Au même
La Chênaie, le 21 octobre 1832.
Je suis surpris de n'avoir pas encore reçu ta réponse à la lettre dans laquelle M. Gerbet t'en envoyait une de Marseille, signé e Constantin, y diiiQïià^ ton avis pour y répondre. — On m'écrit de Rome que notre soumission y produit un effet merveilleux, que le Pape est ravi, et en parle à tout le monde; que, d'un autre côté, on fait circuler la censure des évêques, et que Frayssinous se donne beaucoup de mouvement pour cela. Dans la transformation sociale qui s'opère, et dans l'état des esprits qui se détachent de plus en plus de l'Église telle qu'elle
est, il me paraît impossible que celle-ci devienne C(; qu'elle doit ôtre, sans de grands déchirements. 11 y aura dans son sein une lutte terrible, et la passion aveugle qui nous poursuit est le commencement de cette lutte. Ces gens-là ont l'instinct d'un changement qui se prépare, et le craignent et le combattent partout où ils aperçoivent quelque chose qui n'est point le passé. Rome même, sans qu'elle s'en rende rompte, s'inquiète de l'avenir inévitable. Il y a plus dans notre affaire que ce que tout le monde y a vu. Chose étonnante, on ne peut se tenir dans les anciennes idées sans contribuer, au moins passivement, à la mort du catholicisme; et l'on ne peut sortir de ces anciennes idées sans tourner contre soi tous les chefs de la hiérarchie catholique. Dieu sait comme cela finira. Voilà une lettre pour David, qu'on m'a envoyée de Paris. Il me tarde bien de te ravoir. Tâche de venir
à la Toussaint.
Tuisslmus in Christo.
.'M 7. — .1 /''. Lamennais.
Pamiers, le 28 octobre 1832.
Monsieur l'abbé,
La lettre honorable que j'ai reçue de vous, souscrite par les généreux émules de vos glorieux travaux, me flatte audessus de toute expression.
En m'intéressant. Monsieur Tabhé, aux succès de vos immenses entreprises pour la défense de la foi de nos pères, attaquée de nos jours par toutes les forces réunies de l'enfer, j'ai voulu, en quelque sorte, satisfaire au cri de ma conscience, en môme temps qu'à une partie do l'infinie reconnaissance que vous devront à jamais les catholiques de tous les pays.
Votre déclaration si prompte, si simple, si franche, si respectueuse, publiée d'après le désir, présumé, je crois, plutôt que formel, du Chef suprême de TÉglise, déclaration qui n'est d'ailleurs que l'expression fidèle des sentiments et des principes qui se manifestent à chaque page de vos sublimes écrits, vous élève, Monsieur l'abbé, au jugement de tout être qui sait penser, de toute la hauteur que vous voudriez pouvoir descendre, sans manquer à la foi; ou plutôt elle vous maintient dans le titre d'éminemment catholique, titre bien supérieur à celui de premier génie du siècle, que personne n'a pu vous disputer ; voilà les consolations que vous emporterez dans votre retraite.
Cette retraite. Monsieur l'abbé, ne sera pas de longue durée ; bientôt, j'en ai le plus vif pressentiment, oui, bientôt, mais après une courte et vive tourmente, les catholiques, pêlemêle avec les fauteurs de tout désordre de quelque genre qu'ils soient, iront, la rougeur sur le front, vous arracher à votre solitude, pour rétablir dans toute sa splendeur le fanal qui paraît avoir été destiné par la divine Providence, dans les derniers temps, à éclairer et à conduire les fidèles à travers les nombreux écueils de la mer si houleuse de ce monde.
Yotre digne ami, M. Combalot, qui nous a tous charmés et enlevés dans une retraite ecclésiastique, la plus belle et la plus féconde en heureux résultats qui ait jamais été faite ici, nous a fait comprendre tout ce qu'il était possible d'espérer d'un sujet formé par un si habile maître : il vous aura dit, sans doute, combien je m'estimerais heureux de pouvoir être utile ou agréable à vous, Monsieur l'abbé, ou à quelqu'un de messieurs vos dignes collègues.
Je vous supplie de leur faire agréer à tous en général et à chacun en particulier rhommage de mon respect et de ma vive reconnaissance.
ŒUVRr-S INÉDITKS DE LAMK.N.NAIS \'2*.)
Je ne sais si M. l'abbé Combalot, qui est bien éloquent, aura pu l'ôtre assez pour excuser auprès de M. l'abbé Gerbet un silence qui a pu paraître du moins bim extraordinaire, s'il n'a pas été sauvage.
Je suis avec vénération, Monsieur l'abbé, votre très-humble et très-obéissant serviteur.