Alt mémo
La CliOnaio, 2 août 1833.
Je reçois à rinstant ta lettre du 31 juillet, et j'y réponds à l'instant même. Mais, comme ma lettre ne sera que demain samedi à Rennes, et que tu devras être au plus tard lundi à Saint-Méen pour la distribution des prix, c'est à Saint-Méen que je te l'adresse.
Je m'attends, d'après ce que tu me mandes, à de nouvelles épreuves. Il y a longtemps que je ne vis que do cela, et ce n'est pas fini. La volonté de Dieu ! Je ne puis te rien dire de plus, ne sachant rien des choses que tu auras à me communiquer. J'attends avec grande impatience ton arrivée ici.
L'abbé Gerbet a dû t'écrire au sujet de Guizot, et de Tordre donné par lui à l'Inspecteur de Bretagne d'examiner tes établissements avec une attention toute particulière. Voici
par ailleurs ce qif il m'écrit : n J'ai (Micore lurl peu entendu (( parler du bref, qui i:e paraît pas faire grande sensation.
« L'abbé Dumarsais est de retour à Paris. Il a emporté de (( Fribourj,^ une pauvre idée de la tète d'O... qui continue (( son journal. Les Jésuites de Fribourg le désavouent main- « tenant. »
Tout à tui bien tendrement.
'622. — Au même,
La Chônale, 4 août 1833.
J'ai eu la visite do mademoiselle Le Loutre et de M. Deshais. J'ai appris par l'un et par l'autre à quel point les esprits étaient montés dans le diocèse de Rennes, les propos étranges de Coëdro (l), ceux des autres missionnaires, ainsi que leurs projets qu'ils paraissent se plaire à publier hautement.
Dans cette position, j'ai dû nécessairement prendre un parti, et le prendre décisif, et le prendre promptement.
J'ai d'abord songé à ce que je devais à la Congrégation, et je crois satisfaire à ce devoir, et prévenir, autant qu'il est en moi, tout ébranlement intérieur qui compromettrait son existence, en adressant au Souverain-Pontife une nouvelle déclaration que j'envoie à l'évoque de Rennes (2) en le priant de l'adresser lui-mômc au Pape. Tu trouveras ci-joint ces deux lettres, et comme l'évéque devra être à Saint-Méen, quand elles te parviendront, il les recevra par toi et sans re-
(1) L'abbé C(JC'(lro, supérieur dos missionnaires de Rennes. Otle congrégation, fondée par l'abbé Jean, avait eu pour but, conune la maison de Malestioil, de répandre ilans le clergé les doctrines de Lamennais.
(2) Celle déclaration est du \*^^ août. X'oir les Affaires de Rome.
tard. Tu peux lui dire que, non-seulement je l'autorise à faire connaître ma déclaration, mais que je désire même qu'elle soit connue, et qu'il peut en conséquence en envoyer copie aux autres évoques, s'il le juge convenable.
Secondement, ayant reconnu l'impossibilité de faire aucun bien dans la Congrégation, à cause des dispositions de plusieurs de ses membres à mon égard, dispositions déjà anciennes, je crois, quoi qu'il m'en coûte, devoir faire le sacrifice de me séparer d'elle. Il est par malheur trop évident que j'y serais un sujet de division, et tout royaume divisé en lui-même périra. Mon dévouement a trouvé là la même récompense qu'ailleurs. Dieu l'a voulu ainsi : qu'il en soit béni. Je porterai toujours dans mon cœur ceux qui ne m'ont pas cru indigne de travailler avec eux à faire quelque bien : je pardonne aux autres. Peut-être pour calmer les esprits, sera-t-il à propos que l'évêque soit instruit tout de suite de ma détermination. Tu en jugeras. Dans tous les cas, elle nécessite des arrangements sur lesquels il importe que nous nous entendions le plus tôt possible.
Personne ne sait rien ici de ce que je te mande.
Il serait tout à fait convenable que l'évêque écrivît luimême au Pape en lui envoyant ma lettre, afm que celui-ci sache par quelle voie elle lui parvient, et voie par conséquent que je ne cherche point à franchir l'intermédiaire de l'épiscopat. Je t'embrasse tendrement.