‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 72 sur 309 · WORMS. -MANNHEIM · texte numérisé non relu

WORMS. -MANNHEIM

Naît tombante. — Dîtsertatîon profonde et haotemenl philosophique sur les appellations sonores. — Le voyageur croit être un moment Micromégas se baissant eft cherchant une ville i terre dans l'herbe —A quoi bon avoir été ane grande chose 1

— Les ^natorse églises de Worms.— Lie pauvre hère et le

Sros gaillard, ^ Dialogues. ^~ Vu monosyllabe accompagné e son commentaire. ^ Dan^ quel cas un aubergiste est majestueux. — 0 inégale naturel — Le vovageur a im peu peur des fées et des revenants. — H prend le parti d'adresser de plates flatteries à la lune. — Un spectre. — A quel genii» d'exercice se livrait ce spectre. — Antre monosyllaoe aceompagné d'un autre commentaire. — Où le lecteur apprend (tant quels endroits se mettent les vieux numéros d'un vieux journal. — 1.0 spectre devient de plus en plus aimable et caressant. — Entrée k Worms. — Par malheur, le voyageur connaît si bien le Worms d'autrefois, qu'il ne reconnaît plus le Worms d'à présent. — Ce qu'on s'expose à voir quand on regarde par le trou des serrures. — Saint Ruprecht. — Mélancolie à propos d'un garçon tonnelier. — L'auberge du Faûan (qui est peut^tre l'auberge du Cygtie, à moins que ce ne soit Faubergo du Paon. Lecteur, défiez-vous de l'auteur sur ce ffoint. ) — A quoi étaient occupés deux hommes dans la salle a manger, et ce qne faisait un troisième. — Eloquence d'un M>t. — Le voyageur continue à décrire le gtlc.— La chambre a coucher. — Lu tableau du chevet du lit. — Deux amants s'enfuyant à travers une épouvantable orthographe. — L'auteur se promène dans Worms. — Allocution aux Parisiens.

— L'agonie d'une ville. — Ce qi^ Perse et Horace ont dit de la Petiie-Provence ^ui est aux Tuileries. — Conseils indirecti aux jeunes niais qui gâtent le costume des hommes en France à l'heure qu'il est. — La cathédrale de Worms. — Le dehors.

— L'intérieur. — Le temple luthérien. — Mannheim. — L'un^ que mérite de Mannheim. — Par quels gens Mannheim serait admiré. '— Encore la figure de rhétorique que le bon Dieu prodigue. — Intéressante inscription recueillie i Mannheim.

Bords du Neckar, octobre.

La nuit tombait. Ce je ne sais quel ennui qui saisit Tftme à la disparition du jour se répandait sur tout rhori* son autour de nous. Qui est triste à ces heures*1é? est-ce la nature? est-ce nous-mêmes? Un crêpe *blanc montait des profondeurs de cette immense vallée des Vosges, les roseaux du fleuve bruissaient lugubrement, le dampfschifT battait Teau comme un gros chien fatigué; tous les voyageurs, appesantis ou assoupis, étaient descendus dans la cabine, encombrée de paquets, de sacs de nuit, de tables en désordre et de gens endormis; le pont était désert; trois étudiants allemands y étaient seuls restés, immobiles, silencieux, fumant, sans faire un geste et sans dire un mot, leurs pipes de faïence peinte; trois statues; îe faisais la quatrième, et je regardais va|;uement dans rétendue« Je me disais : < Je i^'aperçois nen é l'horizon. Nous n» serons pas à Worms avant la nuit noire. G*est étrange. Je ne croyais pas que Worms fût si loin de Mayence. — Tout é coup le dampfschiiï 8*arréta. — Bon, me dis-je, Teau est très-basse dans celte plaine, le lit du Rhin est obstrué de bancs de sable; nous voilà enjnravés. a

Le i^atron du bateau sortait de sa cellule, c Eh bien ! capitaine, lui dis-je, — car vous savez qu'aujourd'hui on met sur^ toute chose un mot sonore : un comédien s'appelle artiste; un chanteur virtuose; un patron s'appelle capitaine; — eh bien! capitaine, voilà un petit contretemps. Du coup nous n*arriverons pas avant minuit. » Le

patron me regarda avec ses lai^s yeux bleus de Teuton stupéfait, et me dit : c Vous êtes arrivés ! a Je le regarde à mon tour, non moins stupéfait aue lui. Eu ce moment, nous dûmes faire admirablement les deux figures* de Tétonnement français et de Tétonnement allemand, c Arrivés, capitaine?

ÉGLISE DE SINZIC

PagalOe.

— Oui, arrives.

— Oùï

— Mais n WorniR ! n

Je m'eiclame, et je promène mes yeui aulour de moi. ■ A Worms'. révais-jc tout éveillé? EUis-je le jouet de quehiiie vision crÔpuBCulaire? Le patron raillait-il levovapur? L'Allemand en donnait-il a carder au Parisien? Le Germain se gnussait-il du Ganloisi A Worms! Mais où ëtail donc celle haute et magniOque ceinture de murailles flanquées de (ours carrées ii<ii venait jusqu'au bord du Qeuve prendre licrenienl le RIud pour fossé? Je ne voyais mi'nne immense pkiiie dont de (grandes brumes me cacliaient le fond, de pâles rideaui de peupliers, une berge A peine distincte, tant elle était mêlée aux roseaux, et sur In rive même, tout près de nous, une belle pelouse verte ou quelques femmes étendaient leur linge pour le faire blanchir ii la rosée.

Cependant le patron, le bras tendu vers l'avant du bileaii, me montrait une façon de maison neuve, carrée,

ClAlrëe. i contrevents verlK, tort laide, espèce de gros pavé ianchiltre que je n'avais pas aperçu d'abord. « UoDsicnr, voiii Worms.

Worms! repris-je; Worms cela! cette maison blanche ! Uais c'est tout au plus une auberge !

-^ C'est une auberge en effet. Vous y serez à merveille.

— Hais la ville?

~ Alil la ville! c'estia ville que vous voulei?

— Hais sans doute.

— Fort bien. Vous la trou«erei là-bas, dansla j)1ainei mnis il faut marchor! il y a un bon bout de chemin. Ah ! monsieur vient pour la ville? En ffénéral, il est fort rare qu'on s'arrête icii mais* me.ssieurs les voyageurs se conleoleni de t'auberge. On y est Ircs-biei). Ah! monsieur lient A voir la ville? c'est différenl. Quant à moi, je passe ici toujours asse:: lard le soir, ou de très-bonne heure le malin, et je ne l'ai jamnis vue. ■

Ayei donc été ville impériale! ayei eu des gaugravet, des archevêques-souverains, des évêques-prjnces , une piali, quatre forteresses, trois ponts sur le Rhin, irni^ couvents à clocher, qualone églises, trente mille habilanls ! ayei été l'une des quatre cités maîtresses dans la fonnidible hanse des cent villes 1 soyez pour celui qui s'éprend des Iriditioas fantastiques, comme pour celui qui

Page 1