulon siècle fameux.

Les Alpes se courbant sous u marche tonnante, Le Nil, le Rhin, le Tibre, Auïtertili rayonnasle

Eylau froid et brumeux!

Car eut lui qui, pareil i Kantique Eocelade, Du trône uaiveriel essaya l'escalade.

Qui vingt ans entassa,

Remuant terre el cieui avec une parole, Wagram sur Uareni^o, Cbampaubert sur Arcole,

PùlionsurO'sss!

Oh ! quand par un beau jour, sur la place Vendime, Homme dont (oui un peuple adorait le faolâme.

Tu vins grave et serein.

Et que lu découvris Ion œuvre raagniflque. Tranquille, et contenant d'un çeste paciDque

Tes quatre aigles d'airain ;

A cette heure oii les liena t'entouraient par cent mille, Où, comme se pressaient autour de PanUEmite

Tous les pelils Romains, Nous, enrauta de six ans, rangés s.ur Ion passage. Cherchant dans ton curlége un père au fier visage.

Nous te battions des mamsj

Oh 1 qui l'eut dit alws, i ce faite sublime. Tandis que tu rêvais sur le trophée opime Un avenir si beau,

LKS ClIANTJ* Dl CRÉPUSCULE.

Qu'un jour i cet ilfroDtil le rnudrnil descendre, Que trois cents avocali oteraient « la cendre diicwer ce [OTnbeiui !

Altendei donc, jeaDesse Toile, Noas n'aroas \i*i le lemps encor!

Que Tient«n uous parler d'Arcole, Et de Wagram et du Thabor?

Pour avoir coinniandé peut-être Quetqne innée, et s'être fait maitre Ue (juetque ville dans son temps, Croyei-vous que l'Europe tombe S'il n'ameute autour de sa toaibe Les Démosthènes hileUnts'^

D'aillenre le ciel n'est |>as tranquille, Les soucis ne leur manquent pas; Ji'inégal pavé de la ville Paît eocor irébuchei' leurs pas.

El [wurquoi cet honneurs suprêmes ?

Ont-ils des manumeuts eux-mêmes'/ Ônel temple leur a-t-on dresse ?

Klrange peuple que noua sommes!

Laissez passer tous ces {ijrandE hommes! Tfapoléoo est bien presse!

Toute crainte est-elte éCouITée?

Nous songerons i l'immortel Quand ils auront lous leur trophée,

Înaud ils auront tous leur autel! .

ttendous, attendons, mes frérea.

Attendez, restes Tunéraires, Dépouille de Napol^n , Que leur cournÉe se rassure Et qu'ils aient donné lenr mesure Au ibsgoyeiir du Panthéon!

Ainsi, — cent villes assÏMées ; Hemphis, Uilan, Cadix, Berlin;

LES CHANTS DU CRÉPUSCULE

Soixante batailles rangées; L*univer8 d*an seul homme plein; N*avoir rien laissé datis le monde, Dans la tombe la pins profonde, Qn*il n*ait dompte; qn il n*ait atteint; Avoir, dans sa course gnerriére, Ravi le Kremlin au czar Pierre, L*Escurial à Charles-Quint;

Ainsi, — ce souvenir qui pèse Sur nos ennemis effarés; Ainsi^ dans une cage anglaise Tant de pleyrs amers dévorés; Cette incomparable fortune, Cette gloire aux rois importune.

Ce nom si ^and, si vite acquis, Sceptre unique, exil solitaire, Ne valent pas six pieds de lerre Sous les canons qu*il a conquis !

Encor si c'était crainte austère !

Si c'était l'Apre liberté Qui d'une cendre militaire N'ose ensemencer la cité l — Si c'était la vierge stoîque

S 'ni proscrit un nom héroïque ait pour régner et conquérir, Qui se rappelle Sparte et Rome, Et craint que l'ombre d'un ^and homme N'empêche son fruit de mûrir ! —

Mais non; la liberté sait aujourd'hui^ sa force. Un trône est sous sa main comme un ffui sur l'écorce, Quand les races de rois manquent au aroit juré, Nous avons parmi nous vu passer^ ô merveille I

La plus nouvelle et la plus vieille !

Ce siècle, avant trente ans, avait tout dévofé.

La France, guerrière et paisible, A deux filles du même sang : — L'une fait Tarmée invincible.

L'autre fait le peuple puissant.

La Gloire, qui n'est pas Tainée, N'est plus armée et couronnée ; Ni pavou, ni sceptre oppresseur; La Gloire n'est plus décevante,

Et n'a plus rien dont s'épouvante La Liberté, sa grande sœur!

Non, s'ils ont repoussé la relique immortelle.

C'est qu'ils en sont jaloux ! qu ils tremblent devant die !

Qu'ils en sont tous pâlis !

C'est quils ont peur d'avoir l'empereur sur leur iftte» Et de voir s'éclipser leurs lampions de fête

An soleil d'Austerlita !

Pourtant, c'eût été beau ! — lorsoue, sous la colonne, On eût senti présents dans notre Babylone Ces ossements vainqueurs.

Ïi pourrait dire, au jour d'une guerre civile, qu'une si ^ande ombre, hôtesse de la ville, Eût mis dans tous les cœurs !

Sfi jamais l'étranger, 6 cité souveraine, Sût ramené brouter les chevaux de l'Ukraine Sur ton sol bien-aimé,

Enfantant des soldats dans ton enceinte émue» Sans doute qu'à travers ton pavé qui remue Ces ot eussent ge^e !

Et toi, colonne l un jour, descendu sous ta baM, Le pèlerin pensif, contemplant en extase

Ce débris surhumain, ^

Serait venu peser, â genoux sur la pierre. Ce qu'un Napoléon peut laisser de poussière

Dans le creux de la main t

0 merveille ! ô néant ! -> tenir cette dépouille ! Compter et mesurer ces os que de sa rouille

Rongea le flot marin; Ce genou qui |anuâ8 n'a ployé sous la crainte, Ce pouce de géant dont tu portes l'empreinte

Partout sur ton airain !

Contempler le bras fort, la poitrine féconde, Le talon qui, doute ans, éperonna le monde.

Et, d'un œil filial, L'orbite du rej^ard qui fascinait la foole, • Ce front prodigieux, ce crftne fait au moule

Qlo globe impérial ! —

Et croire entendre, en haut, dans tes noires entrailles, Sortir du diquelis des confuses batailles,

DesMuches du canon, Des chevaux hennissants, des villes crénelées. Des clairons, des tambours, du souffle des mêlées.

Ce bruit : Napoléon !

Rhéteurs embarrassés dans votre toge neuve. Vous n'avez pas voulu consoler cette veuve

Vénérable aux partis !

Tout en vous partageant l'empire d'Alexandre, Vous avez peur d'une ombre et peur d'un peu de cendre

Oh! vous êtes petits!

Hélas! hélas! garde ta tombe!

Garde ton rocher éeumant, Où, t'abattant comme la bombe.

Tu vins tomber, tiède et fumant ! Garde ton âpre Sainte-Hélène Où de ta fortune hautaine L'œil ébloui voit le revers; Garde l'ombre où tu te recueilles, Ton saule sacré dont les feuilles S'éparpillent dans l'univers !

LA, du moins, tn dors sans outrage.

Souvent tu t'y sens réveillé

Par les pleurs d'amour et de rage

D'un soldat rouge agenouillé !

Lé, si parfois tu te relèves,

Tu peux voir, du haut de ces grèves.

Sur le globe azuré des eaux.

Courir vers ton roc solitaire,

Comme au vrai centre de la lerre,

Toutes les voiles des vaisseaux!

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