‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 6 sur 104 · PREMIER PSAUME DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

PREMIER PSAUME DE LA PÉNITENCE

ARGUMENT

Quoique le livre des Rois ne parle point des maladies corporelles de David, on voit néanmoins par les Psaumes vi, xxxvn et xl qu'une maladie cruelle fut un des châtiments dont Dieu l affligea. Il l'eut dans le temps que se formait la conspiration d'Absalom, et qu'Achitopel et ses principaux favoris le trahissaient. David demande donc à Dieu la santé; il implore sa miséricorde; il lui déclare qu'il ne souhaite la vie que pour le louer et le glorifier; il fait une peinture touchante des peines qu'il souffre et dé sa douleur, et enfin, par une confiance solide dans le secours divin, il témoigne une merveilleuse assurance de remporter la victoire sur ses ennemis suivant les promesses que Dieu lui en a faites. Il marque dans cette confiance son indignation contre les faux amis qui Vont trahi, et les chasse en les assurant que Dieu l'a exaucé, et que ses ennemis seront couverts de honte et de confusion. Ce psaume peut être parfaitement bien appliqué à la maladie de l'âme tombée dans le péché, et recourant à la miséricorde.

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mine ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua cori i [lias me.

Mon Dieu, ne me reprenez point dans votre fureur, et ne me châtiez point dans le feu de votre colère

De tout ce que j'ai fait prêt à rendre le compte. Accablé dans mon lit, malade, languissant, Sur mes péchés nombreux jour et nuit repassant. Mon cœur frémit d'horreur, et je rougis de honte.

A qui donc m' adresser dans ce mal qui me dompte? Seigneur, c'est à vous seul, vous qui d'un bras puissant Suspendez sur ma tète un foudre menaçant. Kl pouvez me donner une assistance prompte.

Mon esprit est frappé d'une juste terreur; Mais ne reprenez point dans voire âpre fureur C( cieur que vous ramène un repentir sincère.

S'il faut que mes forfaits soient par vous châtiés. N'employez pas du moins toute votre colère Pour punir un pécheur qui se jette à vos pieds.

Miserere mei. Domine, quoniam infirmas suni; sana me. Domine, quoniam conturbata sunt ossa mea.

Seigneur, ayez pitié de moi parce que je suis faible; guérissezmoi, mon Dieu, parce que mes forces sont confondues et mes os ébranlés.

SONNET

Sensible à mes douleurs, regardez la misère Où me plonge le poids de mes iniquités; Mon faible corps languit sous ses infirmités, Et mon cœur est frappé d'un incurable ulcère.

Pour un enfant qui souffre ayez les yeux d'un père; Suspendez-en, Seigneur, les regards irrités : C'est à vous que je viens dans mes calamités Comme au seul médecin en qui mon âme espère.

Dans l'excès des tourments dont je suis accablé. De tristesse et d'effroi mon esprit est troublé; Mes os sont ébranlés, ma force est abattue.

Guérissez à la fois et mon âme et mon corps; Calmez, mon Dieu, calmez le trouble qui me tue, Et de mes os perclus rassurez les ressorts.

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Et anima me a turbata est valde ; sed tu, Domine, usquequo?

Mon âme est extrêmement troublée; mais combien de temps, mon Dieu, voulez-vous encore m'abandonner à mes misères?

SONNET

Tout ce que de la mort les atteintes prochaines Par une affreuse image inspirent de terreur, Toul ce que les enfers font concevoir d'horreur A qui veut réfléchir sur leurs immenses peines,

Mon cœur chargé du poids de ses mortelles chaînes Dans son accablement en ressent la frayeur. Mon âme en est troublée, elle frémit de peur, El mon sang est glacé dans le fond de mes veines.

Quelles bornes. Seigneur, à la fin mettrez-vous

Au funeste torrent de ce brûlant courroux.

Qui des maux que j'endure est la source terrible?

Jusqu'à quand voulez-vous ainsi m'abandonner? Un Dieu si bon. si doux, sera-t-il inflexible, Quand il peut d'un seul mot guérir et pardonner?

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Convertere, Domine, et eripe animam meam; salvum me fac

propter misericordiam tuam.

Seigneur, laissez-vous fléchir à mes prières; délivrez mon âme sauvez-moi par l'excès de votre miséricorde.

SONNET

Ma voix s'élève à vous du fond du précipice; Vous verrai-je toujours avec même rigueur, Malgré tant de soupirs qui partent de mon cœur, Refuser à mes pleurs un regard plus propice?

Tournez sur moi vos yeux; souffrez que je fléchisse Un Dieu dont tant de fois j'éprouvai la douceur. De mes nombreux péchés effacez la noirceur, Et garantissez-moi de l'éternel supplice.

Seigneur, sauvez mon âme et tirez-la des fers; Déjà pour l'engloutir les gouffres sont ouverts : Que l'enfer confondu n'ait point cette victoire.

Répondez à mes cris trop longtemps rebutés,

Et sauvez-moi, mon Dieu, pour votre propre gloire,

Sauvez-moi par l'excès de vos seules bontés.

Quoniam non est in morte qui memor sit tui ; in inferno autem quis confitebitur tibi?

Les morts ne pensent plus à célébrer la mémoire de vos bienfaits, et ceux qui sont dans le tombeau ne chantent point vos louanges.

SONNET

Si je forme des vœux pour prolonger ma vie, Si j'implore à grands cris le secours que j'attends. Je n'ai point d'autre but. sinon que par mes chants Votre nom glorieux en tous lieux se publie.

Dans le fond d'un tombeau la chair ensevelie Y peut-elle former des concerts éclatants? Vous loûra-t-on, Seigneur, dans les enfers bridants. Où l'âme est attachée au tourment qui la lie?

De son seul désespoir occupé dans les feux, Le réprouvé vers vous n'élève point ses vœux; Il n'y chante jamais vos divines louanges.

Mais des mortels vivants les cantiques pieux Fonl partout retentir, en se joignant aux anges, Do votre sacré nom et la terre et les cieux.

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Laboravi in gemitu mco. lavabo per singulas noctcs lectum mcuni, lacrimis mois stratum meum rigabo.

Je soupire jusqu'à n'en pouvoir plus; tant que les nuits durent, je baigne mon lit de pleurs, et ma couche est arrosée de mes larmes.

Mon cœur, toujours pressé de tortures nouvelles, Est prêt à succomber sous le faix des tourments; Il se lasse à pousser de longs gémissements, Et ne peut plus souffrir ses angoisses mortelles.

Mes sanglots, vifs témoins de mes peines cruelles, De mes jours affligés marquent tous les moments; Mes cris toutes les nuits sont des rugissements, Et j'en passe l'horreur en larmes éternelles.

Rien ne peut égaler mes amères douleurs.

Je m'exhale en soupirs, je me distille en pleurs,

Et mon lit est baigné des larmes que je verse.

S'il est vrai qu'une seule apaise votre cœur, Faut-il que les torrents dont ma couche se perce Ne puissent désarmer toute votre fureur?

Turbatus est a furore oculus meus, inveteraui inter omnes inimicos meos.

Mes yeux se troublent à la vue de votre fureur; et ma tristesse me fait vieillir au milieu de mes ennemis.

SONNET

De votre œil en fureur la flamme étincelante De ses vives clartés me trouble, m* éblouit; L'éclair brille déjà, le tonnerre le suit. Et je vois dans vos mains la foudre menaçante.

A ce terrible aspect ma vue est chancelante; Mes yeux se sont couverts d'une funeste nuit, Et dans ce triste état où je me vois réduit, Je n'ose plus lever ma paupière tremblante.

Je me vois cependant entouré d'ennemis;

Les lâches contre moi se croyent tout permis (1),

Et par de noirs complots concertent ma ruine.

De tristesse et d'ennui je vieillis tous les jours, Et j'y succomberai si votre main divine Ne me prête contre eux un solide secours.

1. Prononcez : croi-yent, en faisant sentir IV, selon l*usage do 1690. — <'f. Charl's Thurot, De la prononciation française, T. I, p. 3(30, édition de 1881.

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Recedite a me omnes qui operamini iniquitatem ; quoniam exaudivit Dominas uocem {Ictus mei.

Retirez-vous de moi, vous tous qui opérez l'iniquité, parce que le Seigneur a exaucé la voix de mes larmes.

SONNET

Oui, mon Dieu, je ressens l'effet de votre grâce; Vous en versez sur moi les torrents précieux. Fuyez retirez-vous, ennemis furieux.

Je ne redoute plus votre insolente audace.

En vain votre malice en secret me menace; En vain vous concertez des complots odieux; De vos iniquités je suis victorieux. A l'orage succède une heureuse bonace.

Ce Dieu dont la bonté fut toujours mon espoir, Ce Dieu qui nous tient tous soumis à son pouvoir. A mes ardents soupirs est enfin exorable.

Mes sanglots l'ont ému, mes larmes l'ont touché; Et pour me délivrer du fardeau qui m'accable. Il rétablit ma vie et remet mon péché.

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Exaudivit Dominus deprccationem meam; Dominus orationem meam suscepit.

Le Seigneur a exaucé ma prière; le Seigneur s'est laissé fléchir à ma plainte.

SONNET

Vous avez triomphé, votre triomphe cesse, Ennemis qui troubliez les douceurs de ma paix; Dieu, qui semblait lui-même appuyer vos projets. Rétablit ma vertu, répare ma faiblesse.

Par un juste retour, il me rend sa tendresse,

Il exauce les vœux que mon cœur humble a faits:

Et répandant sur moi ses solides bienfaits.

Il fait à mes douleurs succéder l'allégresse.

Ma fervente prière a vaincu son courroux; Favorable à mes cris, il se montre plus doux. Pécheurs, craignez un bras qui soutient ma puissance.

S( s coups officieux n'ont fait que m'éprouver. Sa justice par là disposait sa clémence El préparait enfin sa grâce à me sauver.

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Erubescantet conturbentur uehementer omnes inimici mci ; convertantur et erubescant valde velociter.

Que le trouble et la confusion soient le partage de mes ennemis; qu'ils aient un prompt remords de leurs crimes, et qu'ils. en rougissent de honte.

SONNET

0 vous donc qui poussés dune âme ingrate et noire, Formiez l'affreux dessein d'attenter à mes jours. Rougissez en voyant par ce divin secours Confondre vos projets et rétablir ma gloire.

Vous le voyez, pécheurs, mais pouvez-vous le croire? Oui. ce Dieu tout-puissant qui fut tout mon recours, Se rend à moi lui-même et s'y rend pour toujours. Que votre trouble soit le fruit de ma victoire.

Confus, tournez le dos et fuyez devant moi; Rougissez à mes yeux, tremblez d'un juste effroi. Partez vile, ou mon bras va vous réduire en poudre.

Mais que dis-je? Mon bras n'a point cette vertu. Redoutez seulement celui qui tient la foudre Et qui sait relever linnocent abattu.

PRIERE

Je me prosterne, mon Dieu, aux pieds de votre miséricorde : voyez l'état déplorable où me réduit mon péché. Charitable médecin, guérissez la malheureuse lèpre de mon cœur; apaisez le trouble de mes os, la révolte de ma chair et la fureur de mes passions. Uendez-moi celte précieuse santé de l'âme que j'ai perdue avec tant d'aveuglement. Sauvez-moi pour votre propre gloire, tout indigne que je sois de votre clémence; purifiez ma langue, afin que je puisse vous offrir des prières agréables, et nvunir aux fidèles pour vous glorifier. Je suis enterré dans le sépulcre de mon péché; ressuscitez-moi par votre grâce que j'implore; ne la refusez pas aux larmes d'un véritable repentir. Mes péchés en demanderaient des torrents, et j'ai honte de la sécheresse de mon cœur : inondezle de vos eaux, et plongez-le dans la piscine salutaire. Eloignez de moi tous ces ennemis, dont le commerce funeste a porté la contagion dans mon cœur. Donnez-moi la force de vaincre ces passions qui m'ont fait tant de fois tomber, et faites que je profite du temps de votre miséricorde, pour n'être point jugé dans le temps de votre fureur.

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