A M. Ange Blaize
Paris, 28 juin 18 iS.
3'ai reçu, mon cher Ange, votre lettre du 23. Je ne vous parlerai point des événements de ces derniers jours si funestes. Le combat terminé, le combat et non pas la guerre, les factieux qui, depuis deux mois, travaillaient pour l'amener, légitimistes, orléanistes, en ont rccuilli le fruit, inaugurant leur nouveau pouvoir par des lois de proscription, motivées, comme en 93, sur la sûreté générale et le salut public. J'ai passé une partie de la nuit à l'Assemblée, afin de protester par mon vote public contre ces exécrables mesures. Mon journal n'est pas supprimé, mais la police Ton-
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lève des mains des porteurs, et si tout cela dure, le cautionnement sera sans doute bientôt rétabli, et ensuite le timbre. Je suis, quant à moi, résolu à faire mon devoir jusqu'au bout; tant qu'il sera possible d'écrire, j'écrirai.
Faites continuer, je vous prie, les travaux de la Chênaie. Les murs finis et le terrain disposé, il faudra planter les espaliers et autres arbres à fruit. Je tiens à ce que ces choses s'achèvent, que je les voie ou non. 11 se peut qu'il arrive des circonstances où je me décide à me retirer à la Chênaie, le contraire aussi se peut. Qui sait aujourd'hui ce qu'il fera le lendemain ! Mieux vaudrait vivre à l'étranger que dans la patrie, si elle devait rester aux mains de ceux qu'on a laissé la reconquérir.
Je vous embrasse tous de cœur.