M. Elie
Paris, 18 mai 1850.
Vous avez bien raison, mon cher Elie, de chercher dans la culture de votre jardin une douce distraction aux tristes pensées que fait naître le spectacle du monde politique. Les ennemis de la république , frappés d'aliénation mentale , courent, avec une vitesse effrayante, à des abîmes dont nul ne saurait sonder la profondeur. Je crains que, dans leur aveuglement sans exemple, ils ne soient contre eux-mômes.
SOUS la main de Diou, rinstrument d'une justice terrible.
Je n'ai pu encore me débarrasser tout à fait de la bron- 'chite qui me fatigue depuis deux mois. Cependant je suis mieux, et je compte, pour achever ma guérison, sur les premières chaleurs du printemps.
M. Barbet se trouve bien du régime sévère qu'il s'est imposé. Il vous dit mille choses affectueuses, et joint ses compliments à ceux que je vous prie d'offrir de ma part à madame Reys.
Je suis, mon cher Elie, tout à vous de cœur.
411). — A M. DessoUaire,
Paris, 5 juin 1850.
Mon cher Dessoliaire, on mettra aujourd'hui ou demain à la diligence de Ghâteauroux un ballot contenant :
100 Paroles cVxui Croyant.
100 Livres du peuple.
100 Voiœ de prison.
Plus, un exemplaire de ces trois ouvrages en un seul volume pour Pierre Dessoliaire.
Lorsqu'on dit homme, cheval, chêne., etc., lorsqu'aussi on énonce les qualités de ces divers êtres, blanc, noir, grand, petit, léger, pesant, etc., on exprime par le langage, la parole ordinaire, ce que chacun d'eux a de positif, ce qui le constitue et le caractérise. Mais lorsqu'on dit, un homme, deux hommes, trois hommes, un cheval, deux chevaux, trois chevaux, les nombres i<n, dc\ix, trois, etc., qui s'appliquent indilTéremment à tous les objets, n'expriment les qualités d'aucun, ni par conséquent rien de ce qui les constitue en rux-niémes ou de ce qu'ils ont de positif; ils expriment seu-
lement leur multiplicité. Et comme la multiplicité, impossible sans la limite, en est l'effet direct, le nombre, qui n'exprime que la multiplicité, résultat de la limite ou du principe négatif des choses, en est la langue propre, et ne réveille aucune autre idée que celle de multiplicité, ou de distinction individuelle dans le temps et l'espace.
Quatre millions au moins d'électeurs vont être privés de leur droit en vertu de la dernière loi
Le peuple après cela doit être content et se féliciter de son choix. La République n'est plus qu'un nom, elle n'existe plus en réalité, mais elle renaîtra.
Bien des choses affectueuses à madame Dessoliaire. M. Barbet vous remercie l'un et l'autre de votre souvenir, et me charge de vous transmettre les siens. Je vous renouvelle l'assurance de mon fraternel dévouement.