‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 67 sur 180 · L.-C.-r., Évoque de Pamiers · texte numérisé non relu

L.-C.-r., Évoque de Pamiers

.'H 8. — A l'dbbc Jean.

La Cliènaie, le 2 février 1833.

Nulles nouvelles de Benoît (l). Après le jugement de la cour royale confirmatif de celui du tribunal de commerce, Montalembert l'alla trouver; il lui dit que ce jugement était inévitable tôt ou tard, qu'il était la suite de la première procédure, indépendante de celle qui a été suivie depuis la demande en cession de biens, et que par conséquent il ne fallait pas s'en inquiéter; qu'il croyait qu'on arriverait toujours il une transaction avec La Bouillerie, mais que ce serait long et qu'ainsi il me recommandait de prendre patience. C'est en effet tout ce qui me reste à prendre, depuis qu'on m'a pris tout le reste (2).

(!) M. Benoîl-Champy, acluclloment prc'sidcnl du fi-ibiinal eu il de la Seine.

(2) En 182 }, M. do Sainl-Viclor et M. de Itiinneville étaient propriétaires en commun d'une librairie que le premier avait fondée à Paris, sous le nom de Librairie classique élémentaire. On avait espéré \\n succès prompt et facile ; cependant les rentrées ne se faisant pas, M. de Uainiieville déclara à M. de Saint-X'iclor qu'il ne se mettrait plus en avance de fonds; il avait déjà déboui-sé plus de 120,000 francs. M. de Saint- Victor était très-lié avec Lamennais, qu'il avait connu au Conservateur et dont il avait été le collaborateur au Déftnseur et au Drapeau blanc; il lui fit part de ses emban'as, et Lamennais mit à sa disposition une somme de cent-vingt et quelques mille francs, dont une partie servit à désintéresser ^L de Uuinnoviile ijui s.î retira de la société. Un traité intervint entre M. de Saint-Victor et Lamennais ; il contenait les stipulations suivantes : l** M. de Saint-Victor restait seul chargé de l'administration de la librairie suis (juc I^imennais eût le droit de s'en mrler en aucune manière; 2-^ ce dernier ne pouvait

M. de Ceux partira pour Londres vers le i 5 de ce mois. On ne voit point jusqu'ici de quel côté l'affaire pourrait man-

être tenu à d'autres fonds que ceux déjà versés par lui; 3° il devait partager les bénéfices. Peu de lemps après, M. de Saint-Yiclor persuada à Lamennais qu'il avait besoin d'un crédit pour faire marcher l'affaire. Lamennais était en relation depuis longues années avec M. Cor, qui avait alors une maison de banque à Paris, conjointement avec M. Larigauc'elle. Cette maison ouvrit à M. de Saint-Victor un crédit qui ne devait point excéder 100,000 francs, et était exclusivement applicable à l'opération faite en commun. Les banquiers demandèrent sa garantie à Lamennais qui écrivit sous leur dictée la lettre suivante, en date du 17 octobre 1823 : « Ainsi que nous en sommes convenus verbalement, je viens vous répéter que je me rends personnellement responsable envers vous de toutes les opérations de prêt et de banque que vous ferez avec M. de Saint- Victor, m'obligeant solidairement avec lui à vous rendre indemnes de la suite de toutes ces opérations dans le cas où M. de Saint-Victor ne se libérerait pas lui-même envers vous. »

Les banquiers ne s'en tinrent pas aux 100,000 francs qui étaient plus que suîfisants pour les besoins de la librairie, somme que, dans son inexpérience des affaires, Lamennais n'avait pas eu la précaution d'exprimer dans sa lettre de garantie. Ils appliquèrent à cette lettre la créance antérieure et personnelle de M. de Saint- Victor et lui fournirent ensuite les fonds qu'il leur demanda et qu'il employa à diverses opérations, de sorte que Lamennais, à son retour de Rome, en 1824, apprit qu'il était débiteur solidaire avec INI. de Saint- Victor, de 273,236 francs, dont il n'avait été affecté aux dépenses de la librairie que 34,318 fr. 46 c. Il demanda des explications et des comptes. D'explications il n'y en avait pas de possibles ; quant aux comptes, on en produisit ; mais M. de Saint-Victor fut obligé de reconnaître qu'ils contenaient au préjudice de Lamennais des erreurs considérables, et que la comptabilité en désordre de l'établissement ne permettait pas de constater. Il résulta de cette situation que Lamennais était créancier de INI. de Saint- Victor d'environ 400,000 francs, et débiteur de la maison Cor et Larigaudelle de près de 300,000 francs. Il fallait régler avec l'un et avec l'autre.

La librairie était le seul gage de Lamennais, et il se la fit remettre par M. de Saint-Victor, au moyen d'un traité conclu d'abord avec les banquiers ; et commr-j après cela, il restait encore créancier de M. de Saint-Victor, on convint que les comptes seraient définitivement réglés par un arbitrage. Les arbitres furent M. Berryer, pour Lamennais, et M. Nicole, proviseur de Sainte- Barbe, pour M. de Saint-Victor. Le résultat de leur sentence fut de constituer celui-ci débiteur : 1" d'une somme de trente et quelques mille francs qui ser\il à désintéresser un créancier de l'établissement, nommé Corbillet; 2° d'une autre somme estimée à environ 15,000 francs, mais dont la quotité exacte devait être fixée par un second arbitrage. Avant qu'il eut lieu, M. de Saint-Victor quitta la France sans y laisser de propriété, et la scrrme indéterminée dont il était reliquataire n'a jamais été payée.

M. Ange Blaize, mon père, avait avancé plus de 200,000 francs pour l'acquiltement d'une partie des billets souscrits par M. de Saint-Victor au profit des banquiers; ceux-ci, pour assurer le paiement du reste de leur créance, prirent un intérêt dans la librairie dont la direction fut donnée à un homme désigné par eux, qui eut la signature et par lequel furent renouvelés les billets non acquittés de M. de Saint-Victor. On n'avait pas voulu vendre immédiatement la libraiiio, parce qu'il était nécessaire d'achever divers ouvrages dont les clichés étaient commencés, et d'attendre une occasion favorable. Le frère de Lamennais et un de ses amis, M. de Musigny, l'aidèrent aussi dans celte circonstance, ce dernier en

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quer et cependant il ne croit pas au succès, par l'unique raison que les avantages seraient trop grands. Je suis de son avis.

lui pfèlanl 20,000 francs saiw iiitéict. L'js arranf,'f'm(Mil3 avaient ùU'. pris vei-s la fin de 182», et ils (lurtMi'iit i peu prcH trois ann«'rof<, jiis(iu'cn IH27. Dans l'inlorvallc, et ù mesiii-e qu'il rentrait des fondï* à lu libniirie, les billets restants de M. de Saint-\'ictor lurent .succcasivement ac(piittés ; mais l'Iiomme de confiance de MM. Cor et Larigaudelle se contentait de faire constater le versement des fonds par le loniplc courant des deux maisons, et les billets ac(j[uiltés restaient dans le portefeuille des banquiers, exposés à être mis en circulation. MM. Blaize et Lamennais, tous lieux absents de Paris, écrivaient qu'on retirât les billets. On ne voulut pas y consentir; on menaça môme d'exi{?er tout d'un coup la totalité de ce qui restait dû, si on poussait les choses jusqu'au bout.

Sur ces entrefaites, la maison Cor et Larigaudelle ([ui avait fait des opérations malheureuses, éprouva une très-grande génc et en instruisit .\L de La BouilJerie, lié précédemment d'afiaires avec elle. Celui-ci entreprit de la soutenir. On a dit qu'il y eut entre eux, à cette époque, une espèce d'acte d'association, dont l'existence réelle a été plaidée depuis par les créanciers de ^LM. Cor et Larigaudelle. Ce ((ui est certain, c'est que ÏNL de La Bouillerie plaça chez ces banquiers un homme à lui, nommé Raboticau, pour prendre connaissance de leurs affaires et conserver principalement les valeurs en portefeuille qull considérait comme sa garantie. Au bout de peu de semaines, l'état désastreux de cette maison de baiique ayant été constaté par son agent , M. de La Bouillerie dut renoncer à lui venir en aide. Peu de jours avant qu'elle suspendit ses paiements et la veille même, MM. Blaize et Lamennais réclamèrent la remise des effets acquittés; M. Larigaudelle, à qui ils s'étaient adressés, trouva des prétextes pour remettre au lendemain. Le lendemain, les billets de ^L de Saint-\'ictor acquittés et non acquittés n'étaient plus dans le portefeuille, non plus que la lettre de garantie écrite en 182i par Lameimais. ^L Larigaudelle avait endossé tous ces billets sans distinction à l'ordre de M. de La Bouillerie, et lui avait remis en même temps la lettre de garantie. Nous iiimons à croire que M. de La Bouillerie, en recevant ces v;ileui-s en paiement de ce qui lui était dû par les banquiers, ignortiit les circonstances que nous venons do faire connaître. Lamennais prolesta contre Tabus dont il était victime ; mais plutôt que d'engager un procès qui lui répugnait à cause de sa position persoiinello, il aima mieux payer une seconde fois ce qu'il avait déjà soldé.

Il fut décitié alors ((ue l'on vendrait la librairie classique. Comme d'autres ami?; de Lamennais, le barun de VilroUes se mit en quête de capitalistes et chercha raie combinaison dans laquelle devait entrer le baron Trouvé et M. de La Bouillerie; ses démarches naboutii-ent pas. Plusieurs acheteurs se présentèrent. M. de La Bouillerie fut hivité à prendre des informations sur chacun d'eux et ses renseignements concordant avtic ceux (jui avaient été fournis à Lamenmiis, on doiuia la préférence à MM. Belia-Mandar et Devaux. Pour opérer la vente, il fallait le consentement de tous les propriétaires, par conséquent celui de MM. Cor et Larignudelle; on l'obtint par un sacrifice d'environ l."l,OUO francs. Le prix de vente fut de >00,U0() francs eti totalité, dont 200,000 francs en argent ou en billets à diverses échéances, et :iOO,000 francs en commandite. Liunennais avait alors ([uaîiv crénnciei-s : M, Blaize, l'abbé Jean, M. île Musigny et M. de La Bouillerie. Au moyen de sa vente il se liquida :

1" Envers son beau-frère, par l'intérêt en commandite dans la nouvelle maison de librairie, moins 20,000 francs dûs encore à M. de llainneville, et par la vemise ([u'il lui lit d'un billet de 20,000 friuics des mêmes libraires. Notons t')utefois que rinlorèt de 200,000 francs dans la commandite était donné à M. Blaii^e, à

Marion est ici; il aura au moins 300 fr. à te remettre, et probablement plus, à ton premier voyage. Il faudrait que je susse exactement , plusieurs jours à l'avance, le jour de ton arrivée, afin de le faire prévenir.

Il paraît qu'on liquidera difficilement les affaires de V Avenir et celles de V Agence. Tout cela était au fond fort mal administré. M. de Gouxva publier un ou deux cahiers de son Cours d'économie politique^ et M. Gerbet deux ou trois nouvelles Conférences. Il est obligé de prendre ce parti, pour satisfaire à plus de 2,000 fr. de dettes envers ses souscripteurs.

titre de garantie ; Lamennais devant, après paiement, rentrer dans cette valeur ;

2» Envers son frère, par un règlement en espèces, fait par les libraires au moment de la vente ;

3° Envers M. de Miisigny, par des billets des libraires ayant pour origine la vente des ouvrages de Lamennais, dont il avait conservé la propriété. ^L^i. Belin-Mandar et Devaux s'étant réservé ccllevente, moyennant une remise de 15 p. 0/0 comme condition de leur acquisition de la librairie ;

4" Envers M. de La Bouillerie, par diverses valeurs et par trois billets chacun (le oO,000 francs, à diverses échéances , plus les coupons d'intérêt de ces mômes billets. Ces derniers furent souscrits par Lamennais, d'après l'avis de M. Bcrryer, son conseil, et dans la persuasion qu'il n'en résulterait pas pour lui un engagement de nature commerciale.

Or, de ces trois billets, deux furent successivement acquittés. Restait le troisième. En 1830, la maison Belin-Mandar et Devaux ayant suspendu ses paiements et n'ayant donné qu'un dividende de 30 p. 0/0, payable en six années, M. de La Bouillerie réclama à Lamennais la différence. Celui-ci, d'accord avec mon père, créancier au môme titre que M. de La Bouillerie, d'une somme de 20,000 francs, et avec M. de Musigny, également créancier, lui offrit un privilège sur toutes ces valeurs, de manière à ce qu'il fût le premier intégralement payé au fur et à mesure de la liquidation. Les seuls ouvrages de Lamennais représentaient une valeur supérieure à la créance do M. de La Bouillerie, mais non réalisable immédiatement. M. de La Bouillerie refusa cet arrangement et exerça contre Lamennais des poursuites rigoureuses. Il obtint contre lui, en 1832, un jugement entraînant la conli'ainte par corps, et voulut même le faire dédarer en faillite, sous prétexte qu'il s'était livré à des opérations de commerce. On a vu par quel enchaînement (le circonstances malheureuses, et en quelque sorte fatales, il s'était trouvé dans le cas de signer des billets dont pour partie on exigeait une seconde fois le paiement. Enfin cette triste affaire dans laquelle Lamennais fût victime de la confiance (iu'il avait mise dans des amis au moins imprudents, se termina, le 3 avril 1833, par une transaction dont mon père paya le montant. Lamennais s'était longtemps refusé à ce qu'il fil de nouveaux sacrillces et c'est en quelque sorte malgré lui que mon père intervint encore cette fois. A cette occasion, M. Benoît-Champy, alors avocat près le tribunal civil de la Seine, et qui avait bien voulu se charger des affaires de Lamennais avec un dévouement auquel nous nous plaisons à rendre hommage, lui écrivait :

ŒLVUKS INKIUTRS I) F-! LAMENNAIS 1 3.'{

Eugène m'ayant prévenu que M. Corubalot avait imaginé de se mettre à expliquer ma i)hilosopliie aux jeunes gens qui se réunissent chez Montalemberl, j'écrivis à celui-ci pour le prier de dire à M. Comljalnt que cela me contrariait cxtrémementpar toutes sortes de raisons évidentes en soi et que j'expliquais. Là-dessus ce dernier m'a écrit la lettre du monde la plus impertinente, sous forme de sermon, m'exhortant à attribuer à mes misères personnelles le retard qu'éprouve le triomphe de la cause de Dieu, et me reprochant de vouloir m'attribuer le vimopole de la vérité.

Voilà tout ce qu'il y a de nouveau. Totus tuus in Christo.

« Je n'ai fuit qu'accomplir le vœu formel de M. Blaizc. C'est une lutte de gc- « nérositc et de noblesse qui s'était élevée entre vous; M. Blaize l'a emporté. « Peut-être sercz-vous irrité contre moi; mais quoique pénil)lc qu'il me soit de « vous avoir causé une seule Ibis en ma vie le moindre cbag-rin, je n'hésiterais « pas à recommencer si les choses étaient à faire. »

De ce qui précède, il résulte jusqu'à l'évidence que M. de La Bouillerie était créancier de Lamennais en son nom personnel. Or, voilà que M. Forgues aflirme qu'en 1832, il poursuivit Lamennais axinom de Vex-liste civile (1) dont il avait été l'intendant général. A quel litre? Une note du deuxième volume de la Correspondance l'explique: « M. de La Bouillerie n'était probablement pas en son nom tt personnel dans ces affaires de librairie. Il est infiniment plus raisonnable de « penser qu'il n'y était entre par ordre de son maître et vraisemblablement sur * les instances de M. de Vitrolles, — que pour dégager la position de Lamen- « nais ruiné par la faillite Saint-Victor. » 11 faut, en vérité, avoir bien peu de respect pour le caractère de Lamennais, pour se permettre une telle impulaliop, CommcMit affirmer d'abord, sui)pos(>r ensuite (pfengagé dans une lutte ardente contre le gouvernement, il eût consenti d'acccpler un prêt d'argent de la bienveillance du roi? Un service de celle nature oblige les honnêles gens, et l'honneur eût imposé à Lameimais le devoir de s'abstenir de toute polémique hostile, au moins jusqu'après règlement de compte. Loin de là, son opposition devient de plus en plus vivo, et, en iS.'JO, il se prononce pour l'expulsion de Chai'les X et do sa dynastie. C eût été, il faut l'avouer, une singulière manière d'ac(iuitter sa dette. Il était facile copondanl à M. Forguos de se renseigner auprès de M. Beiryer et de M. Benoit-Champy, mais il lui fallait, avant tout, nietli-c en i-clief la pci-sonnalité de M. de \itrolles, et l'essentiel était d'essiiyer de le relever en rapprochant son nom de celui de Lamoiuiais. La mémoire de mon oncle, giàces à Dieu, est à l'abri de ces atteintes.

(I) Corrospoiulanoo, t. I-'', p. S*).

Rome, G mars 1833.

A. peine arrivé à Rome le 3 de ce mois, qu'en allant à la poste j'ai eu une surprise bien agréable d'y trouver une lettre de vous et une de Montalembert, et je m'empresse d'autant plus à vous répondre, qu'outre la tendre amitié et le profond respect que je vous porte, il m'est urgent de vous donner quelques renseignements sur ce qu'on appelle la carte du pays, et que d'ailleurs j'ai conféré avec vos deux plus tendres amis qui, vu leur position, sont bien aises de vous faire savoir certaines choses par mon entremise. Ainsi désignés, vous vous doutez facilement de qui il est question.

Yous vous trouvez maintenant dans une position inattendue, et que l'état déplorable dans lequel se trouve FÉglise peut seul expliquer. Défenseur ardent du Pontificat, vous en êtes repoussé, et une politique timide et mondaine, méprisée par ceux-là même qui en profitent le plus, a placé un mur de séparation entre vous et ceux dont la peur est l'unique idole. Que vous dirais-je?les choses en sont venues au point qu'on peut s'attendre à tout et que sans l'intervention expresse de Notre-Seigneur, il peut résulter un grand scandale même dans la doctrine. La Russie reste maintenant tranquille, car elle a obtenu tout ce qu'elle a voulu (1), elle a avili la Paipauté, et maintenant c'est en son nom. qu'elle confisque les domaines ecclésiastiques, chasse les religieux de leurs couvents pour y placer des moines schismatiques, abolit nos chapelles, soumet tout sermon catholique à la consure et

(1) J^ bref anx (^vcquc polonais, dans lequel Grégoire XVI, en 1832, condamne la glorieuse et patrioliquc insurrection comme une révolte contre rautorilé légitime, et vante la magnanimité de l'empereur Nicolas,

défend de le dire sans son approbation, déclare que tout domaine religieux retournera aux héritiers et descendants des fondateurs, s'ils veulent embrasser le schisme et un million d'écus. Mais l'ambassadeur d'Autriche et celui de Prusse ne cessent de se remuer pour obtenir du Pape votre condamnation nominale et expresse, et le Père Rosaven est le principal agent de cette intrigue, appuyée par plusieurs évèques français. Plusieurs fois le Pape a défendu de lui parler de cette aiVaire, mais on est venu à la charge, ce s jnt des perplexités perpétuelles, mais comme on a affaire à un vieillard imbécille, il est possible qu'on lui extorquera votre condamnation. Il vous faut donc attendre avec la plus grande patience, et éviter de donner la moindre prise sur vous. Vous n'avez pas d'idée de ce que c'est que le Sacré-Gollége aujourd'hui, il est impossible de descendre plus bas que ne l'a fait la dernière promotion. Excepté Vibri, les autres on n'en voudrait pas pour palefreniers. Où tout cela nous mènera, je l'ignore. Mais pour moi, qui suis indépendant et par ma fortune et par ma position personnelle, je vois des choses qui me font trembler pour l'avenir. Il n'y a plus ici ni probité, ni lumière, ni éclat; on ne peut plus rencontrer un cardinal sans être tenté de lui rire au nez. C'est donc le moment où nous devons prier Dieu avec le plus de ferveur, car la manifestation de sa grâce est prochaine, puisqu'il est clair que la foi sera anéantie ou qu'il y aura un miracle, et, comme catholique, je ne saurais douter que ce sera le miracle qui aura lieu.

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