A M. Robert de La Mennais, à Rennes
A la Chênaie, le 11 février 1825.
Je me suis occupé sur-le-champ, mon cher papa, de remplir votre commission. Je n'ai pu prier Marion de s'en charger, parce qu'il est en voyage. Ce sera donc Marie qui en prendra le soin; mais je lui ai fait part de vos intentions expresses, et la chose sera faite comme vous le désirez.
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Que la volonté de Dieu s'accomplisse sur nous tous, au temps qu'il aura marqué, selon ses desseins de miséricorde ! Ce que vous me dites à ce sujet m'attendrit, mais ne m'abat point. Pour vous comme pour moi, je ne souhaite que ce que Dieu veut, et la terre n'offre rien à regretter. Toutes nos espérances sont plus haut. Je trouve la vie profondément triste et ennuyeuse. Cependant il faut la supporter avec paix et courage aussi longtemps qu'il plaira à Celui qui nous l'a donnée. Le mieux est de se remettre aveuglément entre ses mains ; on n'est bien que là, et c'est là que seront les élus pendant toute l'éternité. Mettez-vous de plus en plus sous la protection de la très-sainte Vierge ; elle est pour nous une source intarissable de grâces .
Voici ce qu'on m'écrit de Paris au sujet de mes deux derniers petits écrits (1) : « Les clameurs sont violentes, comme « de raison; car on a si peu de foi de nos jours, qu'on ne (( peut pas supporter, et que par conséquent on ne veut pas « être forcé d'apercevoir les conséquences de la vérité, qu'on « ad7net plutôt qu'on n'y croit. Le Constitutionnel du 5 con- (( tient un article fort remarquable sur votre brochure du « Sacrilège. 11 avoue que tout catholique conséquent doit «admettre vos raisonnements; puis, en les combattant, il « fait voir assez effrontément que la religion catholique n'est (( pas la sienne. Mais, hélas ! elle n'est pas non plus, dans ce « sens, celle de la plupart de nos lâches chrétiens. »
Quand on ne peut faire plus, il faut protester; et les protestations contre les hommes sont au moins aussi nécessaires de nos jours que celles contre les choses, car ce sont les hommes qui rendent le mal plus séduisant et plus dangereux.
(1) Sur le projet de loi sur le sficrllége.
Priez pour moi, mon cher papa; je prierai pour vous de tout mon cœur. Je vous embrasse tendrement.
Votre fils.