Au même
Genève, 30 mal 1824.
J'ai reçu ta lettre du 23, c'est probablement la dernière que je recevrai ici. Je t'ai écrit le 28 par une occasion particulière, en t'envoyant pourDenys une traduction de.V Imitation qu'il m'avait prêtée.
Je joins à ma lettre une copie figurée des signatures de la lettre des sauvages au Président du Congrès, pour lui demander des ministres jésuites ; on ne peut pas mettre les figures dans le Mémorial, mais on peut y mettre les noms. Je
ŒUVRES INÉDITES ni- LAMENNAIS 7
suis bien peiné du vol qu'on a fait à ce pauvre journal. Gomment se fait-il qu'on n'ait pas mieux choisi les employés? Le dernier numéro était fort hon ; peut-être Mahony est-il un peu aigre contre les personnes. 11 faut éviter cela, autant que possible; cela nuit à la dignité.
M. Yuarin a enfin reçu une lettre du bon évéque de Metz; mais il ne lui parle point des frais de ses deux voyages. Ce serait à l'abbé Perreau de terminer cette affaire, qui ne fait pas d'honneur à son chef.
Ce que tu me dis de la première communion d'Ange me fait grand plaisir. Je l'embrasse tendrement ainsi que son frère. L'évoque de Tulle ne pouvait pas avoir une meilleure idée; j'espère qu'on ne le fera pas attendre. Il faut se hâter de saisir les occasions de sauver au moins quelques diocèses, car, qui sait ce que cela deviendra? J'ai envie de savoir le résultat du voyage de l'évêque de Saint-Brieuc. Si Dieu permettait qu'il eût la même pensée que celui de Tulle ! si Saint-Brieuc et Rennes avaient des évêques qui s'entendissent, des évêques zélés et capables, ils feraient des merveilles en Bretagne. Sans cela la religion y déclinera journellement.
N'oublie pas de rappeler à Saint-Yictor l'envoi de livres que je l'ai prié de faire à M. le curé de Genève, c'est-à-dire, un exemplaire complet de V Essai avec la Défense,
60 exemplaires des tomes III et IV.
50 id. de V Imitation, papier ordinaire.
10 id. id. papier vélin.
20 i d . de \^ Journ ée du ch rct ien .
Il fera mettre dans le ballot, qui devra être timbré à la
douane, une note de son contenu, dans laquelle on indiquera
le prix qu'on doit vendre V I m itationei la. Journée du eJnr tien,
rendues à Genève. Si tu peux me procurer des messes pour
faciliter l'écoulement de V Essai parmi les ecclésiastiques, tu m'en préviendras, afin que je prenne les arrangements convenables.
J'espère beaucoup du succès de l'affaire avec Saint- Victor. Il paraît aussi certain qu'une chose de cette nature puisse l'être. Je crois qu'on obtiendra dès cette année des résultats importants. Il sera bon que tu t'occupes, sous ce rapport, de la Bretagne, pour la rentrée des classes. Si l'on pouvait y introduire les thèmes grecs, ce serait un grand point. L'exemple des principales écoles ecclésiastiques pourrait y servir beaucoup.
Je te recommande aussi mon affaire avec Méquignon. Il m'importe qu'elle finisse enfin, et avant qu'il y ait lieu de réimprimer le premier volume. Fais tout ce que tu pourras pour qu'elle soit terminée avant ton voyage du mois d'août. La plus grande difficulté, c'est ce qui reste des Réflexions, qu'on ne vendra jamais.
Malgré l'infamie des élections, la session présente ébranle extrêmement le ministère. Son règne ne saurait désormais être fort long. Mais qu'aurons-nous après? Rien de pis certainement. Mais quoi? Je l'ignore; je ne conçois aujourd'hui la possibilité de quoi que ce soit. Il faut que cette boue fermente pour qu'il en sorte quelque chose de moins impur. Il faut de nouvelles leçons, de nouveaux châtiments. Il faut ce que Dieu seul sait.
Après la nomination du Pape actuel, le cardinal de Glermont-Tonnerre, sans doute d'après ses instructions, se leva et
dit : Au nom de Sa Majesté très-chrétienne^ je proteste On
ne le laissa pas achever. Tous les cardinaux s'écrièrent : Taceatf Habemus Pontificem; ei sur-le-champ ils se rendirent à la chapelle du conclave pour introniser le nouveau Pontife. Malheureusement sa santé no lui permet presque pas de s'oc-
cuper d'affaires, et rien ne marclie. J'ai eu sur ce pays-là de tristes renseignements, et cela me confirme dans l'idée que le monde doit encore passer à travers de grands maux.
Il n'y a rien à craindre à l'égard de la sûreté des routes en Italie. Il est rare qu'on soit attaqué, et on ne l'est jamais qu'au-delà de Rome. Ainsi, sois sans inquiétude.
M. Vuarin vient de me dire que notre départ était encore renvoyé d'un jour. Gène sera donc que le mercredi 2 juin. Nous irons coucher à Ghambéry, et de là nous nous rendrons à Turin, et de Turin à Gènes. Ge ne sera que dans cette dernière ville que nous saurons ce qui a été arrangé pour notre logement à Rome. Je m'attends bien que le reste de notre voyage ne sera guère plus amusant que le commencement. Quand on voyage pour voir et pour se distraire, il ne faut pas se rendre dépendant d'un homme fort occupé, et qui ne pense, comme de raison, qu'à ses affaires. Je n'aurai pas à certains égards perdu mon temps; mais c'est tout ce que je puis dire. Je t'embrasse de tout mon cœur.