‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 13 sur 180 · Au même · texte numérisé non relu

Au même

Naples, le 28 juiUet 1824.

Je partis de Rome le diraanche2o, etj'arrivai ici lelendemain au soir après vingt-huit heures déroute. On fait maintenant ce voyage; avec une parfaite sûreté. On se passerait même fort bien de l'escorte à cheval qui accompagne le courrier, car on ne fait pas une lieue sans rencontrer cinq ou six postes militaires. Je passerai probablement environ trois semaines dans ce pays. Plus de la moitié de ce temps sera employée à parcou-

rir les environs de Naples. La ville elle-même offre peu de choses à voir, mais sa position est tout ce qui se peut imaginer de plus magnifique. On m'a fait ici comme partout un excellent accueil. Le Père Ventura est d'une obligeance et d'un zèle infini pour tout ce qui peut m'ètre agréable. Il veut me conduire lui-même à Caserte et à Pompéïa. Je visiterai successivement les deux côtés opposés de la baie, mais j'ai renoncé au voyage de Sicile. Le temps passe avec une rapidité qui me contrarie. Difficilement puis-je être de retour à Rome avant le 20 août, et je ne crois pas pouvoir en repartir avant la mi-septembre. Quelque route que je prenne pour revenir, je serai encore nécessairement arrêté ici et là; de sorte qu'il me paraît à peu près impossible d'être à Paris avant la fin d'octobre, et sans m'arrêter àYitrolles ; autre contradiction. D'un autre côté, il me tarde de recommencer mes travaux à la Chênaie. Il faut que je fasse mon 5*^ volume et la vie de M. Garron. J'ai beaucoup d'autres choses dans la tête, mais je prendrai moii temps. On en a dans la solitude, et c'est là que je veux passer, en grande partie, le reste de ma vie, si la Providence, comme je l'espère, ne s'y oppose pas. Je trouverai je pense, au moins une lettre de toi à Rome. A de si grandes distances, c'est tout au plus si on a des nouvelles les uns des autres une fois par mois. Dis mille choses de ma part à tous mes amis. J'ai un vif désir de les revoir. Si tu n'es pas encore 011 Bretagne quand cette lettre arrivera, recommande à Cudennec mon éternelle affaire avec Méquignon. Je ne comprends pas qu'une chose si simple dure depuis deux ans, et si elle n'est pas finie cette année, il n'y a pas, ce me semble, de raison pour qu'elle finisse jamais.

J'ai assisté ce matin au service du pauvre M. de Serre. Il laisse à GOO lieues de la France une famille désolée, qui voit s'éteindre avec lui ces espérances dont on se flatte toujours

quand on a occupé certaines places. Que ce monde est triste et vain, et qu'il y a de folie dans les pensées de rhoinme ! Beati pauj^eres — A)iia ncsciri — y\l sccretum iter^ et ncscia fallere vita : voilà tout le secret du bonheur. 11 y a 0,0(X) ans qu'on le dit inutilement aux hommes, et on le leurrépétera inutilement jusqu'à la fin. Je t'embrasse de tout mon cœur.

231. — Au Prince de Croy (1), archevêque de Rouen ^ Grand- Aumônier de France.

Monseigneur,

Personne n'était moins propre que moi au rôle d'ambassadeur auprès de M. l'abbé F. de La Mennais; mais, Monseigneur, vous avez parlé à quelqu'un qui s'honore d'avoir pour lui les sentiments d'un autre lui-même, et vous étiez sûr par là de voir \os intentions remplies. Mon ami viendra dès demain demeurer chez m.oi.

Agréez, je vous supplie, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,

Monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur. Le comte de Senfft.

1" octobre 1824.

(1) A son retour de Rome, Lamennais était descendu à Paris, rue de Rourlion n» 2, à l'hôtel de la Grande-Aumônerie, chez son frère l'abbé Jean, qui avait dû se démettre de ses fonctions de vicaiie-jrénéral pour avoir voté au collège électoral de Saint-Brieuc, contre le candidat ministériel. Le prince de Croy, archevêque de Rouen et Grand-Aumônier, se crut compromis et il en écrivit à M. le comte de Senfft, Ministre Plénipotentiaire d'Autriche à Paiis. De là cette lettre et la suivante .

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