Au même
Paris, 24 août 1850.
Ma santé, mon cher Dessoliaire, n'est pas mauvaise en ce moment, mais j'ai dans un genou des douleurs qui me rendent la marche pénible et difficile, ce qui me contrarie à cause du besoin que j'aurais de faire quelque exercice. Heureusement que j'ai chez moi des occupations qui, me prenant tout mon temps, ne me laissent pas celui de m'ennuyer.
Votre zèle vous sera compté là-haut et portera son fruit. Vous semez en hiver, d'autres récolteront en automne, et celui qui sème est le plus à envier, car il ressemble plus au Père céleste, qui donne et donne encore sans qu'il lui revienne rien de ses dons.
Rien n'a chaiii^^é dans les aiïairo.s publiques. Toujours le môme système, la môme oppression, les mômes persécutions et la môme haine de la r«jpublique. Mais cette république si abhorrée des factions monarchiques, le peuple la veut, et il l'aura, et s'il la perdait un moment, il la reconquerrait bientôt. Aussi, probablement, on ne tentera point de coup d'État, et l'on continuera de se traîner dans la môme voie jusqu'aux élections prochaines. Ce sera l'instant décisif, il faut s'y préparer et songer d'avance aux grands devoirs qui nous seront alors imposés à tous.
Faites mes compliments à votre excellente femme, et embrassez pour moi vos petits enfants.