A M. Ange Blaize
Paris, 22 août 1849.
J'ai reçu, mon cher Ange, avec votre lettre du 19 août, les deux comptes qu'elle m'annonçait et sur lesquels elle contient des explications dont je vous remercie. Je n'ai qu'une seule observation à faire. Vous avez, ce me semble, oublié de porter à mon crédit dans le compte-courant, le semestre échu en février dernier de ma rente sur la Chênaie, soit fr. 701, 35 cent. Si je ne me trompe point et que ce soit réellement une erreur, je vous prie de la rectifier. En ce cas, le compte se solderait en ma faveur, par une somme de fr. 660, 02 cent.
Le mois prochain sera le temps de la provision de beurre. Je vous prie de m'en envoyer, comme l'an dernier, 150 livres, mais seulement 25 livres de morue, quand les navires seront arrivés.
Voilà trois semaines que je souffre d'une irritation nerveuse qui réagit principalement sur l'estomac. Il est heureux pour moi que cotte indisposition coïncide avec les vacances do l'Assemblée, car elle ne s'accorderait guère avec la
fatigue des séances. J'occupe un appartement vaste, mais froid, oii le soleil pénètre peu. De quelque manière qu'on s'arrange, il y a toujours quelque chose qui n'est pas comme on le voudrait; ainsi, patience. Le pauvre peuple en a grand besoin. La misère est extrême, et nulle meilleure espérance pour rtiiver. On a rejeté la France dans les voies de Louis- Philippe, avec des conditions plus funestes encore. Nous marchons à la ruine et à des catastrophes sans nom. Je désire beaucoup, pour vos contrées, que la récolte du blé noir soit satisfaisante. On ne se plaint pas en général de celle du froment.
Tout à vous de cœur. Votre frère. F.