‹ Œuvres inédites, avec introd. et notesChapitre 13 sur 19 · II. MOREAU · texte numérisé non relu

II. MOREAU

P. S. — J'ai allendii deux jours avant de jeter ma lettre à la boîte, et j'ai bien fait. J'apprends aujourd'hui vendredi queM.Guérard est repassé hier à Paris, sans avoir le temps de me voir". Vaché, de plus, m'a donné des explications auxquelles j'avoue que j'ai peu de foi.

Paris, lundi, jour de l'Assumplion, 1830. Madame, Je n'ai pas bien compris ce que vous me dites dans votre dernière lettre à propos de Vaché. J'ai cru entrevoir cependant que ma fréquentation pouvait lui •■tre nuisible en quelque chose. Rassurez-vous, Madame!

si je lui ai exprimé l'intention de le voir souvent, c'était dans l'espoir d'entendre parler souvent de vous ; maintenant que vous me faites l'honneur de m'écrire, ce motif n'existe plus, et Vaché ne court pas plus le

110 }IÉGÉS1PPEM0REAU.

risque de gaguer mes défauts que moi de m'inoculer ses vertus, dont pourtant j'aurais grand besoin, car je vous l'avoue sincèrement, et plaisanterie à part, si j'avais eu le choix de ma destinée, j'aurais préféré peut-être le rôle de commis à celui d'écrivailleur : Vargent, pour moi comme pour Yach?, est tout, puisque f ai des besoins à satisfaire et qu'il 7i'\j a (malheureusement !) que ce moyen pour y arriver.

Ceci est une phrase de vous.

Je ne comprends pas trop non plus pourquoi vous vous étonnez de ce que je n'écrive pas à M. Guérard.Je vous ai écrit ponrvous demander pardon des torts dont vous avez eu à vous plaindre, l'un comme l'autre. Si voire nom est tombé de préférence sur l'adresse, c'est l'affaire du hasard, et peutêtre, à mon insu, de ce sentiment commun à tous les hommes qui fait que l'on pressent plus d'indulgence chez un sexe que chez un autre. Si je vous adresse une lettre pour vous conûer mes peines, mes plaisirs et mes

espérances, je ne conçois pas pourquoi je ferais une copie de celte lettre pour exprimer à M. Guérard mes plaisirs, mes peines, etc.. Pourtant, si vous y tenez, dites le... Si vous m'écrivez, Madame, ditesmoi donc ce que vous avez reçu de ma part, vous, monsieur Guérard ou madame Jeunet. J'ai tout lieu de croire que quelque cliose s'est égaré.

Je vous salue avec respect cl reconnaissance. IlégésippeMoREAL.

Je vais donner à Vaché des vers manuscrits faits pour madame J*** et à son adresse; ils ont dû lui être envoyés imprimés dans le Journal des Demoiselles: mais d'après une lettre de ma sœur, qui ne m'en parle pas, je crois qu'on, ne les a pas reçus.

Je n'ai pu voir Alexandre, bien que j'aie rendu deux visites au collège Rollin; on m'a même répondu qu'on ne connaissait pas ce nom-là. Y aurait-il à Paris plusieurs collèges du même nom?

]12 HÉGÉSIPPHMOREAL.

AM. Vaché (frère de madame Guérard de Champbenoisl), rue de l'Echiquier, n° 23, Paris.

Mon cher ami , ^

Tu l'es mépris élrangement sur le sens de mes paroles. C'élail une confidence, une plainte, mais pas une demande. Cela est si ^Tai qu'il me serait matériellement impossible de quitter mon logement actuel d'ici à plusieurs mois. En général, mon ami, je te préviens qu'il ne faut jamais chercher d'intention cachée dans ce que je dis, à moins que mes paroles n'aient évidemment le ton de l'ironie. Cependant je dois me féliciter de la méprise qui m'a fourni une nouvelle preuve de la vieille et infatigable amitié pour moi, et me donne par conséquent le droitde t'en remercier encore. Tout ce que je réclame de toi, c'est la permission de le voir le plus souvent possible, non pas les jours où tu sors, car je n'aime pas à sortir, moi, mais pendant les rares et courts instants que lu pourras dérober h les travaux.

LETTRES. lia

J'irai à Ion bureau dimanche à une heure. Merci. II. Moreau. • ,

A ma Sœur.

Paris, 28 décembre (midi) 183(3.

Bonne sœur, en réponse à une lettre de vous, je vous ai écrit il y a huit jours et vous n'avez (Ici se trouvent une tache et un pâté qui ne sont pas de mon fait. Pardon ! en recommençant ma lettre je perdrais un jour) pas rtpliqué, du moins je n'ai rien reçu.

En d'autres circonstances, ceretard ne m' étoiinerait pas du tout (vous pourriez m'en reprocher bien d'autres !) ; mais je me souviens... et j'ai peur. Je vous disais dans ma lettre que si vous étiez huit jours sans me répondre, il serait plus îùr de m'adresser les vôtres poste restante. Le délai est expiré ou peu s'en faut, et cependant vous pouvez toujours m'écrire à cette adresse : Inslilution Chapuis, rue du Faiibourg-Saiul-Marlin.

Les gens que je quitte sont de bonnes gens,

lli IIEGÉsirPEMOREAU.

et recevront mes lettres. J'ai vu Vaché qui est malade, mais pas dangereusement, du moins je l'espère; il ne m'a pas con6rmé cequevous m'aviez dit de l'arrivée prochaine de M""Guérard à Paris. M"^ Emma Ferrand va revenir, et cela pourra contribuer à guérir la noire mélancolie dont je me plaignais dans la lettre en question. C'est une trèsbonne femme, et sans contredit la personne que j'aime le mieux après vous et madame Gnérard . Je crois vous avoir dit qu'une dame avait fait la musique de deux romances que je lui avais récitées. En voici les paroles, en attendant la gravure. L'espace ne m'ayant permis que d'en transcrire une, à une autre fois la seconde. H. M.

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