‹ Œuvres inédites, avec introd. et notesChapitre 11 sur 19 · HEGKSIPPEMOREAU · texte numérisé non relu

HEGKSIPPEMOREAU

Plus tard, comme elle insistait auprès du roi Charles VII , pour qu'il allât se faire sacrer à Reims, s'apercevant qu'il hésitait à suivre ses conseils : « Je ne durerai qu'un an ou guère plus, dit-elle, il me faut donc bien l'employer. »

Pendant la cérémonie , elle se tint près de l'autel, sa bannière à la main ; après le sacre, elle se jeta à genoux devant le roi et lui baisa les pieds en pleurant : « Gentil roi, dit-elle, il est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez à Reims recevoir votre digne sacre pour montrer que vous êtes vrai roi de France. »

Par reconnaissance, le roi anoblit Jeanne d'Arc, son père, ses trois frères et tous leurs descendants^ même par filles, changea le nom de leur race qui était d'Arc en celui de Lis, et leur donna pour armes un écu d'azur à l'epéemiseenpal, ayant la croisée et lepommeau d'or, accostée de deux fleurs delis soutenant une couronne de même sur sa pointe.

« J'ai accompli , disait-elle à Dunois , ce

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que Dieu m'a ordonné ; je voudrais bien maintenant retourner auprès de mes père et mère qui auraient tant de joie à me revoir. Je garderais leurs brebis et leur bétail , et ferais ce que j'avais coutume de faire. Et, dans le dessein de retourner bientôt à Vaucouleurs, elle suspendit son armure blanche au tombeau de saint Denis.

Cependant , les seigneurs dont elle marchait environnée firent auprès d'elle tant d'instances qu'elle consentit enfin à ne pas quitter l'armée; mais, depuisce moment, de tristes pressentiments la poursuivirent. Un jour même, dit-on, après avoir communié à l'église Saint-Jacques de Compiègne , elle s'appuya tristement contre un des piliers et dit à plusieurshabitanlset àungrand nombre d'enfants qui se trouvaient !à : « Ah ! mes bons amis et chers enfants, je vous le dis avec assurance, je serai bientôt livrée à la mort. — Priez Dieu pour moi, je vous en supplie , car je ne pourrai plus servir mon roi, ni le noble royaume de France. »

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Ces tristes prévisions ne furent que trop tôt justifiées. En efl'et, Jeanne d'Arc avant rempli la mission que Dieu lui avait confiée, Dieu ne pouvait plus rien pour elle, et quelques jours après, au siège deConipiègne par les Bourguignons, Jeanne fut prise dans une sortie, puis vendue aux Anglais qui la conduisirent à Rouen, oùieur jeune roi Henri III tenait sa cour. Là . on filforger une cagede fer danslagrande tourdu château, et on y mit la saintefille avec deschaînesaux pieds. Pourse venger de celle qui avait annoncé et consommé leur ruine, et pour décrier lacausedu roi, en montrant au peu])le que la victoire de Charles VU était l'œuvre de la sorcellerie, les Anglais pressèrent l'inquisition démettre Jeanne en jugement. Or, proniCbses. menaces, ils n'épargnèrent rien pour atteindre leurbut et réussirent. Nous n'entrerons pas dans les détails de ce hideux procès, où furent violées toutes les formes et où le bon sens eut à gémir autant que la justice. Ceux qui trempèrent le plus avant dans celle iniquité

furenlEstével.chanolnedeRouen.Cauchon, évèqiie de Beauvais, deux noms voués pour toujours à l'exécration des siècles. On ne rougit pas de donner à l'accusée pour confesseur dans sa prison un mauvais prêtre, qui, pendant les inlerrogatoiresqu elle eut à subir, souflla constamment à cette pauvre fille ignorante et simple des réponses qui devaient la perdre. Plusieurs fois, cependant, sa parole naïve et touchante faillit renverser des accusations laborieusement combinées.

— Vous croyez en la grâce de Dieu , lui demandait-on.

. — C'est unegrande chose que de répondre à celle question, si je n'y suis, Dieu veuille m'y recevoir ! et si j'y suis, Dieu veuille m'y garder.

— Pourquoi porliez-vous un étendard aux combats ?

— Je le portais en guise de lance pour éviter de tuer quelqu'un : je n'ai jamais tué personne.

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— Quelle >ertu supposiez-vous en celte bannière pour expliquer vos succès ?

— Je disais aux soldats : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moimême.

— Pourquoi la portiez-vous au sacre de Reims !

— Elle avait été à l'épreuve, c'était raison qu'elle fût à l'honneur.

Comme un prédicateur, qui la sommait d'avouer ses crimes, se répandait en invectives contre le roi Charles VII : «Parlez-moi, non pas du roi, dit-elle , en l'interrompant, car j'ose bien dire et jurer sous peine de la vie que c'est le plus noble d'entre les chréliens. » Enfin, on la force, par menace et par violence, à signer une abjuration dont elle ignorait le contenu , et alors les inquisiteurs prononcèrent une sentence par laquelle ils la condamnaient à passer le reste de ses jours au pain de douleurs et à l'eau d'angoisse. Et comme les Anglais, indignés de cette sentence qui leur semblait trop

douce, tiraient leurs épées et menaçaient les juges : « N'ayez pas de souci, dit l'un d'eux, nous la retrouverons bien. » Et, en effet, une nouvelle condamnation ne tarda pas à remplacer la première. Voici sous quel prétexte. Jeanne avait repris l'habit de femme, car on lui imputait à crime l'habitude contractée dans les camps de se vêtir en chevalier. Pour lui faire violer sa promesse, on lui enleva pendant son sommeil les vêtements de son sexe , et on y substitua des habits d'hommes. Quand elle voulut selever, il lui fallut bien se vêtir de ces habits. Elle fut surprise par des espions apostés, jugée de nouveau sur leur témoignage , et condamnée au feu comme sorcière, séductrice, hérétique et ayant forfait à son honneur.

Le 30 mars 1431, Jeanne monta dans la oharrette du bourreau : huit cents Anglais armés de toutes pièces lui servaient d'escorte. Tout à coup, un homme s'élança vers elle à travers la foule et lui baisa les pieds en pleurant : c'était son faux confesseur, qui, re-

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pentanl de sa perfidie, venait lui en demander pardon. Arrivée au pied du bûcher, elle recommanda son âme à Dieu et à la sainte Vierge , et demanda une croix. Un spectateur en fit une de deux bâtons et la lui donna. Maisbieniôt un cri d'impatience se fit entendreparml les Anglais. Alors, interrompant les prières de la victime, le bourreau la saisit et l'entraîna sur le bûcher. Quand elle vit le feu s'allumer : « Tenez-vous en bas, dit-elle à son confesseur, levez la croix devant moi, que je la voie en mourant, et dites-moi de pieuses paroles jusqu'à la fin. . On l'entendit prier longtemps encore à travers les flammes, et le dernier mot qu'on put distinguer fut : Jésus !

« Nous sommes perdus, s'écriaient les Anglais: on vient de brûler une sainte!» On trouva son cœur tout entier dans les cendres. Kt quelqu'un prétendit même avoir vu l'âme de Jeanne d'Arc s'envoler vers le ciel sous la forme d'une colombe.

11 V allait de l'honneur de la France et du

roi de justifier la mémoire de celte fille héroïque. Cliarles Vil voulut que ses parents demandassent des jui,'es. Le pape CalixlelII fit assembler les évêques à Rouen ; l'innocence de Jeanne fut reconnue , et le procès lacéré et brûlé. 11 ne fut pas besoin de rien ordonnancer contre les f:iux juges: la plupart périrent d'une iiiorle subile ou infâme: juste jugement de Dieu " !

A M. Emile Guérard ».

Ce 9 août «820.

Monsieur,

Excusez-moi si je prends la liberté de vous écrire. Je ne suis pas un Démosthène ou un Cicéron pour pouvoir écrire avec éloquence ou avec sagesse ; mais j'espère que vous excuserez la naïveté de mon enfance, car le simple but de ma lettre est de vous faire savoir que, si vous avez l'intention de

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venir à Provins pour la distribution des prix, elle est fixée au 17 août. J'ai fait tous mes eirorts pour mériter voire estime et voire bieuveillance, et pour me rendre digne des bontés dont vous m'avez comblé jusqu'aujourd'liui. Agréez, Monsieur, l'assurance du respect et de la soumission avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très-dévoué et respectueux serviteur. Moukal.

A ma Sœur 'o.

Vous souffrez beaucoup de mon absence, ma sœur, el cependant, à laleclurede voire lettre, je n'ai pu me défendre d'un certain plaisir. Lorsque mon départ fut décidé, je tremblai en pensant aux larmes qu'il vous coùterailpeul-être. Je souhaitais sincèrement que vous vous armiez de résignation contre ce coup inévitable, el pourtant, quand vint le mumcnt fatal, elqne je crus lire sur votre

front ce calme que je désirais ciiez vous, sans l'espérer, par une conlrad'clion bizarre, je fus piqué de ce courage qui surpassait le mien et j'osais presque, tout bas, vous accuser d'indillërence. .. Pardonnez-moi, ma sœur, mais dois-je me féliciter d'un amour dont je trouve la preuve dans vos douleurs? Ah! si vous m'aviez dit ce que vous savez si bien écrire, votre voix, plus forte que celle de la raison, m'aurait enchaîné auprès de vous])our to\ijours.

Je n'ai pas le courage de vous dire adieu.

Ce sera donc toujours de mieux en mieux, n)a chère sœur. Vous vous dépouillerez toujours pour moi de tout ce que vous possédez. Pauvre sœur, vous êtes peut-être bien gênée vous-même, et vous ne pensez qu'à moi. Et pour tant de soins, je ne puis vous rendre que de l'amour. Sur la foi de ma lettre, écrite dans un moment de désespoir, vous vous êtes sans doute exagéré un peu ma situation. El le se débrouille par degrés, ei j'espère me tirer

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encore de là, pourvu que Dieu et votre amour me prêtent du courage.

Ma chère sœur, je n'ai pas bien compris une des phrases de votre lettre. Quel est donc cet heureux malheur qui pourrait me faire retourner k Provins? Je ne vous ai pas répondu de suite, parce que j'attendais la longue lettrequevous m'aviez promise. Mais il paraît que je me suis trompé, et que, dans votre intention, elle ne devait arriver qu'après ma réponse. Je vous embrasse bien tendrement et vous souhaite tous les bonheurs qui doivent vous échoir pour que je puissecroire à la justice de Dieu.

Grand merci, bonne Louise, de rintérèt que vous prenez à ma santé ; elle se rétablira sans doute ; mais j'aurais besoin de patience, car il m'est impossible de suivre le régime. J'ai fort peu de besoins, mais ma bourse est tout à fait vide, et comme je ne touche pas Irès-exactement, si vous pouvez m'envoyer quelque chose, je le recevrai avec plaisir.

Mais songez bien que c'est du superflu que je demande, et que vous auriez grand tort de le prélever sur votre nécessaire.

Adieu ! Une réponse bien longue, si c'est possible . Toutes vos lettres n'ont que le tort de ne l'être pas assez.

Encore une fois pardon, ma sœur, devons avoir laissée si longtemps sansréponse;mais après vous avoir dit que je vous aime, ce qui ne doit rien vous apprendre, assurément, il me reste si peu de ciioses à vous écrire, qu'en vérité j'ai honte de vous envoyer des lettres aussi insignifiantes. J'espérais vous envoyer, avec celle-ci, des vers que je n'ai pu finir encore. La maladie de votre fils m'abeaucoup affligé; sa mère doit bien souffrir. Vous avez eu beaucoup de tourments depuishuitjours, dites-vous; en existerait-il encore d'autres que ceux dont vous me parlez? Pourquoi me cacher quelque chose? Cela fait du bien d'épancher des chagrins, surtout dans le cœur d'un frère.. . Je vous rends à usure le

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baiser que vous me- donnez... J'avais oublié de vous gronder, dans ma dernière letlré.de la peine quevous vous êtes donnée à copier, pour cioi, ce joli poëme. Je ne le connaissais pas et je désirais le connaître ; ce qui n'est pas aussi facile ici qu'on le pense. Le plaisir que j'éprouve diminuerait beaucoup, si je savais qu'il eût pu vous coûter de la fatigue et des veilles. Votre chocolat était excellent, et je l'aurais trouvé tel, même venant d'une autre main.

Chère sœur, je suis à peine installé dans la maison, et j'ignore si je dois m'y plaire et même si je poui'rai nmpUr les fonctions qui me sont destinées. Aussi j'aurais peutêtre mieux fait d'attendre pour vous donner de mes nouvelles; mais comment faire? J'ai sans cesse une plume sous la main et votre image dans le cœur; et puis il est si doux de causer, même quand on n'a rien à dire ! Vous me dites sans doute, dans votre pensée : « Écrivez, écrivez, » comme autrefois

dans le comptoir vous me disiez : Parh: ! parlez encore .'...

Mon amie, je ne vous oublie jamais, et cependant des craintes, des espérances, des chagrins vous ont disputé souvent mes pensées; mais il est de ces moments (et cela m'arrive toutes les fois que je réllécliis) où mon amour exalté par la reconnaissance devient une ivresse, un délire, et alors je n'ai plus d'autres craintes que celle de vous avoir causé de la peine, d'autre désir que celui d'être toujours aimé. C'est sous celte inspiration que je vous écris maintenant. Je voudrais que ma lettre, remplie d'amour, ne lût qu'un lonç; remercînient, et je regrette d'être obligé de la faire refroidir par des détails désagréables, et que cependant vous devez connaître, puisqu'ils me concernent... Ma santé esttoujoursmauvaise, très-mauvaise...

11 m'a fallu me défaire de beaucoup de choses... J'espère loucher bienti't... Pardonnez-moi tous ces détails, ma saMir...Une lettre, bien vitel Que lisez-vous? Est-on

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heureux? Parlez-moi aussi de votre autre frère, de votre amie, dont ramilié touchante semble rivaliser avec la vôtre. Que j'aurais de bonheur à vous embrasser tous! Encore quatre mois, et j'aurai ce bonheur-là. Mais quatre mois, c'est bien long.

Grand merci, ma sœur, de vos excellentes dragées; mais vos lettres, que vous accusez de négligence, sont pour moi mille fois plus délicieuses. Après un travail pénible, après des démarches inutiles, vous ne pouvezvous imaginer combien il est doux de trouver au logis quelque chose de ma sœur, de la seule personne qui m'aime. Alors, de tous mes regrets, il ne m'en reste plus qu'un seul : celui d'être séparé devons ; mais il est adouci par l'espoir. Je suis presque toujours seul avec votre image. Je u'ai personne à qui je puisse ouvrir mon âme... Je n'ai encore éprouvé d'émotion d'amour qu'à la vue de certaines actrices ; mais il ne faut pas s'y méprendre, si j'aime un instant le person-

nage qui m'arrache des larmes avec les sentiments que l'auteur lui prête, je ne garde que du mépris pour la femme qui dépouille à la fois dans les coulisses son costume et ses vertus.

Adieu! Aimez- moi donc! aimez-moi toujours, pour me donner du courage et du bonheur. J'en ai besoin.

Quoique je ne sois pas heureux, ma bonne Louise, je commence à me plaire ici, et il ne me manque que ma sœur pour m'y trouver bien, et je ne m'exilerais qu'avec peine de cette nouvelle patrie, à moins que ce ne fût pour retourner près de vous. Pardon, ma sœur, si j'entre dans tous ces détails qui vous sembleront peut-être fastidieux; mais je vous écris comme si je causais avec vous, en vous faisant subir tout ce qui me passe par la tête. Vousdites que vous êtes malade, ma bonne amie, et vous semblez dire cela avec indifférence; serait-ce pour vous venger des inquiétudes que vous prétendez que je

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VOUS ai causées? Si j'étais près de vous ! Vous souvient-il d'une indisposition qui vous a retenue au lit, il y a déjà bien lonijtemps, et de la visite que je vous fis en tremblant pour vous balbutier : Madame, commenl vous porte z-vous?...^i vous lisez quelque chose, dites-le-moi. Donnez-moi des détails sur vos occupations, vos peines et vos plaisirs, si vous en avez. Vous voyez queje vous donne l'i'xemple. Je voudrais vous voir, à chaque heure de la journée, à la place que vous occupez. Adieu! pardonnez-moi et pensez à moi.

Ma sœur, ma chère sœur, je vous verrai donc! mais, mon Dieu, que ces quatre mois vont me sembler longs! J'aurais bien voulu être près de vous pour le retour du printemps. Qu'il nous eût semblé beau, à nous qui savions prêter des charmes h l'hiver! Le danger que vous venezde courir et que vous racontez avec lantd'indiiféreuce me lait frémir encore. Presque tous les jours pour moi

sont des lundis. Je me promenais l'autre jour au Père-Lachaise, et je vis un jeune homme, qui se croyait seul, jeter en passant une couronne de fleurs sur la tombe d'Héloïse et d'Abailard. J'aurais bien voulu connaître ce jeune homme-là. Je pense toujours à Provins ; il me semble que j'y ai laissé à la fois une mère..., "ne amie... ; raasœur, vous étiez là pour m'aimer comme une famille entière : mon pays, c'est vous. Oh! venez vite. Pardonnez moi la négligence de mes lettres; j'aime à y laisser tomber mes pensées sans ordre el sans art. C'est comme si l'on causait.

Quoi ! un joli cadeau et une lettre encore plus jolie! C'est trop à la fois.. . Je me retrouve dans les sentiments que vous exprimez, et au milieu de la foule qui m'environne, c'est voire image seule que je vois. J'ai été plusieurs fois au spectacle, et votre souvenir m'accompagnait encore. J'ai vu Roméo el Juliette, deux amantsdui meurent

ensemble plutôt que de se voir séparés; Rodolpbe, aimé d'une jeune femme qui le croit et le nomme son frère, et qui ne revient de son illusion que pour le suivre à l'autel. J'ai saisi partout des allusions touchantes, et j'ai pleuré... Je viens d'être retenu au lit par une légère indisposition. Je veillais pour penser à vous. Je vous ai vue en songe vous pencher à mon chevet; vous le savez, ma sœur, cet heureux songe n'était qu'un souvenir.

Vous avez deux torts, ma sœur, celui de m'écrire une lettre si courte, et celui de m'envoyer un si joli foulard. Grâce à vous j'ai déjà bien des cravates, et, pour croire ù voire amitié, je n'ai pas besoin d'un nouveau gage. Merci! pourtant, merci! Tout ce qui vient de vous m'est cher et sacré.

Je me suis lié avec un jeune homme dont je vous ai déjà dit un mot. Ce jeune homme, à vingt ans, montre déjà des talents extraor-

LETTRES. y.)

dinaires et une ambition effrénée. Son avenir sera sans doute grand et beau, s'il ne succombe pas avant de l'atteindre; car, à peine sorti de l'enfance, l'étude, le seul excès qu'il connaisse, l'a déjà vieilli et courbé. Vous me parlez de spectacles, j'y vais fort peu. Cependant je viens de voir jouer un nouveau drame de Dumas : Antoriy. C'est une pièce pleine de passion, et les acteurs sont dignes de la pièce.

Jappelletoujours lesvacancesavec ardeur.

Quoi qu'il arrive, je ne manquerai alors ni de consolations, ni d'encouragements.

Chère sœur, encore un mois sans vous voir ! C'est affreux. J'essaye en vain de me distraire : je lis, et je m'ennuie; je vois des amis, et je m'ennuie. Écrivez-moi, consolez-moi ; mais peut-être auriez-vous besoin d'être consolée vous-même. . . Adieu, conservons un peu d'espérance...

Cbère sœur, pardonne7.-moi de ne pas tous

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