Au même
Paris, 10 mars 1851.
Je crois toujours, mon cher Elle, qu'il n'y a rien à faire en ce temps-ci pour des hommes tels que vous. Mais il en viendra d'autres, et peut-être bientôt. Il y a partout une grande attente, et, sous une atmosphère de plomb, cette sorte de silence solennel qui précède un violent orage. Lorsque les peuples se lèveront pour jeter dans la fosse le cadavre pourri du passé, il y aura place pour tous dans ces funérailles formidables. Patience jusque-là.
Je me réjouis d'apprendre que nous nous reverrons dans un mois. Nous causerons alors tout à loisir de philosophie. J'ai mis à part votre première lettre, afin que des questions
ŒUVRES INÉDITES I)f<: LAMENNAIS 1?55
que VOUS m'y faites, aucune ne soit ou])liée. Si vous en avez d'autres à y joindre, prenez-en note; car il arrive parfois que la conversation écarte du sujet que l'on se proposait d'éclaircir.
En politique, sauf les petits détails, il n'y a rien dont vous ne soyez instruit par les journaux. Nous irons ainsi quelques mois encore. Puis viendra le moment décisif.
Tout à vous de cœur.