M. Dessoliaire
Paris, 19 juillet 1850.
Je ne pense pas, mon cher Dessoliaire, que l'on vous tracasse pour vous ôtre chargé de remettre de ma part, à quelques personnes, les Paroles d'un Croyant: ce serait aussi par
trop fort. Cependant, comme en ces jours de persécution, rien n'est impossible, que la tyrannie ne recule devant aucune monstruosité, qu'elle transforme en délits les actes les plus licites, les choses les plus innocentes , conduisez-vous en conséquence et ne lui donnez aucune prise sur vous.
M. Proudhon attaque toutes les doctrines et n'en a aucune. Ce qu'il a dit la veille, il le combat le lendemain, fort seulement pour détruire, sans rien substituer à ce qu'il détruit. Le fond de sa pensée, d'ailleurs, tel qu'on peut le découvrir à travers tant de variations, est l'athéisme et le matérialisme. Si le peuple entrait dans cette voie, c'en serait fait de lui et de l'avenir. Mais, grâces à Dieu, aucun sophiste, si habile qu'il puisse être, ne l'entraînera dans cet abîme. Il suffira de l'instinct de la vie pour l'en préserver.
Le temps me presse, et je n'ai que celui de vous renouveler l'assurance de mon attachement,