‹ Œuvres inédites, avec introd. et notesChapitre 14 sur 19 · A MON AME · texte numérisé non relu

A MON AME

Fuis, âme Manche, un corps malade et nu, Fuis en rhanUnt vers le monde inconnu !

A dix-huit ans, je n'enviais pas, certes. Le frais bandeau qui presse mes yeux morU.

Dans les grands bois, dans les campagnes vertes. Je me plongeais arec délice alors ; Alors les vents, le soleil et la pluie Faisaient rêver mes yeux toujours ouverts, Pleurs et sueurs depuis les ont couverts ; Je connais trop le monde'... et je m'ennuie!

Les pieds poudreux d'une route orageuse, Nous chancelions sur le sable flottant; Repose-loi, pauvre âme voyageuse; Une oasis là haut s'ouvre et t'attend.

Le ciel qui roule, étoile, sans nuage.

Parmi des lis, semble des flots d'azur ; Pour te baigner dans un lac frais et pur. Jette en plongeant tes haillons au rivage!

Pars sans pitié pour la chair fraternelle : Chez les méchants, lorsque je m'égarais. Hier encor tu secouais ton aile Dans ta prison vivante. . . et tu pleurais. Oiseau captif, tu pleurais ton bocage ; Mais aujourd'hui, par la fièvre abattu, Je vais mourir. Et tu gémis. . . Crains-tu Le coup de veut qui brisera ta cage?

Lorsqu'à seize ans, veuf d'une sainte amie. Des voluptés j'ai senti le besoin,

116 HÉGESIPPEMOREAU.

De mes erreurs, toi, colombe endormie. Tu n'as été complice ni témoin.

Ne trouvant pas la manne qu'elle implore, Ma faim mordit la poussière (insensé !) ; Mais toi, mon âme, à ton beau fiancé.

Tu peux demain te dire vierge encore.

Tu veilleras sur ta sœur en ce monde, De l'autre monde oii Dieu te tend les bras. Quand des enfants à tète fraîche et blonde Auprès des morts joueront, tu souriras.

Tu souriras, lorsque sur ma poussière.

Ils cueilleront les saints pavots tremblants ; Tu souriras, lorsqu'avec mes os blancs, Ils abattront les noix du cimetière. . .

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu, Fuis en chantant vers le monde inconnu ! •*

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