‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 36 sur 180 · rabbr X · texte numérisé non relu

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Le 6 décembre 1827.

Je réponds à la fois, mon cher ami, à vos deux lettres du 26 novembre et du 3 décembre. La dernière contenait le bil-

let du Père Brzozowksi, à qui je désirerais que vous ou M. Waille écrivissiez, pour lui expliquer un peu ce qui se passe en France, et comment j'attends pour lui répondre que j'aie lu son travail sur les Sept propositions. Je conçois l'embarras de la rue de S., mais vous verrez qu'il n'en résultera que de l'humeur, des intrigues, de petites noirceurs dévotes, €t que tout ira comme auparavant. Mais, hélas ! ce ne sera pas long. Je doute qu'il leur reste deux ans d'existence. L'article de Mahony venait assez bien après le premier ; mais c'en est assez sur ce sujet, qu'il parle d'autre chose. N'oubliez pas à votre loisir l'examen des propositions ; cela me paraît indispensable.

Les embarras de la personne qui me devait de l'argent, me déconcertent beaucoup. Il faut qu'elle ait bien mal administré ses affaires. Causez-en avec les personnes qui s'intéressent à «lie et à moi, et tâchez de savoir à peu près quand je puis compter sur quelques rentrées de côté-là. Je crains que vous ne souffriez de ces retards.

Je crois qu'il sera bon de donner la traduction envoyée de Genève, des articles de VAmîco cVItalia sur la Controverse pacifique, en y joignant un préambule. Cet homme avait annoncé le dessein d'abolir dans son diocèse la liturgie romaine ; il serait bon de savoir s'il l'a exécuté.

Yoilà la fin du troisième livre. Je vous remercie de la complaisance que vous avez d'aider M. Gibon. Cependant ne quittez pas, pour cela, des travaux plus importants. Ces pauvres réflexions misérables ne valent pas la peine que vous en prenez.

Chargez-vous, s'il vous plaît, mon bon ami, de nos compliments pour monsieur et madame O'Mahony. Je souhaite que le nouveau-né ressemble à ses parents. Ils pourront lui dire :

Discite virtulcm ex me, fortunam ex aliis.

Car, si les chrétiens peuvent et doivent aspirer à Tune aujourd'hui, ils n'ont rien de mieux à faire que de renoncer de bonne grâce h l'autre.

Je doute un peu de la démission des trois ministres, à moins qu'ils n'y voient un moyen de ménager leur position dans l'avenir; dans tous les cas, je doute encore plus qu'on l'accepte en ce moment à cause de la difficulté de les remplacer, jusqu'à ce que les choses ne soient mieux éclaircies. M. de Villèle paraît s'arranger pour donner une violente secousse à l'État. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrai, car j'en suis toujours à mon quod facis, fac citlus. Le Frayssinous laissera l'Église dans une belle situation. Comment cet homme peut-il dormir? Ce sont ces sommeils-là qui sont effrayants.

Je n'ai point de nouvelles de mon frère, que je n'attends pas ici avant le mois de janvier. Ma santé n'est pas mauvaise, sauf que je souffre d'un clou à l'épaule. Du reste je ne sais pourquoi il me semble que je n'ai pas longtemps à souffrir, il y a quelque chose en moi de singulier et que je ne saurais peindre ; c'est comme une impuissance de me sentir vivant. Avec cela je suis plein de misères qui m'effraient. Que faire? se jeter les yeux fermés entre les bras de la miséricorde. In te Domine^ speravif

Mille tendresses à tous nos amis. Je vous embrasse ex in- Umis visceribus. Priez pour moi.

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