II. — LE SAINT
Ce n'est point l'orgueil qui m'enivre, O Frères! Heureux qui sait vivre Sans trouble au milieu des cités !
Moi, j'ai fui jusqu'en cet asile Pour soustraire une chair fragile Aux amorces des voluptés.
Hélas ! tout enfant de la terre, Comme Antée au sein de sa mère, S'anime à son brûlant toucher.
Dans les airs il faut qu'il s'élance Quand de son impure influence Il aspire à se détacher.
Trop d'arbres ombragent ses plaines ; Le soir, trop de molles haleines Émanent des prés et des fleurs.
Aussi jadis on vit des anges, Quittant les célestes phalanges, Suivre les filles des pasteurs.
Si je descends, soudain m'assiège, Confus et bruyant, le cortège Qui troublait Antoine aux déserts, La Tentation déchaînée.
Et Proserpine couronnée Avec les pompes des enfers.
Laissez-moi donc sur ma colonne, Mes frères! Dieu lui-même ordonne De fuir quand on craint le danger.
Des hauts Heux où nul bruit n'arrive Notre âme, dans le corps captive, Apprend mieux à s'en dégager.
m. - LE POÈTE.
Oui, vous aviez raison, Stylite,
De vivre isolé dans les airs !
Le Dieu qui dans chaque homme habite
Nous montre des chemins divers.
Quoiqu'aux fins de la Providence Tous concourrent différemment, Son regard, avec indulgence, Suit, des hauteurs du firmament,
Celui qui se bcâtit une aire.
Comme l'aigle, aux lieux écartés, Et celui qu'un saint ministère Retient dans le bruit des cités ;
Celui qui, dans les cathédrales Accourant au son de l'airain, Le front courbé, baise les dalles Quand le pcntife étend la main,
Et celui qui, lorsqu'étincelle Sur mer l'astre aux pâles reflets.
Se lève à la voix qui l'appelle.
Du blanc sommet des minarets.