‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 5 sur 309 · FRAGMENTS DE CRITIQUE · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE CRITIQUE

A PnorOS U'UN livre politique écrit par «ne FEMiME

Décembre 1819.

Le Balle Holino demandant un jour au fameux Ahmedpacba pourquoi Mahomet défendait le vin â ses disciples : Pourquoi 11 nous le défend? s'écria le vainqueur de Candie; c'est pour que nous trouvions plus de plaisir à le boire. Et en effet la défense assaisonne. tVest ce qui donne la pointe â la sauce, dit Montaigne ; et depuis Martial, qui chantait i sa maîtresse Galla, nega, satiatur amor, jus- (ju'à ce grand Caton qui regretta sa femme quand elle ne (ut pins d lui, il n'est aucun point sur lequel les hommes de tons les temps et de tous les lieux se soient montrés aussi souvent les vrais et dignes enfants de la bonne Eve.

Je ne voudrais donc pas qu'on défendit aux femmes d'écrire ; ce serait en euet le vrai moyen de leur faire prendre la plume à toutes. Bien au contraire, je voudrais

3u'on le leur ordonnait expressément, comme à ces savants es universités d'Allemagne, qui remplissaient l'Europe de leurs doctes commentaires, et dont on n'entend plus parler depuis qu'il leur est enjoint de faire un livre au moins par an.

Et, en effet, c'est une chose bien remarquable et bien peu remarquée, que la progression effrayante suivant laquelle l'esprit féminin s'est depuis quelque temps développé. Sous Louis XIV, on avait des amants et Ton traduisait Homère; sous Louis XV, on n'avait plus que des amis, et l'on commentait Newton; sous Louis XVI, une femme s'est rencontrée qui corrigeait Montesquieu à un <1çc où l'on ne sait encore que faire des robes n une poupée. Je le demande, où en sommes-nous? où allons-nous? que nous annoncent ces prodiges? quelles sont ces nouvelles révolutions qui se préparent ?

Il y a une idée qui me tourmente, une idée qui nous a souvent occupés, mes vieux amis et moi ; idée si simple, si naturelle, que si une chose m'étonne, c'est qu'on ne s'en soit pas encore avisé, dans un siècle où il semble qae l'on s'avise de tout, et où les récureure de peuplai en sont aux expédients. Je songeais, dis-je, en voyant cette émancipation graduelle du sexe féminin, à ce qu'il pourrait arriver s'il prenait tout â coup fantaisie à quelque forte tète de jeter dans la balance politique cette moitié du genre humain qui jusqu'ici s'est contentée de régner au coin du feu et ailleurs. Et puis les femmes ne peuventelles pas se lasser de suivre sans cesse la destinée des hommes? Gouvernons-nous assez bien pour leur ôlcr l'espérance de gouverner mieux. Aiment-elles assez peu la domination pour que nous puissions raisonnablement espérer qu'elles n'en aient jamais l'envie? En vérité, plus je médite et plus je vois que nous sommes sur un abime. 11 est vrai que nous avons pour nous les canons n les baïonnettes, et aue les femmes nous semblent sans grands moyens de révolte. Cela vous rassure, et moi, c'est ce qui m'épouvante.

. On connaît cette inscrintion terrible placée par Fonseca sur la roule de Torre del Greco : Posten, poste n, veMra res agitur l Torre del Greco n'est plus ; la pierre prophétique est encore debout.

C'est ainsi que je trace ces lignes, dans l'espoir qu'elles

ET PHILOSOPHIE MÊLÉES

iZ

seront lues, sinon de mon siècle, du moins de la postérilé. Il est bon que, lorsque les malheurs que je prévois seront arrivés, nos neveux sachent du moins que, dans cette Troie nouvelle, il existait une Gassandre cachée dans \ un grenier, rue Méziéres, n^ 10. Et s*il fallait, après tout, que je dusse voir de mes yeux les hommes devenus esclaves et Tunivers tombé en quenouille, je pourrai du moins me faire honneur de ma sagacité , et qui sait? je ne serai peut-être pas le premier honnête homme qui se sera consolé d*ua malheur public en songeant qu'il Tavait prédit.

«Il

La politique, disait Charles XII, c'est mon épce. C'est l'art de tromper, pensait Machiavel. Selon madame de M***, ce serait le moyen de gouverner les hommes par la prudence et la vertu. La première déGnition est a'un fou, la seconde d'un méchant, celle de madame de M*" est la seule qui soit d'un honnête homme. C'est dommage qu'elle soit si vieille et que l'application en ait été si rare.

Après avoir établi celte définition, madame de M*** expose l'origine des sociétés. Jean-Jacques les fait commencer par un planteur de pieux, et Vitruve par un grand veut, probablement parce que le système de la fiiniille élail trop simple. Avec ce bon sens de la femme supérieure au génie des philosophes, madame de M'" se contente d'en cnercher le principe dans la nature de l'homme, dans ses affections, dans sa faiblesse, dans ses besoins. Tout le passage dénote dans Tautcnr beaucoup d'érudition cl de sagacité. 11 est curieux de voir une femme citer tour à tour Locke et Sénèque, VEsprit des lois et le Contrai social; mais, ce qui est encore plus remarquable, c'est l'accent de bonne foi et de raison auquel nous n'étions ))lus accoutumés, et (pii contraste si étrangement avec io ton rogue et sauvage qu'ont adopté depuis quelque tcm))s les précepteurs du genre humain.

L auteur, suivant la marche des idées, s'occupe ensuite des chefs des sociétés. On a beaucoup écrit sur les devoirs des rois, beaucoup plus mie sur les devoirs des peuples. H en a été des portraits d un bon souverain comme de ces pyramides placées sur le bord des routes du Mexique, où chaque voyageur se faisait un devoir d'apporter sa pierre. Il n y a SI mince grimaud qui n'ait voulu charbonncr à son tour le maître des nations. On dirait que les philosophes eux-mêmes se sont étudiés à inventer de nouvelles vertus pour les imposer aux princes, probablement patx!e que les princes sont exposés à ])lu8 de faiblesses que les autres hommes, et comme si leur présenter un modèle inimitable, ce n'était pas par cela seul les dispenser d'y atteindre. Madame de M**' ne donne pas dans ce travers. Elle convient qu'un monarque neut être bon sans posséder pour cela des nualités surnumaines. Elle ne se sert point non plus de 1 idéal d'une royauté parfaite pour décrier les royautés vivantes, et ensuite des royautés vivantes pour décrier la royauté en elle-même, grande pétition de principes sur laquelle a roulé toute la philosophie du dix-huitième siècle. L'auteur cite, comme renfermant toutes les obligations d'un souverain, l'instruction que Gustave-Adolphe reçut de son père. L'histoire fait mention de fdusieurs instructions pareilles laissées par des rois a eurs successeurs; mais celle-ci a cela de remarquable, qu elle est peut-êre la seule à laquelle le successeur se soit conforme. En voici quelques passages :

«Qu'il emploie toutes ses finesses -et son industrie à « n'être ni trompé ni trompeur.

< Qu'il sache que le san^ de l'innocent répandu et le tf sang du méchant conserve crient également vengeance.

« Qu'il ne paraisse jamais inquiet ni chagrin, si ce n'est « lorsqu'un de ses bons serviteurs sera mort ou tombé « dans qgelque faute.

a Enfin, qu'en toutes ses actions il se conduise de telle « sorte, qu'il soit avoué de Dieu. »

Charles IX, dans cette instruction, glisse légèrement sur le danser des flatteurs. Peut-être les rois en sententils moins les inconvénients que leurs sujets. Peut-être aussi serait-ce pour Montesquieu une occasion de glisser sa théorie de climat, espèce de fausse clef qui lui sert à

crocheter la serrure de tous les problèmes de l'histoire. C'est en se rapprochant du Midi, dirait-il, que ler exemples du favoritisme deviennent plus fréquents; sous le ciel énervant de l'Asie et de l'Afrique, les princes régnent rarement par eux-mêmes ; au contraire, chez les peuples du Nord, le climat est tonique, nous voyons beaucoup plus de tyrans que de favoris. Nais peut-être Tobservation tomberait-elle si nous étions mieux instruits dans leur histoire. Nous sommes si disposés à faire science de tout, même de notre ignorance !

Il y a dans un de nos vieux manuscrits du treizième siècle, attribué à Philippe de Mayzièi'es, un passage qui peut servir de complément à l'instruction du monarque suédois. C'est ainsi que la reine-Vérité parle â Charles VI dans le Songe du vieil pèlerins^ adressant au blanc faucon, à bec et pies dorés.

« Gunrde-loi, beau fils, de ces chevaliers qui ont cou- <r tumc de bien jdumer les rois par leurs subtiles prali- <r ques, qui s'en vont récitant' souvent le proverbe du macc réchal fiouciquault, disant : 11 n'est pescliier que en la « mer. et ainsi n'est don que de roi; et te feront vnillaut « et large comme Alexandre, attrayant de tny tant d'eau ce à leur moulin, qu'il suffiroit à trente-sept moulins, qui « les deux parts du jour sont oiseulx, » etc.

Je cite ce passage, 1® parce qu'il montre que diins ces temps gothiques on ne parlait pas aux rois avec aulnnl de servilité qu'on voudrait bien nous le faire croire ; 2° parce qu'il donne l'origine d'un proverbe, ce qui peut être utile aux antiquaires; 3® parce qu'il peut servir a résoudre une question d'hydraulique en prouvant que les moulins à eau existaient en 1589, ce qui est toujours bon a savoir potir ceux qui ne savent pas que les moulins à eau existent depuis un temps immémorial.

Après s'être occupée des sociétés en général, madame de M"* consacre un chapitre à la guerre, c'est-à-dire au rapport le plus ordinaire des sociétés humaines entre elles.

Ce chapitre devait présenter bien des dirPicullés â une femme. M.-idame de M**', comme dans le reste de son ouvrage, y fait prouve de connaissances peu communes; elle établit, avec beaucoup de l)onheur. la distinction entre les guerres permises et les guerres injustes; elle range, avec raison, parmi ces dernières, toutes les entreprises de conquête!

Q II y a cette différence entre les conquérants et les vo-

< leurs de grand chemin, a dit un auteur remarquable

< que cite madame de M***, que le conquérant est un voa leur illusti*e, et l'autre un voleur obscur : l'un reçoit « les lauriers et de l'encens pour le prix de ses violences, « et l'autre la corde. » Il fallait être bien philosophe pour écrire ce passage de la même main qui signa la prise de possession de la Silésie.

Arrivée â ce fameux axiome que c l'argent c'est le nerf de la guerre, » axiome que madame de M*** attribue à Quinte-Curce, mais qu'elle trouvera également dans Végéce, dans MontecuculH, dans Santa-Crux, et dans tous les auteurs oui ont écrit sur la guerre, madame de M'" s'arrête : — Ce n'est pas l'argent, dit-elle, c'est le fer. D'accord, ce n'est pas avec des écus que l'on se bat, c'est avec des soldats; toute la question se réduit à savoir s'il est plus facile d'avoir des soldats sans argent que d'en avoir avec de l'argent. Le premier moyen sera plus économique. Il ne parait pas cependant qu'il fût du goût de Sully.

Je lisais dernièrement dans Grotius la définition de la ffuerre : c La guerre est l'état de ceux qui tâchent de Vider leurs différends par la voie de la force. » Il est évident que cette définition est la même que celle du duel.

Mais, a-t-on dit aux duellistes, vous allez à la mort en riant, vous vous battez par p&rlie de plaisir. H en a été absolument de même de la guerre. Avant la révolution on ne s'égorgeait plus que le chapeau â la main. Le pand Condé fait donner l'assaut à Lérida avec trente-six violons en tête des colonnes; et dans les champs d'Ëttingen et de Clostersevem on vit les jeunes officiers marcher aux bat-

LITTÉRATURE

tei'ies comme à un bal, en l»sdc soie et eu perruque poudrée à I>lanc.

11 pril un jour fantaisie à Rousseau, le Dca Quichotte du paradoxe, de soutenir une vérité. C'était pour lui chose nouvelle. 11 s'y prit comme pour une mauvaise cause, il alla chercher des autorités comme les geus qui ne trouvent pas de bonnes raisuus. C'est ainsi qu*a propos du duel il a cité les anciens. Il est probable que Rousseau n*avait pas lu Quinte-Curce. Il y aurait vu qu'il n'y avait ffucrc de festin chez Alexandre où il n'y eût quelques combats singuliers entre lc5 convives. (Ju'élait-ce d'ailleurs que le combat d'Etcocle et de Po'ynice? Et dans VIliade, est-il probable que si Minerve n'ct.iit pas venue prendre Achille par les oreilles, Agamemnon aurait laissé son épée dans l^fourreau?

Mais, ont dit les philosophes, les Gn>cs ! Ah ! les Grecs! Il est bien vrai que les Grecs ne se battaient pas comme nos aïeux, avec juges et parrains, ainsi que nous le voyons dans la Colombicre; mais voulez-vous savoir ce que faisaient sur ce point ces Grecs dont on nous cite si souvent l'exemple? Les Grecs faisaient mieux, ils assassinaient. Voyez, par exemple, Plutarque, dans la vie de Cléomêne. On tuait son homme en trahison, cela ne tirait point à conséauence. Il bii tendit des ('nihùchcs, disait tranquillemont rhislorien, à peu prés comme nous dirions aujourd'hui : il lui avait fait un serment.

De cela que veut-on conclure? Que je plaide pour le duel? Bien au contraire; c'est seulement une des mille et une inconséquences humaines ciue je m'amuse à relever : occupation philosophique. On s étonne que nos lois ne défendent pas le duel ; ce qui m'étonne, c'est ({u'elles ne l'aient pas encore autorisé. Pourquoi, en cfTet, nos sottises n'obtieudraient-elles pas, comme nos vices, droit de vivre en payant patente, et n'est-ce pas une injustice véritable que a'interdire aux duellistes ce qui est permis à tant a'honnétes gen», d'échapper au Gode eu se réfugiant dans le budget ?

S'il n'y a noint de société sans guerre, il est difliclle u'il y ait des guerres sans armées. Ainsi madnme de M*** est pleinement justiCée de se livrer dans le chapitre suivant aux détails d'un camp. Madame de M*** est, je crois, te premier auteur de .son sexe qui se soit occupé ue cette matière après la chevalière d'Eon ; non que je veuille établir la comparaison entre madame de M*** et l'amazone du siècle dernier; c'est purement un rapprochement bibliographique, et ma remarque subsiste.

Madame de M***, comme tous les auteurs militaires, se montre grand partisan de l'obéissance absolue; c'est une question qui a été souvent agitée par les pliilosiqilics. mais qui est tous les jours parfaitement résolue à la plaine de Grenela.

Il y a sur cette question une opinion de lloblies que madame de M"* aurait pu citer, et qui ne laisse pas d'être assez singulière : « Si notre maître, dit-iK nous ordonne « une action coupable, nous devons l'exécuter, à moins a que cette action ne puisse être réputée nôtre. » C'est-àdire que llobbes, pour règle des actions humaines, n'admettrait plus que régoisme.

Madame de M"* rapporte, d'après Folard, quelquesunes des qualités que doit posséder un vrai cnpilnine. Quant à moi, je me défie de ces définitions si parfaites par lesquelles il n'y aurait plus que des exceptions dans la nature. C'est une chose épouvantable à voir que la nomenclature des éludes préparatoires auxquelles doit se livrer un apprenti général; mais combien y a-t-il eu d'excellents généraux qui ne savaient pas lire? II semblerait que la première condition, la condition sine quâ non de tout nomme qiii se destine à la guerre, serait d'avoir de bons yeux, ou tout au moins d'être robusle cl di<pos. Eh bien, une foule de jiçrands guerriers ont été borgnes ou boiteux. Philippe était borgne, boiteux et de plus manchot! Agesilas était boiteux et contrefait; Annibal était borgne; Bajazet et Tamerlan, les deux foudres de guerre de leur temps, étaient l'un borgne et l'autre

boiteux; Luxembourg était bossu. Il semble même que la nature, pour dérouter toutes nos idées, ait voulu nous montrer le phénomène d'un général totalement aveugle, guidant une armée, rangeant ses troupes en bataille et remportant des victoires. Tel fut Ziska, chef des Ilussites,

Uistoriensl historiens! faiseui-s d'emphase, mes amis, n'y croyez pas.

Le sénat marche au-devant de Varnm, qui s'est sauvé de la bataille, et le remercie de n'avoir pas désespéré de la république... — Qu*est-ce*que cela prouve? Que la faction (|ui avait fait nommer Varrou général, pour ôter le commandement à Fabius, fut encoVe assez puissante pour empêcher qu'il fut puni. Elle voulait même qu'il fût renommé dictateur, afin que Fabius, le seul homme (lui put sauver la république, ne fût pas appelé à la tête des affaires. Il n'y a malheureusement là rien que de très-natui-el, s'il n'y a rien d'héroïque. Croit-on, par exemple, qu'après la déroute de Moscou, si Buonaparle l'avait voulu, tout son sénat n'aurait pas marche en corps au-devant de lui?

liC sénat déclare qu'il ne raclièler.i point lc> pri>onniers. Qu'est-ce.que cela prouve? Que le sénat n'avait pas d'argent. Il fit comme tant d'honnêtes gens qui ne. sont pas des Romains; il fut dm*, ne voulant pas paraiti*e pauvre. Pouvait-il en effet accuser de Llchele des soldats qui s'étaient battus depuis le lever du soleil jusqu'à la nuit, et (|ui n'avaient laissé que soixante-dix mille morts sur le champ de bataille? Voilà les faits, et eu histoire des faits valent au moins des phrases. —Voyez tout ce passage dans Folard.

Ou objectera le témoignage de Montesquieu. Montes- (juieu a fait un fort beau livre sur les causes de la grandeur et dp la décadence des Romains; mais il en a oublié une, c*t*st que la cavalerie d'Annibal ait eu les jambes lassées le jour qu'il vint camper à quatre milles de Rome. 11 est toujours curieux de voir un Français trouver chez les Romains des choses dont ni Salluste,*ni Cicéron, ni Tacite, ni Tite-Live ne s'étaient jamais doutés; et pourtant les Romains étaient un peu comme nous; en fait de louanges et de bonne opinion d'eux-mêmes, ils ne laissaient guère à dire aux autres.

Les historiens qui n'écrivent que pour briller veulent voir partout des crimes et du génie; il leur faut des géants, mais leurs géants sont comme les {|[irafes, grands par devant et petits par derrière. En général, c'est une occupation amusante de rechercher les véritables causes des événements; on est tout étonné en voyant la source dti fleuve; je me souviens encore de la joie que j'éprouvai, dans mon enfance, en enjambant le Rhône. Il semble que la Providence elle-même se plaise à ce contraste entre les causes et les effets. La peste fut une fois apportée en Italie par une corneille, et c'est en disséquant une souris qu*on découvrit le galvanisme.

Ce qui me dégoûte, disait une femme, c'est que ce que je vois sera un jour de l'histoire. Eh bien, ce qui dégoûtait cette femme est aujourd'hui de l'histoire, et cette histoire-là en vaut bien une autre. Qu'en conclure? Que les objets grandissent dans les imaginations des hommes comme les rochers dans les brouillards, à mesure qu'ils s'éloignent.

Mars 1820 (1).

M. le duc de Berry vient d'être assassiné. Il y a six semaines à peine. La pierre de Saint-Denis n'est pas encore

(I) Nous avons cru devoir réimprimer texliieUemcnl tout ce morceau, enfoui sans si|;iialurc dans un recueil oublié, d'où rien ne Î10U8 forçait à le tirer Mais il nous a semblé qu'il y avait quelque cho«e li'inslructil* pour les passions politiques d'une épo- (|uc dans le spectacle des passions politiques d'une autre époque.

ET PHILOSOPHIE MÊLÉES

rescellée, et voici déjà que les oraisons funèbres et les apologies pleuvent sur cette tombe. Le tout tronaué, incorrect, mal pensé, mal écrit; des adulations plates ou sonores; pas ae conviction, pas d'accent, pas de vrai refnret. Le sujet était beau cependant^ Quand donc interaira-t-on les grands sujets aux petits talents ? Il y avait dans les temples de Tantiquité certains vases sacrés qui ne pouvaient être portés par des mains profanes.

Et, en effet, quoi de plus vaste pour le poète et de.glùs fécond que cette vie peuse et guerrière, qui embfgsse tant de aéplorables événements; que cette mort hérp^gue et chrétienne, qui enlraine tant de fatales conséquei^ces ? Un noble triomphe est réservé au grand écrivain qui pojus retracera et la trop courte 1»rriére et le caractère cjîcivaleresque de celui qui sera peut-être le dernier descendant de Louis XIV. Ce prince, repoussé dès Tadolesceiice du sol de la patrie, fit avant IMge le rude apprentissage du cas que et de Tépée. Les premières et longtemps les seules prérogatives qu*il dut à son rang auguste furent rexil et la proscription. Pitssnnt d'un palais dans un camp, tantôt accueilli sous les tentes de 1 Autriche, tao,lôl errant sur les flottes de l'Angleterre, il fut, durant bien de.*; années, avec toute son illustre famille, un éclat/int exemple de Finconstance de la fortune et de l'ingratitude des liom-

meg. Longtemps mêlé à des chefs étrangers, il e^yt à combattre des soldats qui étaient nés pour servir sous lui; mais du moins sa constance et sa bravoure nedémentirent jamais le sang et le nom de ses aîeux. 11 fut le digne élève de Théritier des Gondé, exilé comme lui, le digne capitaine de la vieille troupe des gentilshommes proscrits avec leurs rois. Dans ces temps de guerr.es, le pain des soldats valait à ses yeux le festin des princes, et, à défaut de couche royale, il savait conquérir le jour le canon sur lequel il devait reposer la nuit. Revenu en Gn parnàlies peuples que gouvernaient ses pères, il n*élail pas réservé a jouir paisiblement de ce honneur qu'une augqslc union semblait devoir tendre durable pour lui, et é;^rnel pour notre postérité Hélas! ajprès quatre ans d'une Vie simple et bienfaisante, le plus jeune des derniers Bourbons, entouré de Tamour et des espérances de la nation, est tombé sous le poignard d'un Français, poignard que n\i pu rencontrer sur son passage, durant les onze années de son ombrageuse tyrannie, un Corse gardé pai* un ma* meluck!

Ce loyal enfant du Béarnais, destiné sans doute d corn* mander notre brave et fidèle année, promis peut-être aux héroïques plaines de la Vendée, est mort à la fleur et dans la force de l'âge, sans avoir même eu la consolation d expirer comme Epaminondas, étendu sur son bouclier.

£t quand l'hi&torien d'une si noble vie aura rappelé le dernier pardon et les derniers adieux, il sera de son devoir de remonter, ou plutôt de descendre aux causes et aux auteui^s de cet abominable forfait. Qu'il écoute alors, pour dévoiler des trames ténébreuses, q^u'il écoule la France désespérée; elle criera, comme l'impératrice romaine : Je reconnais les coups!

Nous ne nous livrerons pas ici à une discussion qui outrepasserait nos forces; mais nous pensons qu'il est des questions graves et importantes que doit résoudre l'historien du duc de Berry assassiné, au sujet du misérable auteur de cet attentat. Louvel est -il un fanatique? de 3uelle espèce est son fanatisme? appartient-il à la classe es assassins exaltés et désintéresses, comme les Sand, les Ravaillac et les Clément? N'est-il pas plutôt de ces gens à qui l'on paye leur fanatisme, en ajoutant à la récompense convenue des assurances de protection et de salut?... Nous nous an'êlons à ces mots. On n'a plus droit aujourd'hui de s'étonner des choses les plus inouïes. Nous voyons d'exécrables scélérats étaler aux yeux de l'Europe leur

Dans le Morceau qu'on va lire, la doulaur ?a jusqu'à la rage, l'éloge jusqu'à l'apothéose, l'exagération dans tous les sens jusqu'à la foUe. Tel était en 1820 l'état de l'esprit d'un jevM jacobite de dix-sept ans, bien désintéressé, certes, et bien conraincu. liCçon, nous le répétons, pour tous les fanatisnies politiques. Il y a encore beaucoup de passages dans ce volume auxquels nous prions le lecteur d'appUquer celte noie.

impunité, plus monstrueuse peut-être que leurs crimes, et leur audace, plus effrayante encore que leur impunité. il faudra de plus ^ ue, pour remplir entièrement son objet, celui de nos écrivains célèbres qui écrira l'histoire de M. le duc de Berry se charge d'un autre devoir, humiliant sans doute, mais néanmoins indispensable ; je veux dire quMl aura à défendre l'héroïque mémoire du prince contré les insinuations perfides et les calomnies atroces dont la faction ennemie des trônes légitimes s'efforce déjà de la noircir. En d'autres temps, un pareil soin eût été injurieux pour le royal défunt, dont la bonté, la bravoure et la franchise ne sont comparables qu'aux vertus du grand lienn.. liais, aujourd'hui qu'une faction régicide encense les plus abominaliles idoles, ne sommes-nous pas forcés chaque jour, nous autres, les vrais libéraux et les vrais royalistes, de défendre contre ses impudentes déclamalions les plus nobles gloires, les réputations les plus pures, les plus irrèprocliables renommées? M*avons^nous pas chaque jour à venger de nouvelles insultes les Pichegru ou les Cathelineau, les Moreau ou les Larochejaquelein? et, à chaque nouvelle a'taque portée à ces hommes illustres, nous reconimençous notre pénible plaidoyer, sans même espérer qu'une voix pleine d'une indignation généreuse nous Interrompe en criant comme cet homme de l'ancienne Grèce : Qui dr)nc ose outrager Alcide?

Avril 1R20.

Il a paru ces jours-ci un recueil de Lettres de madame de Graflgny sur Voltaire et sur Ferney. Cet ouvrage tient beaucoup moins que ne promet son titre. Le nom de Voltaire, placéen tète d^un livre quelconque, inspire une curiosité vive et tellement étendue dans ses désirs, qu'il est bien difficile Afi la satisfaire. Il semble que la vie privée de Voltaire devrait olTrîr au lecteur une foule de détails pjieins d'agrément et d'intérêt, si le caractère de cet écrivaiUi extraordinaire était reproduit par une peinture fidèle avec toute sa mobilité originale et ses brusquer inégalités. Il semble encoœ que le pinceau fin et aélicat d'une femme serait plus que tout autre capable de saisir celte foùlc de nuances variées dont se compose la physionomie morale de l'homme universel, surtout dans sa liaison avec rimpérieuse marquise du ChAlclet. II aurait été piquant et

E eut-être plus facile à une femme qu'à un homme de dérouiller les causes de cet attachement bizarre qui rendit un homme de génie esclave d'une femme d'esprit, et résista si longtemps aux tracasseries fatigantes, aux violentes querelles que faisaient naître inopinément, et à toute heure, rirascibililé de l'un et l'orgueil de l'nulre. Si la collection des lettres de Voltaire à sa respectable Emilie n'avait été di*truite, nous pourrions espérer encore d'obtenir le mot de cette énij^mc ; car les lettres de madame de Grafigny ne nous présentent sous ce rapport aucun aperçu satisfaisant. Il laut le dire et le croire pour son honneur, l'auteur des Lettres véruviennes n'avait sans doute pas écrit ces lettres sur âirey avec l'idée qu'elles seraient imprimées un jour.- On ne doit pas savoir beaucoup de gre à Téditeur d'avoir extrait ce manuscrit du portefeuille de M. de BoufOers. Madame de Grafigny n'a pas le talent d'observer, et surtout d'observer les grands nommes. Son style, au moins Insipide, gâte Tintérét de son sujet. Madame de Grafigny, arrivée a Cirey en 1758, adresse à son ami M. Devaux, lecteur du roi Stanilas de Pologne, ses réflexions sur les habitants de ce château. M. Devaux, qu'elle appelé, dans l'intimité de sa correspondance, Pampan et quelquefois Pampichon par un redoublement de tendresse, reçoit ses confidences sur Voltaire et sa marquise, qu'elle désigne par plusieurs sobri- (|uets, tous plus fades les uns que les autres : Atys, ton idole, Dorotnée, etc. Elle lui transmet en style niais et précieux un journal détaillé de toutes ses occupations. A-t-elle vu le lever du jour? elle a assisté à la toilette du soleil. Je suis, dit-elle à H. Devaux, bien jolie de Vé-

LITTERATURE

erire, elc. Ht. Un inriit cependnnl lort de rdeler tout ■ hil M livra ; parmi b«Auconp de redites el de délaiU pleini de mauTaii goAi, le» Leltra de madame de GrafLgny rcofermeiil des faili carieui el ignorés ; el lu marceiui inédili de Vollnira, qui complètent le Toiame, siif- Braieal pour mériier l'illention. Plusieurs de ces cinquinle épiires présenlent uo hiul intéréli ellet sont Adressées prenque louies i des personosees émiuenli du dernier liécle, tels mie le« ducliesses du Hume el d'Aiguillon, le» duc* de Richelieu et de Prasliu, -le chancelier d'A-

Îuesseau, le président Hénault, etc. Les lettres i In uchesse du Maine eo particulier romienl une correspondHnce entièrement inédite el vraiment charmante el cnrieuse. Il y a en&)re dans cette collection une éiiilre tu pape Benoit XIV, écrite en italien, et jtignée if devotiuimo Voltaire. Cela vent dire le trét-dévol ou le Irisdévoué, mut-Jlre l'un et l'autre, et i coup sitr ni l'un ni l'autre. Puisque vous voulei des rilalinns, voici un billet asseï joli de ToriDe et de tournure, adressé au comte de Choiseul, alors ministre. Vous reconnaltrei dans ce peu de mots la touche de cet homme toujours plein d'idées MnTeset i^quantei) il était difficile d'échapper d'une ma-

■ Permettei que je vous informe de ce qui vient de ■ m'arrivo- uvec H. Hakarliief, genlilhnmnie angUia j très-jeune, el pourtant irés-sage ; trés-inttruil, mais s modeste ; fort riche et Torl simple, el oui criera Uen- « lAt au parlement raieux qu'un autre, il m'a nié que I vous eiissiei des bontés pour moi. Je me suis écbanfië; a je me mis vanté de votre protection ; il m'a répondu 1 une, si je disais vrai, je prendrais la liberté de vous 1 «crira ; j'ai les passions vives. Pardonnez, monseigitèiir, <c au lele, i l'atlachemenl et au profond respect du vieui « montagnard, >

Le vieux Suitte libre est bon courlîs.in, comme on voit. Vous reirouvercs dans la plupart de* autres lettres la ^flieié communicative, la vivacité et souvent )k témérité de jugement, la llatterie adroite, la raillerie lantAt douce et lanldl mordante, auxquelles ou reconnaît la touche inimitahle de Voltaire proiaieur. Parmi le petit nombre de pièces de vers mêlées aux mcfrceaut de proM, la

ET PHILOSOPHIE MÊLÉES

Sur

a eroupe indompi*

. arec un cri terrible

- Pag« M -

Il natlra bieiilAt dans Iod ime;

n'ijamniiélé imprimée:

Bieniatun morlel amoureui

Te fera parUger si llamniG.

Heurcui I trop heureui ecL umant

Riucourl, le* tilcnU eucbi meurs

Chique jnur le font iei conquitei;

SitugoÙleslesotinient

Tu rail soupirer loui le CŒurs,

, Ganimaluiliasibicnlcreodrel

Tu tàn tourner IouIm Ici Met.

Td jaÎDs lu prcdige de l'art Leclianuebcureuïdelanature,

Ve jolis vers sans do j te. J'avoue pourt»nt (|ue j'ai peu

Et la vivloirc toujourt lAro Se nage tous Ion jlvndiird.

E.-tu Bidon? o^lu Nonimc?

Homrrc. r

Atcc toi noui versons des pleurs ;

Nous gfmiucns de let meilleurs,

El du sort cruel qui t'opprime.

L'an d'atlendrir et de cbanner

SUR U.N POÈTK APPARU t.\ 1820.

A pifi la brillante auro.ï;

Nais toa cteur est fail pour aimer,

Nai 18».

DMends ce tiBur du vain désir'

UeiSchesseetderenonimfc:

l.'imour seul donne le phisir.

Eneplalsirealrt'èlreaimi!u.

Uiik l'amour brille en t<!S jeui,

Vous en rirez, eens du monde, yous haoaserei les épaules, hommes oe lettres, mes contemtioraiDs, car.

. is

LITTERATUHt

je ïoin le dis cnlre nous, il n'en «l peut-être p« un de voiii qni compreoDe ce (jue c'est qu'un )ioei<'. Le reDconlrern-t-iin dans vos palan ? Le (Touvem-t-nn dam Tos relmile*? Et d'»bnrd. pour ce qui regarde l'ilmc du

Soêle, 1» première condilion n'esl-elle pns, comme 1'» it une bouche êloquenU^, de /t'avoir jmnaii calculé le prix d'iine buuesse oii le talaire d'un vieiuonge f Poète» de mon siècle, cél homme-U m voii-îl parmi vous? Esl-il dont vos rangs l'homme qui possède I os magna lonalarvm, la bouche capaMe de dire de Hrnndes choses, te ferrea vox, la toIi de fer? l'homme qui ne ilccUira i«s devant les capricei d'un tyran ou les fureurs d'une faction ? N'afez-vous pas été tous, au çoulraire, lemblables aux cordea de la lyre dont le son varie i(uiind le Irmps chan|[e?

Franchement, on Irourera )'anul vous des alTranclilt, prêts li iuTociuer In licence après avoir déiQc le despotisme; des Inmsfupes. préis à llatler le pouvoir après avoir chante l'anarchie; et des insensés qui ont baisii hier des fers illégilimes, et, comme le serpent de la fnble, veulent aujourd'hui briser lenrs dents sur le frein des lois ; mais on n'y découvrira piis un poêle. Car. pour ceux qui ne prostituent pas les titres, sans un esprit lirait, sans un cœ\ir pur, sans une Jtme nol>k et élevée. il n'est point de vcrilable poêle. Teuei-vous cela pour ilil, non pas en mon nom, car je ne suis rien, mais au nom de loua les (;eiis qui rnisoi —

je veui tiien ne choisir mon exen te

. — que CCS mots ; tiulce el derot. ri,

sonneni mal duns la IkiucIic d'i mi

! donc, j'ai cherché jusqu'ici lutoi je

, n'en ai pas rencontré ; de là, il k la-

' ginalioo un modèle idéal que j< el.

- ronime Hilton areugle, je suis li n-

I fer ce soleil que je ne vois pas.

les I

■ vous êtes deceui que Platon voulait combler d'Iionneiira « et bannir de m république. Vous devei vous attendre * aussi à vous voir bannir de notre terre d'anarchie et I d'ignorance, H il manquera » voire eiil le triomphe > que Platon accordait du moins au poiie, le* pali — '" ■s (anrares et la couronne de Oeurs. •

Un nomme action au ihëllre la lutte de deux force* np- . posées. Plus ces Tirces se contre-lia lancent, plus la lutte est incerlaiiie; plus il y a allernalire de crainte ou d'es- I pcrance, plus il y a d'inlérèt. Il ne faut pas confondre ci intérêt qui nait de rtciion avec une autre sorte d'intéH que doit ini:pi)-er le héros de toute Iraj^die. et q^iii n'est . mt'im senliment de terreur, d'admirntion nu de pitié. Ainsi, il se panrnlt trés-lileu que le principal personnage d'une

tiéce excîltl de l'iniérél, parce que son caractère est no- ' la et. sa aituation louctnnte, el que la pièce manquai dlnLêrét, parce qu'il n'y aurait point d'alteruative de craiBie et d'espérance. Si cela n'était paa, plus une situation terrible serait prolongée, plus elle sertit belle, et le iuÛime de la tragédie serait le comte Uculin enfermé dans une tour avec ses llls p^ur y mourir de faim; scène de ter- i reur monotone, qui n'a pu réussir même en Allemagne, , pays de penseurs profonds. aLtenlifs el fixes.

l'intérêt ;

L'antre jour j'ouvns un liir sans nom d'nuleur, avec poiliqua. C'étail des vers.

Je Irouvai dans ces vers quelque clioae d'André de Chcnicr. Continuant â les feuilleter, j'éLtbIis involontai- I remeuL un parnUélo entre l'auteur de ce livre el le mallicnreux poéle de la Jeune Captive. Dans tous lea deux, même originalité, même fraîcheur d'idées, même lii>e d'images neuves el Traies, seulement l'un est plus 'grave ' et même plus mystique dans ses gieinlures ; l'autre a plus d'cnjoiicnirnl , plus de Trace, avec lieaiicnup moins de gui'il et de ciirrcclion. Tous deux saut inspirés par l'amour, Mnii dans Cliéiiier. ce sentiment est toujours pro- ' fane; dans l'auteur i^iie je lui compare, la passion terres- , Irc est presque toujoui-s épurée par l'amour divin, te premier s'est cludié à donner à sa musc les formes hîm- ! pli-s cl sévères de la muse antique ; le second, qui * souvent adopté le style des Pères et des prophètes, ne'dédai- Biiepas de suivre' quclijuelois la muse (êveusc d'(^ian et les déesses fantastiques de KIopsiok et de Schiller. Enflii, »i je cam|irends liicn des distinctions, du reste asseï iusigniBanles, le premier est romantique parmi les cliissii|ues, le second est élastique parmi les romantiques.

Voici donc enSn des poèmes d'no poêle, des poésies qui sont de la poésie I

Je tus en entier ce livre singulier; je le relus encore, el, malgré les négligences, le néologisme, les rèpélilions el roliscurllc que je pus i|itelqttefois y remarquer, je fus tenté de dire à l'auleur : < Courage, jeune liommel

Dans ure œuvre dramatique, i|uaDd l'incertitude des événements ne nait plus c[ue de l'ioeertilude des caractères, ce n'es! plus la tragédie par force, mais la tragédie par faililesse. C'est^i l'on veut, le spectacle de la vie humaine; les grands effets [wr les neiiles causes; ce sont des hommes, maia au ihéAtre il uul des ange* ou des géaDts.

11 y a des poêles qui inventent des ressorts dramatiques,et ne snvent pas ou ne pcuieni ps IC' faire jouer

semlilaltlcs à cet artisan grec qui -'- '' '"-- " -'•

tendre l'an: qu'il avait forgé.

s la force de

1,'amuur au Ihciire doit loujour> mnrclicr en pix^mlire ticne, au-dcs.sus de toutes les raines considérations qui mi>dillenl d'ordinaire les volontés et les pnwions des hommes. Il csl la plus iielite chose de li terre, s'il n'en est la plus grande. Ou objectera que, dnns celli' hypiithèse, le Cid ne devrait point se battre over don (îiirmas. Eh! point du loul. Le Cid connaît ChiinèDe;i1 aime niieiixeucourir sa colère que son mépris, parce que le mépris tue l'amour. L'amour, dans les granoes Ames, c'est une estime célesie.

Il est i remarquer que le déiioùment de Mahomet est plus manqué qu'on ne le croit généralement. Il sufllt. pour s'en convaincre, de le comparer avec celui de Uritamiirus. \a situation est semblable. Dans 1rs deux iragédies. c'est un lyran qui \vTi sa maîtresse au moment su il croil

ET PUILOSOPHIB MÊLÉES.

8*en être assuré la possession. La pièce de Racine laisse dans rime one impression triste, mais qui n*est pas sans quelque consolation, parce que Ton sent que Brilannicus est veng[é» et que Néron n'est pas moins malheureux que ses victimes. Il semble qu'il detrait en être de même dans Voltaire: cependant k cœur, oui ne se trompe pas, reste abattu, et en effet Mahomet n est nullement puni' Sou amour pour Palmire n'est qu'une petitesse dans son caractère et qu'un moyen dérisoire dans l'action. Lorsque le spectateur voit cet nomme songer é sa grandeur au moment où sa maîtresse se poignante sons ses yeux, il sent bien qu'il ne l'a jamais aimée, et qu'avant deux heures il te sera consolé de sa perte.

Le sujet de Racine est mietix choisi que ceint de Voltaire. Pour le poète tragique, il y a une profonde et radicale diiïérence entre l'empereur romain et le chamelierprophète. Néron peut être amoureux, Mahomet non. Néron, c*est un phallus; Mahomet, c'est un cerveau.

Le propre des sujets bien choisis est de porter leur auteur. Bérénice n'a pu faire tomber Racine; Lamotte n'a pQ faire tomber Inès.

La différence qui existe entre la tragédie allemande et la tragédie française provient de ce que les auteurs allemands voinurent créer tout d'abord, tandis que les Français se contentèrent de corriger les anciens. La plupart de nos chefs-d'œuvre ne sont parvenus au point où nous les voyons qu'après avoir cassé par les mains des premiera hommes de plusieurs siècles. Voilà pourquoi il est si injuste de {l'en faire un titre pour écraser les productions orioînales.

La tragédie allemande n'est autre chose que la tragédie des Grecs, avec les modiûcations qu'a dû y apporter la différence des époques. Les Grecs aussi avaient voulu faire concourir le faste de la scène aux jeux du théâtre, de la ces masques, ces chœurs, ces colnurnes; mais, comme cheieux les arts qui tiennent des sciences étaient dans le premier état d'enfance, ils furent bientôt ramenés à cette simplicit| que nous admirons. Voyez dans Servius ce qu'il fallait faire pour changer une décoration sur le théâtre des anciens.

Au contraire, les anteurs allemands, arrivant au milieu de toutes les inventions modernes, se servirent des moyens qui étaient é leur portée pour couvrir les défauts de leurs tragédies. Lorsqu'ils ne pouvaient parler au cœur, ils parlèrent aux yeux. Ueiireux s'ils avaient su se irenfermer dans de justes bornes! Voilà pourquoi la plupart des pièces allemandes ou anglaises qu'on transporte sur notre scène nroduisent moins d'effet que dans l'original; on leur laisse les défauts qui tiennent aux plans et aux caractères, et on leiur Ole celte pompe théâtrale qui en est la compensation.

Madame de Staël attribue encore a une autre raison la prééminence des auteurs français sur les auteurs allemands, et elle a observé juste. Les grands hommes français étaient réunis dans le même fojer de lumières ; et les grands hommes allemands étaient disséminés comme dans des patries différentes. Il en est de deux hommes de génie comme des deux flnides sur la batterie; il faut les mettre en contact pour qu'ils vous donnent la foudre.

YIII

On peut observer qn'il y a deux sortes de tragédies : j l'une qui est faite avec des sentiments, l'autre qui est faite avec des événements. La première considère les hommes sons le point de vue des rapports établis entre eux par la nature; la seconde» sous le \mai de vue des rapports éta-

blis entre eux parla société. Dans l'une, l'intérêt natt du développement d'une des grandes affections auxquelles l'homme est soumis par cela même qu'il est hoiMne, telles que l'amour, l'amitié, Tamour fliial et paternel; dans Tan- Ire, il s'agit toujours d'une volonté politique appliquée à la défense ou au renversement des institutions établies. Dans le premier cas, le personnage est évidemment passif, c'est-à-dire qu'il ne [>eut se soustraire à l'inJMf ai ooi ob» jets extérieurs; un jaloux ne lient jr^nyMnrVIkre jaloux, un père ne peut s'enféaier de craindre pour son fils; et peu importe comment ces impressions sont amenées, pourvu qu'elles soient intéressantes ; le spectateur appartient toujours à ce qu'il craint ou à ce qnll désire. Dans le second cas, au contraire, le personne^ est essentiellement actif, çarce qu'il n'a qu'une volonté immuable, et que la volonté ne peut se manifester |iue par des actions. On peut comparer ces deux tragédies, 1 une é une statue que Ton taille dans le bloc, l'afitre â une statue que l'on jette en fonte. Dans le premier cas, le bloc existe; il lui suffit pour devenir la statue d'être soumis à une influence extérieure ; dans le second, il faut que le métal ait en lui-même la faculté de parcourir le moule qu'il doit remplir. A mesure que toutes les tragédies se rapprochent plus ou moins de ces deux types, elles participent plus ou moins de l'un ou de l'autre ; il faut une forte constitution aux tragédies de tête pj^ur se soutenir; les tragédies de cœur ont à peine besoin de s'astreindre â un plan. Voyez Maliomet et le Cid.

E. vient d'écrire ceci aujourd'hui S7 avril 1819 : c En général, une chose nous a frappés dans les cornff positions de cette jeunesse qui se presse maintenant sur

< nos théâtres : ils en sont encore a se contenter facjlea ment d'eux-mêmes. Ils perdent â ramasser des couron-

< nés un temps au'ils devraient consacrer à de courageuses « méditati(»ns. Ils réussissent, mais leurs rivaux sortent

< joyeux de leurs triomphes. Veillez! veillez ! jeunes gens, « recueilles vos forces, vous en aurez besoin le jour de la a bataille. Les faibles oiseaux prennent leur vol tout d'un « trait; les aigles rampent avant de s'élever sur leurs A ailes. »

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