‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 96 sur 309 · CANARIS · texte numérisé non relu

CANARIS

Faire sans dire.

Vieille devise

lorsqu'un vaisseau vaincu dérive en pleine mer,

Que ses voiles carrées Pendent le long des mAts, par les boulets de fer

Largement déchirées;

Qu'on n'y voit que des morts, tombés de toutes parts Ancres, agrès, voilures.

Grands mAts rompus, traînant leurs cordages épars Gœnme des chevelures;

Que le vaisseau, couvert de feintée et de bruit,

Tourne ainsi qu'une roue ^ Qu'un^flux et qu'un reflux d'hommes roule et s'enfuit

De la poupe à la proue ;

Lorqu'à la voix des chefe nul soldat ne répond ;

Que la mer monte et gronde ; Que les canons éteints nagent dans l'entre-pont,

S'entrechoquant dans l'onde;

Qu'on voit le lourd colosse ouvrir au flot marin

Sa blessui:^ béante ; Et saigner, à travers son armure d'airain,

La galère géante;

Qu'elle vogue au hasard, comme un corps palpitant,

La carène entr'ou verte.

Comme un grand poisson mort, dont le ventre flottant

Argenté l'onde verte;

Alors gloire au vainaueur ! Son ancre noir s'abat

Sur la nef qu il foudroie; Tel un aigle puissant pose, après le combat,

Son ongle sur sa proie !

Puis il pend au grand mât, comme au front d'une tour.

Son drapeau que l'air ronge, Et dont le reflet d'or dans l'onde, tour à tour,

S'élargit et s'allonge.

Et c'est alors qu'on voit les peuples étaler

Les couleurs les plus fières, Et la pourpre, et l'argent, et l'azur onduler

Aux plis de leurs bannières.

Dans ce riche appareil leur orgueil insensé

Se flatte et se repose.

Comme si le flot noir, par le flot effacé.

En gardait quelque chose !

Malte arborait sa croix; Venise, peuple-roi.

Sur ses poupes mouvantes, L'héraldi(|ue lion qui fait rugir d'eiïroi

Les lionnes vivantes.

Le pavillon de Naple est éclatant dans l'air,

Et, (|uand il se déploie.

On croit voir ondoyer de la poupe à la mer

Un flot d'or et de soie.

Espagne peint aux plis des drapeaux voltigeant

Sur ses flottes avares Léon aux lions d'or, Castille aux tours d'argent,

Les chaînes des Navarres.

Rome a les clefe, Milan, l'enfant qui hurle encor

Dans les dents de la guivre ; Et les vaisseaux de France ont des fleurs de lis d'or

Sur leurs robes de cuivre.

Stamboul la Turque autour du croissant abhorré Suspend trois blanches queues ;

L'Amérique, enfin libre, étale un ciel doré Semé d'étoiles bleues.

LES ORIBHTALBS.

L'Autricliea l'aigle étrange, aui ailerons dreswii,

Qui, brillsDt sur la moire, Vers les deiu bouU du monde n In fuis menacés

Tourne une [éle noire,

L'iulre (tgle au double front, (jui des c;

Son antique adversaire, Comme elle regardant deui mondes à \.

En tient un dans sa serre.

L'Angleterre en triomphe impose aux flola amers

Sa splendide oriflamme, Si riche qu'on prendrait i>on reflel dans les mers

Four l'ombre d'une flamme.

C'est ainsi que les rois font aux mils des vaisseaui

Flotter leurs armoiries.

Et condamnent les nels conquises sur les eaui

A changer de patries.

Ils minent dans leurs nafi ces voiles dont le sort

Trompa les destinées, Tout liers de voir rentrer plus norabreuiet au port

Leurs (loties blaionnées.

Aux navires captib toujours ils appendnml Leurs drapeaux de victoire.

Afin que le vaincu porte éo-ite à son front Sa honle avec leur gtwre !

Hais le bon Canaris, dont un ardent sillon

Soit la barque hardie, Sur les vaisseaux iiu'il prend, comme son pavillon.

Arbore l'incendiet

Novembre 18S8.

LES ORIENTALES

Domintrl le «inll, de ti jwrte fabile Trou d'entre cUei mxrquiient l'ogiT* arienlale. (P»gelO.)

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