A rabbéJea
Juilly. 26 juin 1831.
M. Combalot doit aller bientôt à Rennes, et de Rennes à Morlaix. Il désire beaucoup te voir dans ce voyage, aflnde te dire ce qu'il a fait et, à ce qu'il paraît, avec succès, pour nous procurer le moyen de nous loger et de vivre à Paris. Son zèle et son attachement sont parfaits et à toute épreuve (l\ Je lui écris ce jour, chez madame de Vaufleury, où il s'arrêtera pour lui faire toutes les recommandations convenables sur la discrétion à garder pendant son séjour à Rennes.
Il ne sera pas nécessaire que tu m'envoies la lettre pour l'évèque de Dijon. Les trois jeunes gens de ce diocèse qui se destinent pour l'Amérique, obtiendront, à ce qu'il paraît,
(1) L'abbé Corabalol a publié deux lettres d'insultes à F. Uimennais. qu.ind il fut coiuliunné par Home. 11 petisi sans doute qu'il n"en fallait pas moins pour se faire panlonuoi- son zèle ullia-calholique.
sans difficulté leur excorporation. Je suis fort content de leurs lettres. Mais n'est-il pas étrange qu'on n'en reçoive aucune de l'évoque de New -York ?
A ton premier voyage à la Chênaie, n'oublie pas de faire faire le partage du linge d'Eugène et de celui de Léon. La part de celui-ci doit être adressée chez le père de Jourdain. Il faudra faire emballer celle d'Eugène, de manière qu'en écrivant un mot à Marion, il puisse nous la faire sur-lechamp expédier à Paris. Je serai bien aise que tu me préviennes quand cette opération sera faite.
On a inséré dans VAvenir la note que tu avais envoyée à M. Gerbet, et Ton aura soin de se conformer à ta recommandation.
La mort de M. de Montalembert renverra probablement devant la cour des Pairs l'affaire de l'École (1). Si Ton gagne d'un côté à ce changement de juridiction, qui donnera plus de solennité aux plaidoiries, d'un autre côté, il s'ensuit un retard à mon avis très-fâcheux.
J'ai fait quatre longs articles qui paraîtront bientôt et sans intervalle dans VAvenir. Ils ont de l'importance comme développement de doctrine, à cause des idées nouvelles qui s'y trouvent et qui changent la face de plusieurs questions. Je les porterai dans deux jours à Paris. Nous nous portons tous assez bien, sauf les misères habituelles. Je te recommande instamment de ménager tes forces. M. Gerbet te dit mille choses tendres. Je t'embrasse de tout mon cœur.
(1) M. de Montalembert, M. Ch. de Coiix et l'abbé II. Lacordaire avaient été cités en police correclionnellc pour avoir tenu , rue des Bc;\ux-Arts, YecoJe libre, sans autorisation de TUniversité. La mort de son père appela M. de Montalembert à la pairie. La chambre des Paire constituée en cour de justice condamna, le 20 septembre 1831, les prévenus chacun à 100 francs d'amende.
2132. — Au mênic.
.Tiiilly, 27 août 1831.
Gaudin et Houet partent demain de Paris, pour revenir ici à la mi-octobre. G>;s Messieurs payent leur voyage. Il faudra de plus un professeur de seconde. Je pense que Genthon y sera propre, si nous ne le plaçons pas comme secrétaire de l'Agence (1), ce qui dépend de savoir si l'évoque de Gap permettra à l'abbé de James de venir remplir cet emploi. Nous saurons prochainement à quoi nous en tenir à cet égard.
Je te- recommande instamment de former des frères ; il n'y a point de bon établissement sans cela. Je compte sur les deux que tu m'as promis. Il nous en faudrait un troisième pour aider la cuisinière ; il apprendrait, chose essentielle, la cuisine en môme temps.
Nous serons en commençant vingt-deux personnes dans la maison de Paris, y compris quatre domestiques. Quatre ou cinq autres sujets demandent à venir, mais avec des circonstances indépendantes de leur volonté, qui rendent incertaine l'issue de leur projet. Dans cette position, je ne vois pas le moyen d'en faire venir d'autres de Bretagne, à moins que tu ne puisses trouver des ressources pour payer leur dépense à Paris. Et cependant le noviciat de Malestroit(2) me pèse plus que jamais. Cette maison nous a fait beaucoup de mal, et nous
^l) \S Agence générale pour la défense de ïa liberté' religieuxe îivait été foncléo par Laim-miais. Le consoil do ruf^ence (Mail composé ainsi ([u'il suit : F. Lamennais, présidonl; MM. lîailli do Surcy, C. de Coux, Pli. Lleibcl , H. LacordaJi'C, coiulo (]h. do Mctnlalendjort, A. do Salinis.
(2) Maison dô[)ondant do la oon^rég-alion formôo pu* Lamennais dans le but de propager ses doflrino-s philosophiques et religieuses.
en fera tant qu'elle durera, faute d'hommes capables de la conduire et parce que la difficulté est toujours plus grande pour réformer que pour établir. Si tu pouvais seulement nous donner une centaine de louis, nous prendrions les trois jeunes gens qui sont à Saint-Meen ; ceux-là au moins seraient sauvés. Tu verras ce qu'il est possible de faire à cet égard. Les charges sont grandes partout et les ressources bien faibles. Toutefois le premier intérêt de la congrégation est de soutenir la maison de Paris.
Je m'applaudis de plus en plus que l'affaire de Juilly ait manqué. Sans parler des études et de la discipline, sur lesquelles nous n'aurions eu aucune influence réelle, il est impossible d'imaginer une plus mauvaise, ou plutôt une plus folle administration. Il me paraît presque impossible que cette maison ne finisse par tomber. Je t'embrasse de tout mon cœur.