‹ Œuvres inconnues de J. RacineChapitre 8 sur 104 · TROISIÈME PSAUME DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PSAUME DE LA PÉNITENCE

ARGUMENT

David, affligé d'une terrible maladie presqiïen même temps que la conjuration d'Absalom éclata, reconnaît que son péché est la source de toutes ses calamités. Et quoique Nathan lui eût annoncé que la coulpe lui en était remise, il ne se croit pas dispensé de le pleurer et de continuer les remords qu'il en a conçus. Dans la violence de son mal. il implore la miséricorde divine et fait une vive description de l'état déplorable de son corps ulcéré et de la conspiration de ses ennemis. Il demande secours à Dieu, et se plaignant des calomnies dont on le noircit, il nous donne une admirable leçon de patience contre les outrages de ceux qui médisent de nous. Il continue par Vespérance qu'il a dans la miséricorde, et par une profonde soumission aux ordres de la Providence. Il glisse cependant une plainte vive touchant le nombre de ses ennemis qui se multiplient tous les jours, et contre l'ingratitude de ses faux amis. Enfin, il se remet avec confiance entre les bras de Dieu, et invoque son secours, le reconnaissant pour le seul auteur de son salut.

32 ***4*******ff*4»*i*'ît<if<i****«i'<i*'>î*4'<it''î»*r4>-,$'<r<î*4»

Domine, ne in furore Luo arguas me, neque in ira tua corripias me.

Mon Dieu, ne me reprenez point dans votre fureur, et ne me châtiez point dans le feu de votre colère.

SONNET

Par l'excès de mes maux mon âme enfin contrainte Réfléchit sur l'horreur de ses égarements. Et tremblant à l'aspect de vos saints jugements, De son terrible effroi me fait sentir l'atteinte.

Une amère douleur suit celte affreuse crainte; Je gémis, je languis sous le poids des tourments. Mais j'ai trop mérité ces justes châtiments Pour oser à vos yeux en pousser une plainte.

Dans mon aveugle ardeur, j'ai, par mille forfaits,

Lâchement offensé, malgré tous ses bienfaits.

Mon Dieu, mon Roi. mon Juge, et mon Maître, et mon Père.

M;iis si votre courroux doit punir un pécheur, Ne le punissez point lorsque votre colère Contre un mortel ingrat vous arme de fureur.

***********«î»«i..i..î..|..î..i.<ff«$f«ï.4f.«f»<f<î».{.«if4î*<î».$.«i.n*«î»

Quoniam sagittœ tuœ infixœ sunt mihi et confirmasti super me manum tuam.

Mes calamités sont autant de flèches que vous avez enfoncées dans mon cœur, et votre main s'est terriblement appesantie sur moi.

SONNET

Je sens que de vos traits les pointes pénétrantes Jusqu'au fond de mon cœur vont chercher mon péché, Et votre arc invincible a sur moi décoché Les aiguillons amers de vos flèches brûlantes.

Mes mortelles langueurs et mes douleurs cuisantes Me tiennent à mon lit sans relâche attaché, Et la terrible main dont vous m'avez touché Rend à chaque moment mes peines plus pesantes.

Plus je combats les maux dont je suis accablé, Et plus de votre bras le courroux redoublé Fait sentir à ma chair le poids de ses tortures.

Que de maux, ô mon Dieu! Puis-je bien les souffrir? Mais lorsque c'est de vous que partent les blessures, Est-il une autre main qui puisse les guérir?

Psaumes de la Pe'nitence.

Non est sanitas in carne meù a facie irœ tuœ ; non est pax ossibus mcis a facie peccatomm meorum.

Votre courroux ne laisse aucune partie de saine dans mon corps, cl Ja vue de mes péchés jette le trouble jusque dans le fond de mes os.

SONNET

Notre brûlant courroux que mon offense anime Fait porter à mon corps par ses infirmités Le juste châtiment de mes iniquités.

Et de tous mes forfaits je le vois la victime.

Sur ma débile chair qu'un mal funeste opprime. Nul endroit n'est exempt de mes calamités. Et plus elle s'expose à vos yeux irrités, Plus sur elle s'étend la peine de mon crime.

Je me sens agité jusqu'au fond de mes os : Pour moi ni jour ni nuit il n'est point de repos; Il n'est point de sommeil qui ferme ma paupière.

Mais plus .sur mon péché je fais d'attention, Plus je le reconnais la source et la matière De tout ce que ma chair souffre d'affliction.

^.^.^.«j.«j.«j.^»^.»j.^»^.«j»^»»j»^»<j»<j.<l»^.<j»<j.^»^»^»^»<j»<j»<j»<j»»l»tjt«î»*j«

Quoniam iniquitates meœ supergressœ sunt caput meum, et sicut omis grave gravatœ sunt super me.

Le délxDrdement de mes iniquités passe par-dessus ma tête, et le fardeau en est si pesant que j'en suis accabté.

SONNET

De mes iniquités le torrent redoutable

A répandu sur moi ses flots impétueux,

Et je vois déborder sur mon corps malheureux

De ces profondes eaux le déluge effroyable.

En vain, pour me tirer du gouffre épouvantable, Mes efforts impuissants s'unissent à mes vœux; Je demeure englouti dans cet abîme affreux : Il passe sur ma tête, et la vague m'accable.

Des fers de mon péché l'insupportable poids L'emporte sur ma force, et réduit aux abois Mon esprit qui se trouble et ma chair affligée.

Je frémis à l'aspect de mes nombreux forfaits. Et les pesants liens dont mon âme est chargée Font succomber mon corps sous leur terrible faix.

**** + + + ^ + ^ + ^^ + + + + + ^<fr^^<%,^<$> + + + + + + + +

36 ♦înf.f*****-********'*"* 4**4***1*********

Putriicrunt et corruptac sunt cicatrices meœ à facie insipientiœ meœ.

Mes plaies se sont tournées en ulcères puants et corrompus, par l'imprudence que j'ai eue de les laisser invétérer.

SONNET

Dans les égouts profonds de mes sales ordures, J'ai lâchement croupi, pécheur invétéré; Et ce bourbier puant, mon cœur l'a préféré Au salutaire bain de vos eaux les plus pures.

Négligeant de guérir mes mortelles blessures, Le mal s'en est enfin rendu désespéré; Ma chair s'est corrompue, et mon corps ulcéré S'est vu partout couvert d'affreuses pourritures.

Mais quel était pour lors mon fol aveuglement! Plus vous me rappeliez de mon égarement, Plus, m'éloignant de vous, je courais à ma perte.

Vous me tendiez les bras, vous Dieu, vous offensé,

Et résistant, ingrat, à votre grâce offerte,

Je vous fermais l'abord de mon cœur insensé.

•^» *{»■ -«î* •4* *î* ••$*■ *î* -"î^ -»î* *î* ■»$* -tj* *f* *J* *$•■ *J«- <$» -t|* -tj* -ij» <J» *$•■ *J* -ij* *f» -tj* -tji- -^» *J» -^ -if^ 37

Miser factus sum et curuatus sum usque in fincm; totâ die contristatus ingrediebar.

Je suis courbé sous le faix de mes misères qui ne finissent point, et tous les jours de ma vie se passent dans la tristesse et dans la langueur.

SONNET

Que mes tourments sont longs et vos rigueurs sévères! Accablé de mes maux, languissant, abattu, En quittant le chemin que vous m'aviez battu, J'ai tombé dans le fond d'un gouffre de misères.

Sous le pesant fardeau de mes peines amères, Je rampe tout courbé, sans force, sans vertu; Et plus de vos bontés l'attrait m'a combattu, Plus mon cœur s'obstinait dans ses vaines chimères.

Dans ce funeste état, dépourvu de secours, Mes supplices cruels qui croissent tous les jours Accablent mon esprit d'une sombre tristesse.

Je meurs à chaque instant de langueur et d'ennui, Et mes débiles pieds chancellent de faiblesse Si vous ne leur prêtez votre bras pour appui.

^4»4*4*^4*^^4f^4*4f^4*^^^^4f^4f4f^4,-4î*<ît,,î**î*',îf<î*',î,,4î*',î*

Quontam lumbi mei impleti sunt illusionibus. et non est sanilas in carne mcâ.

Les douleurs cuisantes qui affligent mes reins, loin de toucher mes ennemis, les provoquent à me railler, et je ne trouve aucune santé dans ma chair.

Il faut que le péché lui-même se punisse. Il entraîne après lui ses châtiments certains. Et le mal que je sens dans le fond de mes reins De mes égarements est le juste supplice.

De mes persécuteurs la cruelle malice Insulte mes douleurs par des ris inhumains, El loin de s'attendrir, plus je souffre et me plains, Plus leurs traits insolents redoublent mon calice.

Mon cœur, quoique sensible à leurs lâches fureurs,

Soumis et patient en souffre les aigreurs

Sans que ces ris piquants trouvent de repartie.

Que répondre à ces traits dont je suis insulté, Quand tout mon corps n'a pas une seule partie Où je puisse trouver une ombre de santé?

4|f^^^^<|»^4j'^<|f^4^^^^*|*<^^^<^-t|»-tJt-tjf<J+-4*+J(--t|+-tft-^-i|»*j(- 39

Àfflictus sum et humilîatus sum nimis; rùgicbam a gemitv cor dis mei.

Je suis dans les dernières afflictions, et réduit à des misères extrêmes; mon cœur ne peut plus gémir, et je n'ai plus que des rugissements pour exprimer ma douleur.

SONNET

Par ce mal obstiné mes forces surmontées

Ne me laissent qu'un pas de mon lit au tombeau;

Je me sens écrasé d'un terrible fardeau,

Et mes afflictions au comble sont montées.

Mon corps humilié des croix qu'il a portées N'est plus que le débris d'un fragile vaisseau Qui vogue dans l'orage à la merci de l'eau, Imbécile jouet des vagues irritées.

Ma constance est à bout, je cède à mes douleurs;

Je n'ai plus de soupirs, mes yeux manquent de pleurs

Pour vous peindre l'excès de l'ennui qui me presse;

Et mon cœur, épuisé de ses gémissements. N'a plus pour exprimer ma mortelle tristesse Que la lugubre horreur de mes rugissements.

Domine, ante te omne desiderium meum, et gemitus meus a te non est absconditus.

Mon Dieu, vous connaissez tous mes désirs, et le sujet de mes gémissements ne vous est point caché.

SONNET

Mon amère douleur ne vous est point cachée; Mes lamentables cris, mes larmes, mes soupirs Vous expliquent assez mes plus secrets désirs Et les cuisants remords dont mon âme est touchée.

A ses égarements elle s'est arrachée; Elle en conçoit, mon Dieu, de justes repentirs, Et regrettant des jours perdus en faux plaisirs. Elle voudrait s'en voir pour jamais détachée.

Laissez-vous attendrir par ce retour heureux, Et que votre clémence, exorable à mes vœux. Du tourment que je souffre à la fin me dégage.

Que. le pardon promis à mes iniquités, M'assurant mon salut, en consomme l'ouvrage, Et délivre mon corps de ses calamités.

Cor meum conturbatum est, dercliquit me virtus mea, et lumen oculorum meorum et ipsum non est mecum.

Mon cœur est troublé, je n'ai plus de force, et l'abondance de mes larmes a éteint la lumière de mes yeux.

SONNET

Ne finirez-vous point une peine si dure? Vous en voyez, mon Dieu, l'excessive rigueur. Un trouble furieux s'est saisi de mon cœur; Il frémit d'épouvante, et rien ne le rassure.

De mes maux obstinés ta cruelle torture

De mon corps chaque jour augmente la langueur;

Je n'ai plus dans mes nerfs ni vertu ni vigueur,

Et ma force succombe aux tourments que j'endure.

De mes yeux, autrefois et si fiers et si craints. L'éclat est amorti, les beaux feux sont éteints; Je les cache confus sous leur triste paupière.

A peine s'ouvrent-ils qu'ils tombent affaiblis. Mes pleurs les ont usés, et privés de lumière, Sous une épaisse nuit ils sont ensevelis.

42 ^^^^*$»4$»4*^4f4f4f4*^4f4f4*^4*4*4''-'$*4f-,$*-,î,--'$'''$f-'îf4f4t-,$*+îf

Amici mei et proximi mei aduersum me appropinquaverunt. et steterunt.

Ceux que l'amitié ou le sang devaient attacher à mes intérêls. s'en sont séparés; les uns ont feint de rester auprès de moi, mais c'était pour me trahir en secret.

SONNET

Qu'on se trompe souvent, quand, d'une main prodigue, On croit par ses bienfaits s'assurer des amis! Un retour de service avec serment promis Contre l'ingratitude est une faible digue.

Sitôt que contre moi s'est formée une ligue. Mes plus chers confidents, en faveur de mon fils. Contre leur roi trahi se sont cru tout permis. Et d'un trouble coupable ont appuyé l'intrigue.

Ceux qui dans mes conseils tenaient le premier rang, El ceux qui m'étaient joints par le lien du sang. Tous se sont réunis pour cette perfidie.

Tous pour exécuter par un coup inhumain De mon détrônement l'entreprise hardie.

Me viennent attaquer les armes à la main.

*■ yt* y^

* * * * ^ ^ ^ ^ ^ ^ + ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ su ^ ^ ^ ^ <^~^ <%, <%. j$* <%> 4* ■%.

^^^^^^^^■^-►j4--^**J«--^-*f*-tJ«-*J»-»|*-^--t|**$*--^-»J«-*J*-tJ* ^^^^^4. 43

Et qui juxta me erant, de longe steterunt, et vint fùciebant qui (jutrrebant animam meam.

Et d'autres s'en sont écartés pour m'attaquer ouvertement, et la force à la main, ils ont essayé de m'ùter la vie.

SONNET

Où sont-ils ces amis qui durant la bonace

Me venaient accabler de devoirs imposteurs?

Qu'est devenu l'amas de ces lâches flatteurs

Pour qui tout mon palais souvent manquait de place?

D'un orage soudain la première menace

De ces faux courtisans a démasqué les cœurs;

Et tous, rompant les nœuds de leurs serments trompeurs,

M'ont fui dès qu'ils m'ont vu tombé dans la disgrâce.

Aux ordres souverains pas un seul n'obéit.

Le lâche se retire et l'ingrat me trahit;

Tous voudraient par ma mort voir leur rage assouvie.

11 n'est plus de respect, plus d'amour, plus de foi, Et pour m'ôter ensemble et le trône et la vie. Les complots les plus noirs se trament contre moi.

Et qui inquirebant mala mihi locuti sunt vanitates. et dolos totâ die meditabantur.

Leur malice qui cherchait ma perte a répandu contre moi de fausses calomnies, et toute leur application n'était qu'à me diffamer par leurs mensonges.

SONNET

Tout ce que de l'enfer l'exécrable génie Peut à des cœurs malins inspirer de fureurs. Ils m'en ont fait sentir les infâmes horreurs Par le fiel que vomit leur noire calomnie.

D'une langue perfide essuyant la manie.

J'ai de ce fiel amer bu toutes les aigreurs; Et par de vains discours, ces lâches séducteurs Ont versé leurs poisons sur ma gloire ternie.

Pour me rendre odieux aux esprits abusés.

Ils m'osent imputer des crimes supposés.

Ce n'est que trahison, que fourbe pour me nuire,

A leurs traits médisants je ne puis échapper. Et ces ingrats sujets, ardents à me détruire. Tan," que dure le jour cherchent à me tromper.

Ego autem tamquam surdus non audiebam, et sicut mutus non aperiens os suum.

J'étais sourd à leurs impostures; je feignais de ne les point entendre, et je répondais aussi peu à leurs calomnies que si j'avais été muet.

SONNET

Tandis que contre moi leur rebelle insolence

Débordait de ce fiel les torrents furieux.

Ma douceur n'opposait à ces audacieux

Que le rempart constant d'une humble patience.

Immobile à leurs coups, sourd à leur médisance, Je ne repoussais point leurs traits injurieux, Et tournant sur moi-même alors mes tristes yeux, J'étais comme un muet dans un profond silence.

D'un outrage sanglant plus ils m'ont insulté, Moins mon ressentiment a contre eux éclaté, Quoique mon tendre cœur en ressentît l'atteinte.

Mais à vos pieds divins je voulais m' abaisser,

Et j'ai même étouffé jusqu'à la juste plainte

Que contre eux je pouvais, mon Dieu, vous adresser.

«J»^^^^****** ^^^^^^^^^A^^^^^nlnf^^^

EL foetus sum sicut homo non audiens, et non haben? in ore suo redarguliones.

Je fais encore ht même chose; je suis comme un homme qui n'entend rien, et qui manque de parole pour se défendre.

SONNET

Plus ces lâches mortels par un coupable outrage M'ont avec insolence indignement traité. Moins dans ce triste état je me suis emporté ( loutre l'amer torrent de leur injuste rage.

Je mettais ma vertu, je mettais mon courage A souffrir et me taire avec humilité, Et mon cœur n'opposait dans sa tranquillité Qu'un silence constant à ce bruyant orage.

Sii us troubler de ce cœur l'inébranlable paix.

Toujours également inflexible à leurs traits.

On m'eût pris pour un sourd qui ne peut rien entendre.

Je vois avec mépris leurs perfides fureurs; F.t tel qu'un accusé qui ne peut se défendre. Plus je suis insulté, plus je tais mes douleurs.

4|n|n|n|n|n|n|nlnfr<|fJ|f<|t *inînîn$>lîn$n$f*înînînfnînfn!njnjn!n$n!* 47

Quoniam in te, Domine, spcraui; tu exaudies me, Domine Deus meus.

Parce que c'est en vous, mon Dieu, que j'ai mis toute mou espérance: oui, mon Seigneur et mon Dieu, j'espère que vous m'exaucerez.

SONNET

C'est de. vous, ô mon Dieu, que j'attends l'assistance Qui doit en ma faveur confondre ces ingrats; C'est dans le ferme appui de votre unique bras Que mon âme affligée a mis sa confiance.

Oui, vous fûtes toujours ma solide espérance; Votre œil et votre main conduisent tous mes pas : Dans la gloire ou l'opprobre, et dans tous les états. Je ne veux de secours que de votre puissance.

C'est vous seul que j'invoque en mes prospérités; C'est vous seul que j'implore en mes adversités : Vous êtes seul mon Dieu, mon Sauveur et mon Père.

Par vous mes ennemis vont être terrassés, Et dans votre bonté c'est assez que j'espère Pour voir mes maux finis et mes vœux exaucés.

^^^^^^^^^^^^^^^^«^^♦^^^^^^^«Jf^^******

48 «J************************-*- «înînînînfnj»

Quia dixi. ncquando supergaudeant mihi inimici mei ; et dum commovcntuv pedes mei, super me magna locuti sunt.

Je vous ai prié que mes ennemis ne puissent jamais se réjouir de ma perte; si je tombais, vous savez avec quel orgueil ils insulteraient à ma chute.

SONNET

Ces ennemis nombreux à qui je suis en butte, Ces ingrats que mon pain tant de fois a nourris, Je les vois m'insulter d'un superbe mépris, Et leur lâche fureur partout me persécute.

Si leur complot secret contre moi s'exécute, Que je crains dans leurs lacs de me trouver surpris! N'allez donc point, mon Dieu, m'exposer à leurs ris Par le terrible éclat d'une funeste chute.

Qu'il est dur, quand on voit ses douleurs, ses soupirs, Faire d'un ennemi les douceurs, les plaisirs! Ne donnez point aux miens cette cruelle joie.

Mon pied chancelle-t-il? Je m'en vois insulté. Si de ces insolents je devenais la proie, Jusqu'où leur vain orgueil se verrait-il porté?

•tîfr-»J*-*|**J*--»J*+|*+J*--»J++^-+^-^+|*'+Jf +£■ ^^^+Jf-^+|+-tJl-+Jf+J**J*-+|*-'*J*-4j»-'*J*-4j*-*J*-+J* 49

Quoniam ego in flagella paratus sum. et dolor meus in conspectu meo semper.

Cependant, mon Dieu, je suis préparé à tous les coups de verge que vous voudrez me donner, el la douleur que j'ai de mon péché est toujours devant mes yeux.

SONNET

Si. pressé de mes maux, avec ardeur j'implore

Le favorable bras qui peut me secourir,

(le n'est pas que mon cœur ne soit prêt à souffrir

Le tourment qui m'accable, et de plus grands encore.

Ce coup de fouet cruel, ce mal qui me dévore. Ce mal que je vois prêt à me faire mourir. Voulez-vous l'augmenter, bien loin de le guérir? La verge qui me frappe, ô mon Dieu, je l'adore.

Je souffre avec respect vos coups officieux. Et sans cesse je mets devant mes tristes yeux La mortelle douleur dont mon àme s'afflige.

Frappez, frappez, mon Père, et redoublez vos coups, Puisque pour nous sauver votre main nous corrige, LL (pie votre bonté naît de votre courroux.

♦ 4* •£• A- <$► A- .*-•>$«• *~* **♦ A- A- A^A- A- A,*f*.-A-.A- A- ♦$. -A- -A A A- AA^^A-A^-A- Psaumes de la Pénitence. t

Quoniam iniquitatem mcam annuntiabo, et cogitabo pro peccato meo

Je vous confesse toutes mes iniquités, et toute mon application est de chercher les moyens de les expier.

SONNET

Telle que soit, mon Dieu, la peine que j'endure,

Mon crime la mérite, et de plus durs tourments. De quels coupables feux, de quels dérèglements N'ai-je point sans respect souillé mon âme impure!

Mon mal est donc enfin une heureuse torture Oui me force à l'aveu de mes égarements. Je cachais mon offense, cl sans vos châtiments, .le croupirais peut-être encor dans mon ordure.

S'il ne faut (pie parler pour les voir effacés.

Mes forfaits à vos yeux vont être confessés :

.le vais dans ma douleur vous découvrir mon crime.

Mais de regrets si vifs mon cœur sera percé Que vous me tirerez de ce profond abime Où depuis si longtemps je me vois enfoncé.

.J»^><{t«J»<J>-l{»->{»-^»-^4j>»J»»Jf-^t'{»<J»<J»»|.^»^.*Jt«Jt4jf^4jt<J»^»^4jf-^-4jt-l^f EJJ

Inimici autem mei vivunt, et eunfirmati sunt super me, et multiplicati sunt qui oderunt me inique.

Cependant mes ennemis qui vivent dans la prospérité se fortifient contre moi, et le nombre de ceux qui me haïssent croît tous les jours.

SONNET

Mais tandis que mes jours, languissants, misérables, Se consument privés du secours que j'attends. Mes traîtres ennemis, tranquilles et contents, Ne passent qu'en plaisirs leurs moments agréables.

Je les vois chaque jour plus durs, plus intraitables, Obstinés à ma perte, à mes maux insultants, Florissants dans les biens, et de gloire éclatants. Se rendre contre moi plus forts, plus redoutables.

Tout contre mes souhaits à leur gré réussit;

Plus vous m'affaiblissez, plus leur nombre grossit,

Et leur superbe orgueil croît avec leur puissance.

D'une haine implacable ils me rendent l'objet; Mais si votre courroux doit punir mon offense. Pour eux de me haïr ont-ils quelque sujet?

Qui retribuunt mala pro bonis detrahebant mihi. ({uoniam scquebar bonitatem.

Les ingrats me rendent le mal pour le bien et me déchirent par leurs médisances, parce que je suis la vertu et la probité;

SONNET

Perfides, c'est donc là cette reconnaissance! C'esl là pour tant de biens ce retour attendu! De mes laveurs sur vous le torrent répandu M'attire cette indigne et triste récompense.

Par les lâches poisons de votre médisance, Avec les scélérats vous m'avez confondu. Et plus à mes bontés, traîtres, vous avez dû, Plus je vois déborder cette aveugle licence.

.Mais pourquoi suis-je en butte à vos injustes coups? De tant de traits malins pourquoi m'accablez-vous. Moi qui vous fus toujours si bon. si favorable'.

Je connais le motif qui pousse des ingrats. T. a vertu me parait le seul objet aimable. Et qui suit la vertu ne nous ressemble pas.

Ne derelinquas me. Domine: Deus meus, ne diseesseris a me.

Seigneur, ne m'abandonnez point; mon Dieu, ne vous éloignez point de moi.

SONNET

Après tant de péchés, je ne devrais attendre Qu'un funeste abandon, bien loin d'être écouté. Mais un vrai repentir n'est jamais rebuté, Et vous êtes, mon Dieu, toujours prêt à l'entendre.

Sur mes tourments cruels jetez donc un œil tendre : Vous voyez à quel point je suis persécuté. Je n'attends du secours que de votre bonté; Si vous m'abandonnez, qui pourra me défendre.'

Que votre bras puissant, par mes cris appelé, Soulage le fardeau dont je suis accablé. Si vous vous écartez, je tombe au précipice.

Eloigné de vos yeux, on se perd dans la nuit; Mais ètes-vous présent? Votre regard propice Est le brillant flambeau dont le jour me conduit.

âg

Intend c in adjutorium mèum, Domine Dais salutis mece.

Hâtez le secours que je vous demande, puisque vous êtes seul et mon Seigneur et le Dieu de mon salut.

SONNET

Hâtez-vous donc, mon Dieu, de venir à mon aide. Je me sens aux abois, je suis prêt à mourir, Et si je ne vous vois prompt à me secourir. Il faut à mes tourments à la fin que je cède.

(lest vous -seul qui pouvez appliquer le remède Aux cuisantes douleurs qui me l'ont tant souffrir. Céleste médecin, venez donc me guérir : Faites à tant de maux que la santé succède.

Vous seul pouvez briser mes déplorables fers; C'est vous seul qui pouvez m'arracber des enfers Et me tirer du gouffre où mon âme est plongée.

Seul auteur du salul aux fidèles promis, Rendez enfin le calme à mon âme affligée. El sauvez-moi des mains de tous mes ennemis.

4^^^^^<{»^^4'*î,-<r4f,î,-*î-v,îf',î**îr*î**î»4**î'*î*'î*<î**î,-*î*,î**î»,î,',î* 55

PRIÈRE

Mon Dieu, ne me reprenez point dans votre fureur. Soutenez ma faiblesse contre les ennemis qui s'élèvent de tous côtés contre moi. Ils m'environnenl au dehors, et je porte les plus terribles dans mon cœur. J'ai tombé sous leurs efforts; ils m'ont précipité dans les plus profonds abîmes du péché. Mes iniquités sont par-dessus ma tête; c'est un fardeau sous lequel je suis courbé. Mes plaies se sont ulcérées par ma négligence; mon cœur n'est plus que pourriture, et je suis l'objet de la risée de mes ennemis. Seigneur, relevez mon âme humiliée sous le poids de mes afflictions, et que mes gémissements vous touchent le cœur. Plus de désirs de la terre, ô mon Dieu: plus d'autre désir que celui de vous posséder et d'être à vous. Rendez la paix à mon esprit, la force à mon cœur, et la lumière à mes yeux. Rompez tous ces liens de chair qui m'ont en haine dans le précipice; armez-moi du bouclier de la patience: que je n'aie des oreilles que pour entendre votre parole, et de parole que pour vous glorifier. Si mes maux ne vous touchent point, frappez, mon Père, frappez jusqu'à ce que je sois corrigé. Ne m'abandonnez point, quoique je vous aie tant de fois abandonné, et sauvez-moi. puisque vous êtes le Dieu de mon salut.

Page 1