‹ Œuvres inédites, avec introd. et notesChapitre 10 sur 19 · JEANNE D A R C · texte numérisé non relu

JEANNE D A R C

et de l'autre côté brillent, brodés en or, les noms de Jhesus, Maria. Le cortège se dirige ainsi lentement, à travers la foule et les acclamations, vers l'église, où retentit bientôt un Te Deum.

Dès le lendemain, Jeanne voulut répéter de vive voix, aux ennemis, les avertissements qu'elle leur avait donnés dans sa lettre. Montant sur un des boulevards des assiégés, eu face de la bastille anglaise desTournelles, elle leur commanda de s'en aller, « sinon, ajouta-t-elle, il vous adviendra honte et malheur. » Guillaume Gladesdale, qui commandait en ce lieu, ne répondit à Jeanne que par de vilaines injures, et quelques jours après, suivant la menace prophétique, il advint malheur à l'Anglais. D'abord, un nouveau convoi, sous la conduite de Jeanne, passa devant Gladesdale , sans qu'il piil s'y opposer; plus tard le pied lui glissa sur un pont qu'il défendait, et comme poussé par une main invisible, le blasphémateur se noya dans la Loire.

72 HÉGÉSIPPEMOREAU.

Quelque temps après, un soir, encouragés par leurs premiers succès, des hommes d'armes, sans avoir consullé leurs chefs, firent une sortie contre une haslille ; Jeanne, qui dormait alors, accablée de fatigue, s'éveilla en sursaut sans qu'on l'eût avertie, o Ah! méchant garçon, dit-elle à son page qu'elle trouva jouant sur la porte, vous ne me disiez pas que le sang français est répandu! Allons, vile, mon cheval! »

Aussitôt qu'elle parut, la victoire se décida pour les Français; une foule d'Anglais périrent, et ceux qui écliappèrenl h la mort ne le durent qu'à la protection de Jeanne. Chaque boulevard fut pris ainsi tour h tour, et partout elle eut une large part dans le succès; partout elle s'exposa comme un homme dans le combat, ne redevenant femme qu'après la victoire, pour prier, sauver les prisonniers et panser leurs blessures. A la deuxième affaire, qui fut la plus chaude et la plus sanglante, elle eut le cou percé d'une flèche, et pleurait, la pauvre hlle : « .Monseigneur,

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dk-elle à Dunois, sauriez-voiis pas des paroles pour adoucir les blessures? — Oui, répondit ilj'en sais qui en ont guéri de plus profondes. » En parlant ainsi, le guerrier indiquait de la main sa poitrine, puis, se penchant sur son cheval, il souffla ces trois naots à l'oreille de Jeanne : Dieu, honneur cl patrie. « Oh! vous èies un grand clerc, dit-elle; il me semble que je n'ai plus de mal! » et bientôt elle put entendre le cri des chariots de l'armée anglaise qui s'en allait : le siège d'Orléans élail levé '

Nous ne dirons rien de la balaille de Patay, de la prise de Jargeau et de Troyes, grands événements miliiaires qui précédèrent le sacre de Reims , et où Jeanne, comme partout, veilla et conduisit IcsFrançais sous son étendard. La répétition de tous les coups d'épée qu'on échange, de tous les flots de sang qui coulent, n'aurait pas été .pour vous, ma sœur, un spectacle attrayant, et Jeanne d'Arc elle-même avait hâte d'en détourner les yeux.

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