Oeuvres inédites de F. Lamennais
De peur d'oublier quelques commissions, je commence par Kl. Yoici d'abord un nouvel abonnement pour le Mémorial :
A M. Martel, curé de Neiiveidle, par Evîan, Savoie,
Je lui ai cédé 20 messes pour cet abonnement; ainsi je te prie de m'en envoyer 20 autres pour moi. 11 y aura encore d'autres souscripteurs qui viendront delà Savoie. Ils veulent tous les numéros qui ont paru, et il faut recommander d'être fort exact dans les envois. Cela est essentiel.
L'cvêque de Lausanne désire avoir les règlements des Frères (1). Je te prie de les lui envoyer. Il serait honnête d'y joindre deux mots. Tu lui dirais que je t'ai mandé quil lui serait agréable de les recevoir, et que j'ai été très-sensible à l'accueil que j'ai reçu de lui. Son adresse est : ('/ M(jr rÉvcque de Lausanne, à Frihourg, Suisse.
(l) Des Frères de l'instruction chrétienne, dont l'abbé Jean est le fondateur
2 ŒUVRES IxNEDITES DE LAMENNAIS
Le temps est si mauvais que je désespère de pouvoir aller à Ghamounix. Nous partirons, comme je te l'ai marqué, le 24 ou le 28 pour Turin. Ainsi, dorénavant tu m'adresseras tes lettres sous le couvert de M. le marquis d'Azeglio père, à Turin. Je garde le nom de Denys. Préviens de cela M. de Senfft. Je crois qu'il faut que les lettres soient affranchies jusqu'à la frontière.
J'ai une extrême envie de te revoir. Le temps que je passe ici est si ennuyeusement perdu, qu'il n'en est point que je regrette davantage. Cependant mon voyage m'aura beaucoup servi, et je crois toujours qu'il est entré dans les vues de la Providence. Mande-moi, autant que tu le pourras, les nouvelles de France et de Paris. On ignore tout à une certaine distance, et il serait utile de tout savoir. M. le curé de Genève est peiné de ne pas recevoir un seul mot, ni de M. Picot, ni de M. de Bonald, quoiqu'ils aient à lui répondre sur des affaires importantes. Ce silence ne se conçoit pas, non plus que le retard qu'on met à s'acquitter de ce qui lui est dû si légitimement. Il y a des hommes qui ont moins d'âme et de délicatesse que leurs laquais. Le prochain consistoire nous apprendra beaucoup de choses sur Rome, mais nous en saurons encore plus sur les lieux. Oh I si les Papes savaient ce qu'ils peuvent ! Plus on examine l'état de chaque pays, plus cette réflexion frappe vivement. On voit partout ce qu'il y aurait à faire, et l'on voit partout que rien ne se fait. Les méchants seuls agissent, et consomment leur œuvre sans que les bons paraissent s'en apercevoir. Le monde retombe dans le chaos, et les ténèbres sont sur la face de l'abîme.
3e ne sais si, à mon retour, ta position sera fixée. Il n'est pas mal peut-être qu'elle demeure indécise encore quelque temps. J'aurai moi-même à prendre un parti l'automne prochain. Uentrerai-je dans l'arène, ou me bornerai-je à finir
VEssal, et, dans ce dernier cas, resterai-jeà Paris, ou me retirerai-je en Bretagne ? On ne peut rien dire là-dessus en ce moment.
Mille choses tendres à tous nos amis. Je t'embrasse de tout mon cœur.