LE JEUNE HOMME ET LA BAYADÉRE
Le jeune homme.
Ils sont partis. — La nuit descend — le Gange Roule sans bruit ses vastes flots.
Dépose ici ta robe étrange,
Jette le tambourin où tremblent des grelots. Et sans voiles, ô bayadére,
Montre-moi ton corps souple et ta jambe légère.
La Bayadére.
Ne l'espère pas. Vainement D'autres Tont demandé. Tant que la blanche étoile De Vénus tournera dans le vieux firmament,
Elle ne verra point, sans voiles, Se montrer la danseuse aux regards d'un amant.
Le jeune homme.
Ma poursuite, fille indocile.
Vaincra tes refus obstinés !
La Bayadère.
Jamais! Tant qu'en son lit d'argile Le Gange roulera des troncs déracinés
Mais pourquoi, de ma chevelure, Dénouer les bandeaux épais, et, de vos mains,
Détacher aussi ma ceinture ?
Le jeune homme.
O Belle ! malgré vos dédains
J'ai pu la prendre
Et, malgré vous, A mes vœux il faudra vous rendre.
La Bayadère.
Quoi ! ma robe! Crains mon courroux
Toi par qui je jurais, à son désir rebelle, O Fleuve ! je t'appelle !
Mais tu ne m'écoutes pas • Il continue !
Et, dans ses bras, Me voilà nue!
Tu l'emportes, jeune vainqueur !
Tu sus dompter la bayadère!
11 faut, pour conquérir son cœur, Ne point redouter sa colère.
Étonné d'un refus hautain Le faible cède à sa menace, Quand, par un caprice soudain, Elle eût couronné son audace.
Tu l'emportes, jeune vainqueur!
A toi la brune bayadére, A toi, qui bravas sa colère Afin de conquérir son cœur!
La Nature est cette danseuse Qui voulait cacher ses attraits.
Il faut, d'une main courageuse.
Dans son sein ravir ses secrets.
Le sage, qui la questionne, Semble l'interro^rer en vain.
Qu'il la presse, elle le couronne, Et, docile, lui dit enfin :
Quelles lois régissent la terre, Et pour quel dessein merveilleux Roulent, entourés de lumière, Les soleils qui peuplent les cieux?