‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 75 sur 180 · A M. Ange blaizc · texte numérisé non relu

A M. Ange blaizc

Paris, 3 août 1836.

Mon cher Ange, nous avons eu une vive inquiétude, qui heureusement sera beaucoup moindre pour vous, et je dois môme vous dire tout de suite que vous ne devez en avoir aucune. Vous savez que depuis assez longtemps, il se commet des vols nombreux dans les rues de Paris. Hier au soir, en revenant de chez M. Moullin, Ange (1) fut attaqué par six hommes, à trente pas de la maison, au coin de la rue de Bagneux. Il reçut d'un de ces misérables une blessure audessous de l'épaule droite à peu près à la hauteur de la clavicule. M. Richard et le premier chirurgien qu'on a pu trouver lui donnèrent les premiers soins. La nuit a été tranquille et sans aucuns symptômes alarmants. Ce matin, de trèsbonne heure, M. Bayle est venu le voir, et il s'est assuré par l'examen le plus attentif que la blessure n'était pas pénétrante. La poitrine est parfaitement libre ; il n'y a pas eu le plus léger crachement de sang , le pouls est à peine un peu plus vif qu'à l'ordinaire; en un mot, pas la plus petite indication d'une lésion interne. M. Bayle reviendra dans l'après-midi et le soir encore, pour ma tranquillité et pour la vôtre. Il est, quant à lui, sans aucune inquiétude. Je vous dis les choses comme elles sont. Soyez bien sûr que je ne voudrais vous rien dissimuler. Il paraît que l'instrument

(1) .\nge Blaize fils.

avec lequel on a frappé a rencontré une côte qui Ta repoussé au dehors. Ange voulait vous écrire lui-même quelques mots; je l'en ai empêché. Il a surtout besoin en ce moment de beaucoup de repos. Vous recevrez de ses nouvelles tous les jours. Mais, je vous le répète, M. Bayle est très-convaincu que la blessure n'a rien de dangereux, et que la guérison sera prompte. Je vous quitte pour me coucher, car j'ai passé une cruelle nuit. Je vous embrasse ainsi que Marie bien tendrement.

Votre frère.

Paris, 4 août 183G.

Mon cher Ange, la nuit a été très-bonne; cinq heures d'excellent sommeil, puis une heure encore ce matin, point de fièvre. Le médecin, que je viens de voir, n'a pas la moindre inquiétude. Il reviendra dans la journée, avec un de nos meilleurs chirurgiens, que j'ai voulu voir aussi, qui vint hier soir et qui confirma tout ce que le médecin nous avait dit. Il ne faut plus maintenant que de la patience, c'est-à-dire suivre le traitement de la plaie, qui devra d'abord suppurer pour que la cicatrisation ait lieu ensuite. C'est la marche naturelle et indispensable. Quoique chose que j'aie pu vous dire hier, je ne doute pas que vous n'ayez été très-inquiets. Toutefois je ne vous ai rien caché; je vous ai dit très-exactement ce qui est vrai, rien de plus, rien de moins, comme je voudrais qu'on fît pour moi-même. Ainsi confiance pleine et entière dans ce que je vous mande. Si, contre toute probabilité, il survenait quelque accident imprévu, je vous en avertirais sur-le-champ : mais rien de semblable n'aura lieu^

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les médecins en ont la conviction intime. Vous continuerez de recevoir des nouvelles tous les jours. Je vous embrasse tous deux.

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