‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 32 sur 309 · LE PÈRE · texte numérisé non relu

LE PÈRE

Las ! que sai$-jc !

l'omclk.

Il me semble Que l'on doit commencer par consulter ensemble Le« choses qu'on peut faire en cet événement.

Ln scène est complète; rien D*y manque, pas même le coquin de neveu.

Ce (lu'il y a de frappant dans le cas présent, c'est que la scène qu'on vient de retracer est une chose réelle, c'est que ce dialogue du père et de l'oncle a eu textuellement heu par lettres, par lellres que le public peut lire & l'heure qu'il est (i); c'est qu'à Tinsu desaeux vieillards il y avait

(1) Voyei les Métnoirtê d« Mirabeau, ou plutôt «tir Mirabeau, rccemoient publiés, tome lll. Ce travail, lait malheureusenicnl d'une façon peu intelligente, contient sur Mirabeau et de Mirabeau un cerliiiu nombre de choses curieuses, autheniiqucM et inédites. Mais ce qu'il ronrermo de plus intéressant, à notre gré, ce sont des extraits de la correspondance intime du marquis de Mirabciiu avec le b;iilli son frère. Tuut un cdté peu éclairé jusqu'à pnl'sent du dix-huiiièmo siècle apparaît dans cette correspondance, où le pèro et l'oncle de Mirabeau, perionnagei originaux

ET [iltlLOSOPmE MÉI.ËËS

au fond de leur jp-ATeciinteslaliOD un despluseriDdshoinnie* de noire histoire-, c'est qiic le marquis et le commandeur ici iOJi[ un rrtii marquise! un vrai coinm.-iDdeur. L'un se nommait VicloT de IIit|uelti, mariiiiisdeMiriibenu: l'autre Jein Antoine de Mirabeau, bailli de l'ordre de Nallc. Le coquin de neveu, c'élail Ilonoré-Gabriel de Diquetti, qu'en 1T8I safamilleippelaitrOunur<"i>et quele monde appelle aujourd'hui UmÀBBiu.

d'iilkar*, loua deiii granila écriTlinii uns la MTOir, granili fcrinini dins ira lettres, doMÎncnt admiroblcmenl, dans un Mrclc d'iJf» qui n l'^lareisiant ut se r£ir.'cissnnt tcinn leur Taiitiiiie et les iccirit>i>li, leur acor, leur finilllc, leur ipoi\ui; " a conteilloni ■ r<Sdilcur de niulliplier les citutions du celle -opondance; noue regrolloiis m£nie qu'on n'ait p» aongiii Taire une iiublicalku i part aussi coniplèle i|ue uoisible. ihina loua !aa eaa 1 ris ~s(^ rament iligu&i. I,ea Ltllm du nnrgaii il du bailH it llirabiau, pin tl onclt dt Mirabtna. eu'scut ilé un ■les IcsLanii^nls Ica plua imporlsnti du riii-huilicmc siècle. Unuhferaent ricbcs sous te ripport bi"grdplil<)oe et sous le rapport liiiénire, cei £<l(rst eussent été pour l'iilslorien une mine, pour ■ l'criraiB nii livre. Cas lettres^ qui s«nt du Tneillcur tt^rle, eontiaiicnl, jusqu'en lîSS, l'eicellanle langue rranfsiae de lasdaine

Ain^i. UD homme avorté, une créature dûloquée, va sujet dont on ne peut rien faire, une léte à faire cuter aai insui^nlg. un erlmincl llélri par la justice, un fléau d'ailleurs, voilà ce que Mirabeau elait pour sa Tsmille en

Dix anx itprés, cd 1791, le i" avril, une foule immense encombrait les nbnrds d'une maison de la (^liaussée-d'Aotin. Celte foule était morne, silcndeuse, conilernée, pro-

de SJvt^né. de madame de Maintenon, de H l.a corrcspondanci!. publiée en entier, ronït un prfcîeux pendant sui litlra it Bidtrvt. Les leilrcs de tiidcrot peignant le diiliiiilième siècle du jioint de ïue dt-« pliiliisopliei ; les lettres de Hir.ibcau le peindraientdu point du vue des peniil^hommes: face, reries, non moins curicusa. Celte dernière collection n'impoi- (enit pas moins que la |ircniière aux fluilei de eeiii <|ui vonilraient savoir vomplcteniontijuellc est dûrmilivemaDt l'idfequc le ilii-liuiiième sii^ile a léguée au dii-neuvième.

Espfrons que U personne entre les mains de l.iqiellc se trouva «Itc volumineuse corrcfpon^snce comprendra li rrspons.ibiliti qui ri-lulle pour clic d'un parpil dfpôt, et, dans loua les foi, le uonservcra inlacl 1 l'a^cnT. D'aussi préiieuv document! sont le patrimoine d'une nation et non d'une iamille.

LITTÉRATURE

foDdémeDt triste. Il y avait dans la inatsoa un homme qui agonisait.

Tout ce peuple iooudait la rue» la cour, i*es<!hlier, Tantichambre. Plusieurs étaient là depuis trois jours. Ou parlait bas, on semblait craindre de respirer, on interrogeait avec anxiété ceux qui allaient et venaient. Celte foule était pour cet homme comme une mère pour son enfant. Les médecins n'avaient plus d'espoir. De temps en temps, des bulletins, arrachés par mille mains, se dispersaient dans la multitude, et l'on entendait des femmes sangloter. Un jeune homme, exaspéré de douleur, offrait é haute voix de s'ouvrir l'artère pour infuser son sang riche et pur dans les veines appauvries du mourant. Tous, les moins inlelligenls même, semblaient accablés sous cette pensée que ce n'était pas seulement un homme, que c'était peut-être un peuple qui allait mourir.

On ne s'adressait plus qu'une question dans la ville.

Cet homme expira.

Quelques minutes après que le/nédecin qui était debout au chevet de son lit eut dit : Il est mort! le président de l'Assemblée nationale se leva de son siège et dit : // est mort ! tant ce cri fatal avait en peu d'instants rempli Paris. Uu des principaux orateurs de l'assemblée, M. Barrère de Vieuzac, se leva en pleurant et dit ceci d'une voix qui laissait échapi)er plus de sanglots que de paroles : a Je demande d que l'assemblée dépose dans le procès verbal de ce jour « funèbre le témoignage des rec^rets qu'elle donne à la perte tt de ce grand homme; et qu'il soit fait, au nom de la paa (rie, une invitation à tous les membres de l'assemblée a d'assister à ses funérailles.»

Un prêtre, membre du côté droit, s'écria : <k Hier, au tt milieu des souffrances, il a fait appeler M. revêtue d'Au- « tun ; et en lui remettant un travail qu'il venait de ter- « miner sur les successions, il lui a demandé, comme une « dernière marijue d'amitié, qu'il voulût bien le lire h l'.is- <( semblée. C'est un devoir sacré. M. l'évéque d'Autuu doit (( exercer ici les fonctions d'exécuteur leslamentaire du a grand homme que nous pleurons tous. »

Tronchet, le président, proposa une députation aux funérailles. L'assemblée répondit : Nous irons tous!

Les sections de Paris demandèrent qu'il fût inhumé « au champ de la fédération, sous l'autel ae la patrie. »

Le directoire du déparlement proposa de lui donner pour tombe la « nouvelle église de Sainte Geneviève, t et de décréter que ce cet édifice serait désormais destiné à a recevoir les cendres des grands hommes. »

A ce sujet, M. Pasloret, procureur général syndic de la « commune, dit : «Les larmes que fait couler la perte d'un « grand homme ne doivent pas être des larmes stériles. « Plusieurs peuples anciens renfermèrent dans des monuu ments séparés leurs prêtres et leurs héros. Cette espèce « de culte qu'ils rendaient à la piété et au courage, rena dons-le aujourd'hui à l'amour du bonheur et de la litt berté des hommes. Que le temple de la religion devienne « le temple de la patrie ; que la tombe d'un grand homme tt devienne l'autel de la liberté ! »

L'assemblée applaudit.

Barnave s'écria : « Il a en effet mérité les honneurs qui « doivent être décernés par la nation aux grands hommes a qui Tonl bien servie ! »

Kobespierre, c'est-é-dire l'Envie, se leva aussi et dit : « Ce n'est pas au moment où l'on entend de toutes parts a les regrets qu'excite la perte de cet homme illustre, qui, « dans les époques les plus critiques, a déployé tant de « courage contre le despotisme, aue l'on pouirait s'oppoa ser à ce qu'il lui fût décerné aes marques d'honneur. « J'appuie la proposition de tout mon pouvoir, ou plutôt « de toute ma sensibilité. »

11 n'y eut plus, ce jour-là, ni côté gauche ni côté droit dans l'Assemblée nationale, qui rendit tout d'une voix ce décret :

«Le nouvel édifice de Sainte-Geneviève sera destiné à a réunir les cendres des grands hommes.

(1 Seront gravés au-dessus du fronion ces mois :

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