‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 10 sur 104 · Prononcez ai-yent · texte numérisé non relu

Prononcez ai-yent

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Et secundum multitiulinem miserationum tuaruin delc iniquitatem mram.

Et par l'excès de votre clémence, effacez mon iniquité:

SONNET

Si je ne regardais que mon énorme offense

Et de votre courroux le terrible pouvoir,

I );i us les affreux transports d'un mortel désespoir,

Je ne chercherais plus qu'à fuir votre présence.

Mais je le sais, mou Dieu, votre grâce est immense; Elle prévient mon âme, et me fait concevoir Que le plus grand pécheur rentrant dans son devoir Peut sur elle fonder une vive espérance.

Sur un cœur pénitent laites donc éclater Ces immenses hontes dont j'ose me flatter : Que votre bras puissant me tire de l'abîme.

Embrasez de vos feux ce cœur encor glacé. Et nettoyez si bien l'ordure de son crime. Que jusqu'au souvenir tout en soit effacé.

5 p& yt

Ampli us lava me ab iniquitate mea\ et a peccato meo munda me.

Que l'abondance de vos grâces lave mon offense, et qu'elle nettoie mon péché.

SONNET

Tel qu'un paralytique au bord de la piscine. Je fais pour m'y plonger d'inutiles efforts; Perclus, on me verra demeurer sur ses bords Si contre mon péché votre courroux s'obstine.

Pour le laver. Seigneur, que votre main divine D'un salutaire bain m'ouvre tous les trésors; Et vous rendant sensible à mes cuisants remords. De mes iniquités arrachez la racine.

Lavez-moi dans les eaux de ce céleste bain Qui seul ôte du cœur jusqu'au dernier levain Du funeste poison dont l'âme est corrompue.

Purifiez ce cœur que vous avez touché.

Et rendez-lui si bien sa netteté perdue Qu'on n'y retrouve plus la trace du péché.

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Quoniam iniquitatem meam ct/o cognasco, et peccatum me uni contra me est semper.

J'en reconnais toute l'énormité, et l'horreur que j'en ai conçue me le met continuellement devant les yeux.

SONNET

Mon cœur esl corrompu, je connais sa malice: C'est en vain qu'à vos yeux je voudrais l'excuser. Si mon vif repentir manque à vous apaiser, Rien ne peut me sauver d'un affreux précipice.

Son lirez donc que mes pleurs arrêtent le supplice Qu'un juge que j'offense a droit de m imposer : C'est l'unique rempart que je puisse opposer Aux traits qu'a préparés toute votre justice.

Cependant je suis faible, et sans cesse je voi Mon superbe péché s'élever contre moi:

Sous ses l'ers asservi, je languis, je soupire.

Je l'ai devant mes yeux, cet indigne péché: Je le déleste et sens son tyrannique empire. Quand du fond de mon cœur le verrai-je arraché?

Tibi soli peccavi, et malum coram te feci; ut justificeris in sermonibus tuis et vincas qiiain judicarîs.

C'est contre vous seul et devant vous seul que j'ai péché; mais, par le pardon de mon offense, justifiez la vérité de vos promesses, et triomphez des faux jugements que les hommes pourraient faire de vous.

SONNET

Dans l'aveugle fureur de mes vœux criminels, Quand ingrat et sans foi j'ai commis une offense. Je n'ai point redouté votre sainte présence, KL lâche je craignais les regards des mortels.

Mon audace profane aux pieds de vos autels Sans crainte, sans respect, portait mon insolence, Et cherchant pour pécher et l'ombre et le silence. Je croyais échapper à vos yeux éternels.

Mais gravez dans mon cœur vos divines paroles : Quelles domptent l'orgueil des jugements frivoles. Qui dans ce faible cœur s'oppose à votre loi.

De ces égards humains confondez la malice. Et joignant votre crainte à ma solide foi, Vous-même désarmez votre propre justice.

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Ecce enim in iniquitaiibus conceptus su ni. et in peccatis concepit me mater mea.

Mon iniquité est une suite de la corruption de ma chair, de cette chair faible que j'ai reçue d'une mère qui m'a conçu dans le péché.

SONNET

Conçu d'un sang impur par une mère impure. Sous le poids de ma chair je me sens accablé: Et formé dans un sein par le péché souillé. De ce sang criminel j'ai pris toute l'ordure.

.le dois donc au penchant d'une faible nature Tout ce que mes désirs ont de plus déréglé; Je lui dois les erreurs d'un esprit aveuglé. Qui suit des vains plaisirs la flatteuse imposture.

Ainsi contre le mal qui me trompe aisément.

Sans vous. Seigneur, mon âme oppose vainement

Tout ce que ma raison peut lui prêter de forces.

L'attrait qui la séduit est si vif et si doux Que j'oublie, en cédant à ses fausses amorces. Les immenses bienfaits que j'ai reçus de vous.

Eccv enim veritatem dilexisti; incerta et occulta sapientiœ tuœ manifestasti mihi.

Mais je me suis attaché à la vérité que vous aimez, et vous m'avez révélé les mystères les plus secrets de votre sagesse.

SONNET

Oui. Seigneur, l'homme en vain par un lâche artifice Cherche un voile imposteur à son iniquité; En vain sous les faux airs d'un dehors affecté L'hypocrite voudrait déguiser sa malice.

Par un vrai repentir il faut qu'on vous fléchisse.

Vous voulez, vous aimez la pure vérité;

Le publicain s'accuse avec sincérité

Et trouve l'endroit seul à vous rendre propice.

C'est là le grand secret que votre loi m'apprend; Je vois ce qu'elle ordonne et ce qu'elle défend : Si j'y manque, mon Dieu, j'irrite votre haine.

Mais que votre sagesse a des ressorts cachés! Qui s'accuse aux mortels voit sa perte certaine. Et qui s'accuse à vous voit laver ses péchés.

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Asperges me Jujssopo et mundabor; lauabis me. et su/)cr nivem dealbabor.

Répandez sur moi votre hysope, et je serai purifié: lavezmoi, et je deviendrai plus blanc que la neige.

SONNET

Dans les saints mouvements d'une humble pénitence Je viens donc à vos pieds confesser mou péché. Kl de ses vains objets mon esprit détaché Met dans sou repentir toute sa confiance.

Ces pleurs pour vous fléchir versés en abondance Vous répondent d'un cœur sincèrement louché : Faites donc que le sang sur la croix épanché Soil un hysope pur, qui lave mon offense.

Que mes larmes. Seigneur, me soient un bain sacré: Quelles soient la piscine où mon çgeur épuré Retrouve les douceurs de la grâce éternelle.

Plein d'amour, plein d'espoir, plein d'une vive foi.

Plongez-moi dans ce bain, et la neige nouvelle

Nous paraîtra moins pure cl moins blanche que moi.

Auditui meo dabis gaudium et laefitîam, et exsultabunt ossa humiliata.

Que ce pardon fasse renaître la joie clans mon esprit, et mes forces abattues seront bientôt rétablies.

SONNET

Sortez de mon esprit, funestes souvenirs Des crimes dont mon âme autrefois fut tachée; D'un Dieu qui me chérit la tendresse touchée Veut qu'une heureuse joie étouffe mes soupirs.

Oui. Seigneur, vous savez de solides plaisirs Remplir enfin cette âme à vous seul attachée; A ses fantômes vains vous l'avez arrachée. Et vos biens attendus bornent tous ses désirs.

Je la vois, dans l'espoir d'une joie éternelle, Attentive à vos lois, à vos ordres fidèle, Pour s'unir à son Dieu faire tous ses efforts.

Ouvrez-moi votre sein, et que ma voix publie Que plus un pénitent conçoit de vrais remords Et plus vous relevez son cœur qui s'humilie.

Psaumes de la Pénitence. 5

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Averti' faciem tuam a peccalis nuis, et omnes iniquitate* meas (/<!< .

Détournez vos yeux pour no plus voir mon péché, et effacez toutes mes iniquités.

SONNET

Quel antre ténébreux ou quelle épaisse mie Peut à vos vifs regards dérober un pécheur? Cependant, ô mon Dieu, pour rassurer mon cœur. De dessus mon péché détournez votre vue.

A vos yeux éternels ma faiblesse est connue; Elle me fait trembler et j'en frémis d'horreur : Que je les crains, ces yeux! Ab! de grâce, Seigneur, Qu'ils ne s'enflamment plus d'un courroux qui me tue.

Pénétré du regret des crimes que j'ai faits. C'est de vous que j'attends une tranquille paix: Laissez-VOUS attendrir en voyant ma misère.

Affermissez l'étal de mon esprit flottant. El touché des élans de ma douleur sincère, Changez en vrai fidèle un pécheur pénitent.

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Coi mundum créa in in\ Deus, et spiritum rectum innova in visceribùs meis.

Créez en moi, mon Dieu, un cœur qui soit pur, et que je sente renaître dans l'intérieur de mon âme un esprit de rectitude et de justice.

SONNET

En vain contre ma chair mon repentir conteste : .Mon cœur contre vos lois fièrement révolté Et vaincu lâchement sitôt qu'il est tenté. Succombe sous l'appât de son penchant funeste.

Qu'il rentre en son néant, ce cœur que je déteste; Que du même néant. Seigneur, votre bonté En lire un sans faiblesse et sans impureté. Et de mes derniers jours qu'il anime le reste.

Renouvelez en moi. Seigneur, en même temps Cet Esprit dont la loi doit régner sur mes sens, Cet Esprit qui nous sert de lumière et de guide.

Qu'il verse dans mon sein ses célestes ardeurs : De ses feux immortels sitôt qu'une âme est vide. Rien ne peut réchauffer ses mortelles froideurs.

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Ne projicias me a /cuir Iwi. et s pi rit uni sanctum tuum in tmji ras a me.

Ne me rejetez point hors tic votre présence, et ne me prive/ poin! de votre Saint Esprit.

SONNET

De vos saints jugements la sévère menace Excite dans mon cœur un trouble furieux: A L'aspect d'un courroux qui fait trembler les deux, Mon âme est interdite et tout mon sang se glace.

Ali! quand, pour implorer voire puissante grâce. J'ose me présenter â l'éclair de vos yeux, N( me rejetez point comme un monstre {lj odieux, Indigne de paraître â votre auguste face.

Remplissez mon esprit de votre Esprit divin : Hue <l( ses feux s;icrés il m'embrase le sein; Avec lui. je puis tout; sans lui. (pie puis-je faire'.'

Oui, quelques mouvements que je puisse sentir,

1 de lui seul que naît la grâce salutaire, El sans -son pur attrait, point de vrai repentir.

1. Le manuscrit porte membre ; mais il paraît qu'il faut monstre Racine n'a pas pria garde à cette méprise du copiste.

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Reddc mihi lœtitiam saluions lui. et spiritu principali confirma me.

Rendez-moi cette joie salutaire que j'ai perdue par mon péché, et fortifiez-moi de cet Esprit qui triomphe de la chair.

SONNET

Que l'espoir du salut, qui charme une âme sainte, Répande de nouveau lallégresse en mon cœur. Faites que. contemplant l'amour de mon Sauveur, Du plaisir d'être à lui je ressente l'atteinte.

De son sang épanché je vois la terre teinte : Une goutte suffit pour le plus grand pécheur; .M ids si de mes forfaits j'examine l'horreur, Que leur terrihlc aspect me fait frémir de crainte!

Par ce divin Esprit, dont les puissants attraits Font naître dans les cœurs rinnocence et la paix. Dissipez les frayeurs de mon âme tremblante.

Affermissez le mien, rendez-lui sa vertu. Kl rassurez si bien ma force chancelante Que jamais le péché ne me voye (1) abattu.

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