LES TÊTES DU SÉRAIL
0 horrible! S horrible) mori horrililol
'. Le d&me obacur des nuits, semé d'astres udb nombre. Se mirait ddos la mtr resplendissante et sombre;
' Ob I CTB devoir rfitnprimcr celle ode telle Qu'elle i été cotnporfe et publiée eo juin 1826, 1 l'époque du déuaire de Uit*»- ' «ngfii. il e«l imporUDl ie le nppeler, en la liuni, que loui lei I JMmiai d'Europe lunoiicèreiil alon la mort de Ciniria, lue du* ion brûlol par une bombe turque, dcTini la rille qu'il tc- I ..:. : Djpoi, cette nouielle htale i été heureuwment
La riante SUmboul, ]e Tront d'ombres voilé. Semblait, couchée au bord dn ^oire qui l'inaniip Entre les Teux du ciel et les renets de l'onde, Dormir dans un globe étoile.
On eût dit la cité dont les esprits nocturnes Baissent dans les airs les palais taciturnes, A voir ses grands harems, séjour des longs enDi<l'. Ses dômes Dieus, pareils au ciel qui les colore. Et leurs mille croissants, que semblaient Taire ëclore Les rayons du croissant des nuits.
L'œil distinguait les tours par leurs angles marquées, Les maisons aux toits plats, les Qéches des mosquées. Les moresques balcons en trélles découpés, Les vilraui, se cachant sous des grilles discrètes. Et les palais dorés, et comme des aigrettes Les palmiers sur leur front groupe.
U, de blancs Tels qne des i
dont l'aiguille s'élaDce, (ire armés d'un Ter de lanee;
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Lé, des kiosques peints; là, des fanaux changeants; El sur le vieux sérail, que ses hauts murs décèlent, Cent coupoles d*étain, qui dans Tombre étincellent Gomme des casques de géants '
Le sérail!... Cette nuit il tressaillait de joie. Au son des gais tambours, sur des tapis de soie, Les sultanes dansaient sous son lambris sacré; Et, tel qu'un roi couvert de ses joyaux de fêle. Superbe, il se montrait aux enfants du prophète, De six mille tètes paré!
Livides, Tœil éteint, de noirs cheveux chargées, Ces têtes couronnaient, sur les créneaux rangées, Les terrasses de rose et de jasmin en fleur! Triste comme un ami, comme lui consolante, La lune, astre des morts, sur leur pâleur sanglante Répandait sa douce pilleur.
Dominant le sérail, de la porte fatale Trois d*entre elles marquaient Togive orientale; Ces tètes, que battait l'nile du noiir corbeau, Semblaient avoir reçu Talteinte meurtrière. L'une dans les combats, Tau Ire dans la prière, La dernière dans le tombeau.
On dit qu'alors, tandis qu'immobiles comme elles Veillaient stupidement les mornes sentinelles. Les trois têtes soudain parlèrent, et leurs voix Ressemblaient à ees chants c^uon entend dans les rêves, Aux bruits confus du flot oui s'endort sur les grèves. Du vent qui s'endort oans les bois *
LA PRBMiiRE VOIX.
'( Ou suis-ie?... mon brûlot! à la voile! à la rame! f( Frères, Missolonghi fumante nous réclame, c( Les Turcs ont investi sq| remparts généreux. «c Renvoyons leurs vaisseaux à leurs vDles lointaines
« Et que ma torche, ô capitaines!
(( Soit un phare pour vous, soit un foudre pour eux !
(c Partons! Adieu Corinthe et son haut promontoire, a Mers dont chaque rocher porte un nom de victoire, « Ecueils de l'Archipel sur tous les flots semés, <K Belles lies, des cieux et du printemps chéries, « Qui le jour paraissez des corbeilles fleuries, c La nuit, des vases parfumés !
< Adieu, fiére patrie, Hydra, Sparte nouvelle! « Ta jeune liberté par cfes chants se révèle; K Des mâts voilent tes murs, ville de matelots ! « Adieu ! j'aime ton île où notre espoir se fonde-,
. < Tes gazons caressés par Tonde, « Tes rocs Eattus d'éclairs et rongés par les flots !
« Frerés, si je reviens, Missolonghi sauvée, « Qu'une église nouvelle au Chnst soit élevée. , Si je meurs, si je tombe en la nuit sans réveil,
« Si je verse le sang qui me reste i répandre, s Dans une terre libre allez porter ma cendre, « Et creusez ma tombe au soleil I
« Missolonghi! — Les Turcs! — chassons, 6 camarades, « "Leurs canons de ses forts, leurs flottes de ses rades. « Brûlons le canitan sous son triple canon. «[ Allons ! que aes brûlots l'ongle ardent se prépare.
« Sur sa nef, si je m'en empare, a C'est en lettres de feu que j'écrirai mon nom.
« Victoire ! amis ! ... — 0 ciel ! de mon esquif agile « Une bombe en tombant brise le pont fi*agiie... d II éclate, il tournoie, il s'ouvre aux flots amers! « Ma bouche crie en vain, par les vagues couverte! « Adieu! je vais trouver mon linceul d'algue verte, « Mon lit de sable au fond des mers.
ff Mais non! Je mé réveille enfln!... Mais quet mystère! « Quel rêve affreux... mon bras manque à mon cimeterre. « Quel est done près de moi ce sombre épouvantail? « Qu'entends-je au loin?.. . des chœurs. . . sont-ce des voix de « Des chants murmurés par des âmes? [femmes? « Cesconcerts!...suis-jeauciel?— Du sang... c'est le sérail !i>
LA DEUXIÉMB VOIX.
a Oui, Canaris, tu vois le sérail et ma tête a Arrachée au cercueil pour orner cette fête. «( Les Turcs m'ont poursuivi sous mon tombeau glacé. « Vois ! ces os desséchés sont leur dépouille opime : a Voilà de Bolzaris ce qu'au sultan sublime a Le ver du sépulcre a laissé !
« Ecoute : Je dormais dans le fond de ma tombe, « Quand un cri m'éveilla : Mistolonghi mccomM ce Je me lève à demi dans la nuit du trépas ; « J entends des capons sourds les tonnantes volées,
c Les clameurs aux clameurs mêlées, a Les chocs fréquents du fer, le bruit pressé des pas.
« J*entend8, dans le combat oui remplissait U ville, «t Des voix crier : « Défends aune horde serrile, «c Ombre de Botzaris, tes Grecs infortunés ! » tf Et moi, pour m'échapper, luttant dans les ténèbres, « J'achevais de briser sur les marbres funèbres « Tous mes ossements décharnés.
« Soudain , comme un volcan, le sol s'embrase et gronde. . .— j a Tout se tait; — et mon oeil ouvert pour l'autre monde « Voit ce que nul vivant n'eût pu voir de ses yeux. « De la terre, des flots, du sein profond des flammes,
c S'échappient des tourbillons d^Ames i
« Qui tombaient dans l'abîme ou s'envolaient aux deux!
« Les Musulmans vainqueurs dans ma tombe fouillérenl a Ils mêlèrent ma tète aux vôtres qu'ils souillèrent, c Dans le sac du Tartare on les jeta sans choix. « Mon corps décapité tressaillit d'allégresse; (C 11 me semblait, ami, pour la ûroix et la Grèce « Mourir une seconde fois.
« Sur la terre aujourd'hui notre destin s'achève.
« Stamboul, pour contempler cette moisson du glaive,
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o Vile esclave, 8*émeat du FaDur aux Sept-Tomrs, s Et nos têtes qu'on livre aux publiques risées,
« Sur rimpur sérail exposées, « Repaissent le sultan, convive des vautours!
c Voili tous nos héros! Gostas le paiicare, « Ghristo, du mont Olympe; Hellas, des mers dicare, a Kilzos, qu*aimaît Byron, le pocte immortel; a Et cet enfant des monts, notre ami, notre émule, a Hayer, oui rapportait aux fils de Tiirasybule c La néche ae Guillaume Tell !
« Mais ces morts inconnus, qui dans nos ranp sloiques « Coufondent leurs fronts vils n des fronts héroïques, « Ce sont des fiU maudits d*£blis et de Satan, ce Des Tares, obscur troupeau, foule au sabre asservie,
c Esclaves dont on prend la vie, « Quand il manque une tête au compte du sultan !
« Semblable au Minotaure inventé par nos pères, « Un homme est seul vivant dans ces hideux repaires, a Qui monlrenl nos lambeaux aux peuples à genoux; « Car les autres témoins de ces félcs fétides, <K Ses eunuques impurs, ses muets homicides, c Ami, sont aussi morts que nous.
« Quels sont ces cris?... — C*est l'heure ou sesplaisirs infâmes « Ont réclamé nos sœurs, nos filles et nos femmes. « Ces Heurs vont se flétrir à son souffle inhumain. « Le tigre impérial, rugissant dans sa joie,
« Tour à tour compte chaque proie, « Nos vierges cette nuit, et nos tètes demain ! »
« Son aveugle regard ne s'ouvre pas au ciel. a Sa couronne fatale, et toujours chancelante, « Porte i chaque fleuron une tête sanglante; c Et peut-être il n'est pas cruel !
ce Le malheureux, en proie aux terreurs implacables, « Perd pour Téternilé ses jours irrévocables. « Bien ne marque pour lui les matins et les soirs. « Toujours Tennui! Semblable aux idoles qu'ils dorent,
« Ses esclaves de loin Tadorent, <i Et le fouet d'un spahi régie leurs encensoirs.
« Mais pour vous tout est joie, honneur, fête, victoire. a Sur la terre vaincus, vous vaincrez dans l'histoire. a tVéres, Dieu vous bénit sur le sérail fumant. <( Vos globres par la mort ne sont pas étouffées : c( Vos têtes sans tombeaux deviennent vos trophées; « Vos débris sont un monument !
« Que Tapostal surtout nous envie 1 Anathéme
« Au chrétien oui souilla l'eau sainte du baptême!
« Sur le livre ae vie en vain il fut compté :
« Nul ange ne l'attend dans les cieux ou nous sommes 1
c Et son nom, exécré des hommes, « Sera, comme un poison, des bouches rejeté!
( Et toi, chrétienne Europe, entends nos voix plaintives. « Jadis, pour nous sauver, saint Louis vers nos rives « Eût de ses chevaliers guidé Tarriére-ban. a Choisis enfin, avant oue ton Dieu ne se lève, « De Jésus et d'On:ar, ae la croix et du glaive, « De l'auréole et du turban. »
LA TlOISliMI VOIX.
« 0 mes frères! Joseph, évêque, vous salue.
« Missolon{[hi n'est plus! A sa mort résolue,
a Elle a fui la famine et son venin rongeur.
« Enveloppant les Turcs dans son malh^ir suprême,
< Formiaable victime, elle a mis elle-même
« La flamme â son bûcher vengeur.
< Voyant depuis vingt jours notre ville affamée,
« J'ai crié : « Venez tous; il est temps, peuple, armée! « Dans le saint sacrifice il faut nous aire adieu. ^ « Recevez de mes mains, à la table céleste,
c Le seul aliment qui nous reste, « Le pain qui nourrit l'ême et la transforme en dieu ! j»
« Quelle communion ! Des mouranl s immobiles, « Cherchant l'hostie offerte i leurs lèvres débiles, a Des soldats défaiHants, mais encor redoutés, « Des femmes, des vieillards, des vierges désolées, ff Et sur le sein flétri des mères mutilées c Des enfants de sang allaités!
c La nuit vint, on partit; mais les Turcs dans les ombre>
< Assiégèrent bientôt nos morts et nos décombres.
< Mon église s'ouvrit à leurs pas inquiets.
< Sur un débris d'autel, leur aerniére conquête,
c Un sabre fit rouler ma tête... *
< J'ignore quelle main me frappa : je priais.
c Frères, plaignez Mahmoud ! Né dans sa loi barbare, « Des hommes et de Dieu son pouvoir le sépare.
Oui, Botzaris, Joseph, Canaris, ombres saintes, Elle entendra vos voix, par le trépas éteintes; Elle verra le signe empreint Sur votre front; Et, soupirant ensemble un chant expiatoire, A vos débris sanglants portant leur double gloire, Sur la harpe et le luth tes deux Gréces diront :
< Hélas! vous êtes saints et vous êtes sublimes,* ff Confesseurs, demi*dieux, fraternelles victimes I a Votre bras aux combats s'est longtemps signalé; ce Morts, vous êtes tous trois souilles par des mains viles. « Vo.ci votre Calvaire après vos Thermopyles; « Pour tous les dévouements votre sang a coulé !
or Ah! si l'Europe en deuil, au'un san^ si pur menace, <i Ne suit jusqu au sérail le cliemin qu'il lui trace, <i Le Seigneur la réserve à d'amers repentirs. i Marin, prêtre, soldat, nos autels vous demandent; i Car l'Olympe et le Ciel â la fois vous attendent, 'i Pléiade de héros! Trinité de martyrs! »
Juin 1826.
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