A M. Klie
Paris, 2 octobre 18o3.
J'ai reçu à la fois, mon cher Elle, votre lettre du 30 décembre et l'excellent pâté qu'elle m'annonçait. Mon regret est que nous ne puissions le manger ensemble, en causant de toutes choses et quibusdam aliis. Car c'est tout ce qui nous reste en ces tristes temps, que l'écharge des pensées à huis-clos, au milieu du silence de cette grande tombe qu'on appelle la France. Gomme toutes les tombes cependant, elle renferme un mystère de vie, L'avenir que Dieu destine au monde y germe en secret, etriiumanité aura s-a résurrection i;lorieuse, éclatante, un de ces printemps divins qui marquent, pour les ôlres indéfiniment progressifs, les phases successives de leur évolution dans l'éternité.
Je me réjouis que vous ayez peu de temps désormais à passer dans l'espèce de marais stagnant où l'on vous avait relégué. Votre vie y ressemble à celle des pauvres pêcheurs dans les froides brumes des bancs de Terre-Neuve. Il est bien juste qu'enfm on vous rende un peu du soleil. Si vous ne pouvez pas être employé ici, je désire au moins qu'on vous en rapproche le plus possible, et dans un lieu placé sur le trajet de quelque chemin de fer. Ce serait une très-bonne nouvelle à me donner,-que celle de l'accomplissement de ce vœu.