‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 304 sur 309 · A MADEMOISELLE J · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE J

Chantez! chantez ! jeune inspirée !

La femme qui diante est sacrée Même aux jaloux, même aux pervers !

La femme qui chante est bénie!

Sa beauté défend son génie.

Les beaux yeux sauvent les beaux vers !

Moi que déchire tant de rage, J'aime votre attbe sans orage; Je souris à vos yeux sans pleurs.

Chantez donc vos chansons divines.

A moi la couronne d'épines !

A vous la couronne de fleurs !

11 fut un temps, un temps d'ivresse.

Où l'aurore qui vous caresse Rayonnait sur mon beau printemps ; Où l'orgueil, la joie et l'extase, Comme un vin pur. d'un riche vase, Débordaient de mes dix-sept ans!

Alors, à tous mes pas présente.

Une chimère éblouissante

Fixait sur moi ses pux dorés ,

Alors, prés verts, ciels bleus, eaux vives,

Dans les riantes perspectives

Mes regards flottaient égarés 1

Alors je disais aux étoiles :

0 mon astre ! en vain tu te voiles, Je sais que lu brilles là-haut!

Alors je disais é la rive :

Vous êtes la gloire, et j'arrive.

Chacun de mes jours est un flot !

Je disais au bois : Forêt sombre.

J'ai comme toi des nuits sans nombre; A l'ugle : Contemple mon front 1 Je disais aux coupes vidées :

Je suis plein d'ardentes idées Dont les âmes s'ei^vreront !

Alors, du fond de vingt calices, Rosée, amour, parfums, délices, Se répandaient sui* mon sommeil; J'avais des fleurs f)lein mes corbeilles ; Et comme un vif essaim d'abeilles, Mes pensers volaient au «oleil !

Comme un clair de lune bleuâtre Et le rouge brasier du pâtre Se mirent au même ruisseau ; Gomme dans les forêts mouillées, - A travers ler bruit des feuillées On entend le bruit- d'un oiseau ;

Tandis que tout me disait : Aime !

Ecoutant tout hors de moi-même.

Ivre d'harmonie et d'encens, J'entendais, ravissant murmure.

Le chant de toute la nature Dans le tumulte de mes sens !

Et roses par avril fardées, Nuits d^'été de lune inondées, Sentiers couver)^ de pas humains, Tout, recueil aux hanches énormes, Et lés vieux troncs d'arbres difformes.

Qui se penchent sur les chemins,

Me parlaient cette langue austère, Langue de l'ombre et du mystère.

Qui demande à tous : Que sait-on?

Qui, par moments presque étouffée.

Chante dos notes pour Orphée, Prononce des mots pour Platon !

La terre me disait ; Poète !

Le ciel me répétait': Prophète ! .

Marche ! parle ! enseigne ! bénis t Penche l'urne des chants sublimes l Verse aux vallons noirs comme aux cimes Dans les aires et dans les nids !

Ces temps sont passés. — A cette heure, Heureux pour quiconque m'effleure.

Je suis triste au dedans de moi ; J'ai sous mon toit un mauvais hôte , Je suis la tour splendide et haute Qui contient le sombre beffroi.

L'ombre en mon cœur s'est épanchée, Sous mes prospérités cachée^ La douleur pleure en ma maison.

Un ver ronge ma grappe mûre; Toujours un tonnerre murmure Derrière mon vague horizon !

L'espoir mène à des portes closes.

Cette terre est pleine de choses Dont nous ne voyjons» qu'un côté.

Le sort de tous nos vœux se joue, Et la vie est comme la roue D'un char dans la foudre emporté <

A mesure que les années, Plus pâles et moins couronnées, Passent sur moi du haut du ciel.

Je vois s'envoler mes chimères Gomme des mouches éphémères Oui n'ont pas su faire de miel !

Vainement j'attise en moi-même L'amour, ce feu doux et suprême

LES CHANTS DU GBËPUSCULE

Qui brùle sur tous les trépieds, Et toute mon Ame enflammée S'en va dans le ciel en fumée.

Ou tombe en cendre sous mes pieds I

Mon étoile a fui sous la nue.

La rote n'est plus revenue Se poser sur mon rameau noir.

Au fond de la coupe est la lie, Au fond des rêves la folie.

Au fond de Taurore le soir!

Toujours quelque bouche flétrie, Souvent par ma pitié nourriCi Dans tous mes travaux m'outrag^ea.

Aussi que de tristes pensées, Aussi que de cordes brisées ' Pendent â ma lyre déjà !

Jfon avril se meurt feuille â feuille */ Sur chaiiue branche que je cueille Croit l'épine de la douleur, Toute herl^a pour moi sa couleuvre; 'Et la haine monte i mon œuvre ^mme un bouc au cytise en fleur !

La nature grande et touchante, La nature qui vous enchante Blesse mes regards attristés.

Lé jour est dur, l'aube est meilleure. . Eélas ! la voix qui me dit : Pleure ! Est celle qui vous dit : Chantez! .

Chantes ! chantez ! belle inspirée !

Saluez cette aube dorée Qui jadis aussi m'enivra. ^ Tout n'est pas sourire et lumière.

Quelque jour de votre paupière Peut-être une larme éclora !

Alors je vous plaindrai, pauvre Ame !

Hélas ! les larmes d'une femme, Ces larmes où tout est amer.

Ces larmes où tout est sublime.

Viennent d'un plus profond abime Que les gouttes d'eau de la mer î

Mart 18...

I La pauvre fleur disait au papillon céleste : — Ne fuis pas I Vois comme n6s destins sont différents. Je resle, Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes

Et loin ^'eux, Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes

Fleurs tous deux !

Mais, hélas! l'air t'emporte et la terre m'enchaine. Sort cruel !

Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine Dans le ciel!

Mais non, tu vas trop loin ! — Parmi des flieurs sans nombre

Vous fuyez.

Et moi je reste seule a voir tourner mon oAibre

A mes pieds!

Tu fuis, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore

Luire ailleurs.

Aussi me trouves-tu toujours d chaque aurore

Toute en pleurs!

Oh! pour que notre amour coule des jours fidéleft,

0 mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes

Comme à toi !

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