PSAUME XXXI DEUXIÈME PSAUME DE LA PÉNITENCE
ARGUMENT
Nathan ayant repris David de ce qu'il iiauait point confessé son péché, et qu'il avait voulu le tenir secret, ce Roi le confessa publiquement et en reçut le pardon, mais non pas la remise îles peines temporelles dont Dieu le châtia. La guerre que lui fit Absalom fut une de ces peines. La révolte fut presque générale ; et ce Roi, chassé de son pedais et de Jérusalem, et fuyant avec [>eu de fidèles, fit et récitei ce psaume en leur présence. Il le commença en se disant heureux d'avoir eu le pardon de son péché. Il en attribue la grâce à la confession publique qu'il en a faite. Il dit que les fidèles en glorifieront Dieu sitôt qu'il aura remis le calme dans ses Etats. Il demande ensuite à Dieu la fin de ses peines temporelles, et l'introduit parlant avec indignation de ses sujets révoltés, qu'il compare aux chevaux brutes, dont il faut arrêter la fougue par un mors qui les gourmande. Et enfin, après s'être soumis à la volonté de Dieu en disant qu'il est préparé à tous les coups de fouet dont il voudra i affliger, il excite les fidèles à le louer et à le glorifier.
Beati quorum remissœ sunt iniquitates et quorum tecta surit peccata.
Heureux ceux dont les iniquités sont remises, et dont les offenses sont à couvert de la vengeance divine.
SONNET
Qu'un mortel est heureux, quand, après son offense, De ses vives douleurs il voit son Dieu touché. El qu'un coup de la grâce, effaçant son péché. Rend à son cœur contrit sa première innocence.
Heureux quand éprouvant cet excès de clémence, Des chaînes de l'enfer il se voit détaché, Que ses fers sont brisés, et son forfait caché Dans les abîmes saints de celte grâce immense.
Il n'es! plus effrayé du terrible courroux De s (m juge sévère et de son Dieu jaloux; La justice a l'ail place à la miséricorde.
Elle a l'ait au pardon pencher sa volonté. C'est elle qui le donne; et quand elle l'accorde. La faveur ne s'en doit qu'à sa seule bonté.
Beatus vir cui non imputavit Dominas peccatum, nec est in spiritu ejus dolus.
Heureux l'homme à qui Dieu a pardonné son péché, et dont l'esprit ne feint point une fausse conversion.
SONNET
Heureux donc le pécheur, qui, par un coup de grâce,
Voit porter le remède à son cœur ulcéré,
Et de qui le pardon est si bien assuré,
Qu'il ôte du bourbier jusqu'à la moindre trace.
De ses bontés sur lui Dieu répand l'efficace Par un trait de clémence au péché mesuré; Et l'anéantissant dans ce cœur épuré, Il ne l'impute plus du moment qu'il l'efface.
Co. pécheur, rétabli dans son intégrité,
Marche dans son devoir avec sincérité;
Plus de mensonge en lui, plus de dol, plus de feinte.
Du rayon qui l'éclairé il est fortifié,
Et son esprit, rempli d'une amoureuse crainte,
A l'état innocent renaît justifié.
Psairiiïs de la Pénitence.
Quoniam tacui, inveteraveru.nl ossa ma. dum clamarem totâ die.
Tant que je me suis lu. mon âme, semblable à de vieux os, a perdu sa force, et je passe les jours entiers dans des clameurs inutiles.
Je n'ai point redouté votre auguste présence Quand je me suis souillé d'un énorme forfait: Mais aux yeux des mortels j'ai caché ce secret Et j'ai craint qu'en public on ne sût mon offen-
avant mon péché par ce honteux silence Longtemps je me suis tu. mais par là qu'ai-jc fait Qu'irriter dans vos mains le redoutable trait Qui d'une aveugle erreur a puni l'imprudence?
D'épouvantables maux vous m'avez accablé; Mon corps s'est affaibli, mon esprit s'est troublé, Et mes débiles os devancent ma vieillesse.
Mes douleurs m'ont réduit à deux doigts du trépas, Et tant que le jour dure en vain je vous adresse !)•■ lamentables cris que vous n'écoutez pas.
Quoniam die ac noetc grauata est super me manus tua; conversas sum in œrumnâ med. dum configitur spina.
Votre main n'a point cessé de s'appesantir sur moi; mais enfin je me suis converti dans mon affliction quand mon cœur s'est senti piqué par les épines du remords de mon péché.
SONNET
Dans ce gouffre profond de honte et de misère, Je vois votre fureur prête à m'anéantir. Et je sens nuit et jour sur moi s'appesantir De votre bras puissant l'implacable colère.
Que mes tourments sont durs! Que ma peine est amèré! Mais du dernier des maux qui peut me garantir? Rien, si mon cœur ingrat, par un vrai repentir, N'apaise le courroux de mon juge sévère.
Ma douleur a déjà dans ce cœur attaché Le piquant aiguillon de mon affreux péché. Secondez mes désirs de vos grâces divines.
Pour ce retour heureux je fais; tous mes efforts, Et je me sens percé des plus vives épines Que produise dans l'âme un sincère remords.
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Delictum menm cognitum tibi feci, et injustitiam me a m non abscondi.
Dans mon repentir, je vous ai confessé mon offense, et je ne vous ai plus caché Ténormité de ma faute.
SONNET
De quoi sert à vos pieds de confesser son crime? Est-il pour vous, mon Dieu, quelques sombres replis. Et pour voir les secrets au cœur ensevelis, Avez-vous donc besoin qu'on ouvre la victime?
N'importe, vous voulez ce tribut légitime; Il faut humilier nos cœurs enorgueillis, El ces forfaits enfin dans le mien envieillis, Je les ai tous tirés du fond de leur abîme.
Par un sincère aveu de mon iniquité.
J'en ai peint à vos yeux toute l'énormité. El n'ai point déguisé ma cruelle injustice.
Ci crime si secret, je ne l'ai plus caché;
De ma honte au public j'ai fait un sacrifice,
El nus peuples ont su l'excès de mon péché.
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Dixi : Confitebor aduersum me injustitiam meam Domino, et tu rcmisisti impictatem peccati nici.
fai dit : Je vous confesserai mon crime; et en même temps, mon Dieu, vous m'avez remis toute la malice de mon péché.
SONNET
Il est vrai que longtemps, plein d'orgueil et de honte, J'ai sur ce juste aveu lâchement balancé, Et ne me suis ouvert qu'en m'y voyant forcé Par le terrible excès du mal qui me surmonte.
Que votre bras est dur à qui vous tait le compte Des énormes forfaits qui vous ont offensé! Mais sitôt qu'à vos yeux un crime est confessé. A nous le pardonner que votre grâce est prompte!
J'en suis témoin, Seigneur, et je viens d'éprouver Que toujours exorable et prêt à me sauver, Vous ne vouliez que voir ma honte humiliée.
A peine ai-je parlé pour vous ouvrir mon cœur. Que de ses fers pesants mon âme déliée A vu de ses péchés effacer la noirceur.
Pro hâc orabit ad te omnis sanctus in te m pore opportuno.
Tous les fidèles, excités par ce pardon, imploreront votre miséricorde et vous prieront dans un temps propre pour être écoulés.
SONNET
Par vos trésors sur moi versés en abondance Mes énormes forfaits étant ainsi détruits. Les justes consolés de l'état où je suis. Verront par mon pardon croître leur confiance.
Une foi plus solide, une vive espérance De vos saintes faveurs seront pour eux les fruits, El je les verrai tous par mon exemple instruits, D'un Dieu si doux, si bon adorer la puissance.
Dans les profonds respects d'un hommage pieux, Ils élèvent vers vous et leurs mains et leurs yeux, El déjà de leurs cœurs vous font un sacrifice.
Mais pour vous bien prier il faut un autre temps; Vous pouvez à leurs vieux fournir ce temps propice En accordant aux miens le calme que j'attends.
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Verumtamen in diluvio aquarum multarùm ad eum non approximabunt.
Mais, mon Dieu, ne souffrez pas que je sois englouti sous les eaux du déluge de mes calamités.
SONNET
Quel désordre, mon Dieu, quelle horrible tempête! Mes perfides sujets contre moi révoltés, Par mes ingrats amis les troubles fomentés, Mes soldats corrompus, et mon fils à leur tête!
Ce torrent furieux qu'aucun respect n'arrête Séduit mon peuple aveugle, entraîne mes cités; Et le déluge affreux de mes calamités Me fait voir chaque jour ma perte toute prête.
Dans ce funeste état, je n'espère qu'en vous; J'avais par mon forfait armé votre courroux : Vous me l'avez remis, achevez votre ouvrage.
Xe trompez point l'espoir dont se flatte ma foi; Et calmant d'un seul mot cet effroyable orage, Empêchez que ces eaux ne débordent sur moi.
Tu es refugium meum a tribulatione quœ circumdedit me: exultatio mea crue me a circumdantibus me.
C'est vous, mon Dieu, qui êtes mon refuge dans les afflictions qui m'environnent; c'est vous qui êtes ma joie, délivrezmoi des ennemis qui m'attaquent de toutes parts.
SONNET
A qui, dans cet excès des maux qui m'environnent, Pressé de toutes parts, pourrais-je avoir recours? De mes afflictions loin d'arrêter le cours, Mes plus chers confidents lâchement m'abandonnent.
( i ti que j'aimais le plus eux-mêmes me détrônent; C'est donc à vous, mon Dieu, que je remets mes jours Et si vous m'accordez votre divin secours, Il n'est plus de périls, plus d'assauts qui m' étonnent.
Contre les ennemis dont je suis entouré Je trouve sous votre ombre un asile assuré : Vous ('tes mon rempart, mon unique refuge.
I><- mes calamités confondez les auteurs; Vous êtes mon espoir, soyez aussi mon juge, El tirez-moi des mains de mes persécuteurs.
Intcllectum tibi dabo, et instruam te in via hàc quâ gradieris; fîrmabo super te oculos meos.
Je te donnerai, me dites-vous, l'intelligence qui t'est nécessaire; je t'enseignerai la route que tu dois tenir, et j'attacherai sur toi les yeux de ma Providence.
SONNET
Oui. Seigneur, votre voix exauçant ma prière Me répond du secours que vous m'avez promis. Marche, me dites-vous, contre tes ennemis, Et ne redoute point leur fureur meurtrière.
Je saurai te prêter une sainte lumière, Te guider dans la route où ma bonté t'a mis, Et pour rendre tes pas plus sûrs, plus affermis, Sans relâche sur toi j'ouvrirai ma paupière.
Par mes feux éclairé, par ma sagesse instruit, Et de ma propre main dans tes exploits conduit, Rassure ton courage, et cesse de te plaindre.
Mon aide est toujours prête à remplir tes besoins.
Quel obstacle à ton bras ton cœur pourrait-il craindre.
Lorsque mon œil présent te répond de mes soins?
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Nolite ficri sicut equus et midus, quibus non est intellectus.
Cessez donc, sujets rebelles, de me persécuter; cessez d'être semblables au cheval et au mulet, qui n'ont aucune intelligence.
SONNET
Mais pour ces ennemis qui te font tant de peine, Ces coupables mortels qui, de forfaits noircis, Par tant d'iniquités sont au crime endurcis, Je ne conçois pour eux que mépris et que haine.
I n rapide penchant dans le mal les entraîne, Sous des voiles épais leurs yeux sont obscurcis : EL de leurs passions lâchement abrutis, Ils n'en peuvent briser la détestable chaîne.
Ne va point ressembler à ces cœurs insensés Qui, de leurs vains projets toujours embarrassés. Suivent aveuglément la fureur qui les guide.
Ils sont et sans lumière et sans docilité; Et le mulet brutal, et le cheval stupide Ont moins qu'eux de bêtise et de stupidité.
sa
In camo et frœno maxillas eorum constringc qui non approximatif ad te.
Car Dieu me dit qu'avec le mors et la bride je serre la bouche de ceux qui ne veulent pas se rapprocher de moi pour rentrer dans leur devoir.
SONNET
Dompte un orgueil brutal qui t'ose méconnaître; Force ces animaux d'obéir à ta main. Tu ne peux en jouir si la bride et le frein De leur rébellion ne t'ont rendu le maître.
Tel est un peuple ingrat quand lâche, aveugle, traître,
On le voit révolté contre son souverain;
Ou tels ces ennemis qu'en un fragile sein
Un rebelle penchant chaque jour fait renaître.
De ces fiers animaux pour te rendre vainqueur,
Unis à ta prudence une mâle vigueur,
Et ne va pas souffrir leur approche farouche.
Pour en venir à bout, réduis-les sous le mors, Et d'une sage main leur gourmandant la bouche, De leur fougue insolente arrête les efforts.
Multa. flagella peccatoris ; sperantem autem in Domino misericordia circumdàbit.
Les fouets et les supplices sont préparés pour les pécheurs; mais ceux qui espèrent en Dieu ressentiront les effets merveilleux de sa miséricorde.
SONNET
Que j'aperçois, mon Dieu, pour ces âmes coupables, De fouets et de tourments en secret préparés! Qu'à ces ingrats pécheurs dans la nuit égarés Vous avez destiné de peines effroyables! ,
Leurs énormes forfaits, leurs crimes détestables, Qui les ont de vos yeux pour toujours séparés, Sont autant de bourreaux à qui vous les livrez, En attendant des feux encor plus redoutables.
Mais le juste qui met en vous tout son espoir. Qui borne ses désirs à remplir son devoir. Est lavé des torrents d'une grâce éternelle.
Et par mille bienfaits que vous versez sur lui Pour le rendre vainqueur d'un ennemi rebelle, Votre miséricorde est son solide appui.
Lœtamini in Domino, et exsuîtate justi, et gtoriamini omnes recti corde.
Justes qui êtes dans mon parti, réjouissez-vous dans le Seigneur; et tirez votre gloire de la rectitude de votre cœur, v
SONNET
Justes que l'Eternel regarde avec tendresse, Faites de vos concerts par mille chants joyeux Retentir à la fois et la terre et les cieux; Qu'à célébrer son nom chacun de vous s'empresse.
Que vos hymnes sacrés marquent votre allégresse; Chantez ce Dieu qui sait par ses dons précieux Changer dans le cœur droit d'un fidèle pieux En célestes vertus votre humaine faiblesse.
Par son Esprit divin vos esprits épurés, Par son bras tout-puissant les vôtres assurés Répondent à vos cœurs d'une entière victoire.
Mais de votre ennemi sous vos pieds abattu,
A votre défenseur rendez toute la gloire,
Et du Dieu qui vous sauve adorez la vertu.
PRIERE
Ce n'était donc pas assez, mon Dieu, de vous avoir offensé par des péchés innombrables! Faut-il que j'aie lâchement croupi dans un silence honteux qui n'a servi qu'à les aggraver? Vous ne demandez que l'aveu de mes fautes pour me les pardonner, et j'ai si longtemps et si aveuglément méprisé une miséricorde qui me tend les bras! Après un mépris si obstiné, oserais-je encore me présenter à vos yeux? Oui, mon Dieu, quoique je ne cesse point d'être pécheur, vous ne < tssi'z point d'être bon. Votre grâce est toujours prête à se répandre sur celui qui l'implore. Je viens donc, tout indigne que je suis, me jeter avec confiance entre les bras de votre misiricorde. Je romps ce silence malheureux, et je sens que je n'ai pas plutôt mis au pied de votre croix le fardeau de mes épines que le feu de votre amour les a brûlées. Je confesse mes péchés: pardonnez-moi, mon Dieu: arrêtez-en le déluge prêt à m'a-1 bîmer. Vous êtes mon seul asile. Mes péchés méritent une éternité de peines, mais votre grâce n'abandonne point ceux qui espèrent en vous. Justifiez-moi donc, mon Dieu, et je vous glorifierai dans tous les siècles.