XVIII MOTIN
telle ou telle pièce que lui attribuent les recueils satiriques, nous édifient sur la nature de sa liaison avec les plus fameuses courtisanes du temps. Mais comme il n'avait pas toujours lieu d'être satisfait de leurs procédés, sa verve railleuse les flagelle souvent d'importance. Il semble même, à lire la plupart de ces pièces oh le persiflage est la note caractéristique, que cette vie irrégulière lui ait inspiré plus de dégoût que de plaisir.
Chose bizarre ! Aucun de ces poètes satiriques, qui s'injurient si volontiers entre eux, ne l'a pris pour cible de ses quolibets. Pas un n'en parle. Régnier l'aimait beaucoup et lui dédia une de ses satires ; et j'ai retrouvé dans le Parnasse de Théophile, qui, chacun le sait, n'a pas été seul à composer ce recueil ordurier, une autre satire qui est adressée à Motin et dont je n*ai pu découvrir l'auteur ^
Cependant, bien que notre poète fréquentât pei^ les gens de lettres de son temps, il ne dédaignait pas de travailler avec eux à l'occasion. Du reste, ses devoirs de courtisan Vj obligeaient. L'Italie avait apporté en France la mode des ballets ; et cette sorte de divertissements avait pris un déveoppement extraordinaire sous le règne d'Henri IV.
I. Le Parnasse satyriqut a été publié en 1622, et Motin est mort en 161 2 au plus tard : est-il possible que Théophile lui eût adressé si longtemps à l'avance cette épître ? A vrai dire, Théophile arriva à Paris en 1610,
SAVIEETSESŒUVRES XIX
Des collectionneurs d'élite, comme le duc de La Vallière, et des érudits infatigables, comme M. Paul Lacroix, ont cherché à réunir ou à rétablir tous les ballets qui ont été dansés à cette époque. Mais ce travail est resté forcément incomplet : à en juger par les fragments de ballets publiés dans les divers recueils du temps, le nombre en est considérable : chaque poète y apportait le contingent de son inspiration, et si nous avons été assez heureux pour reconstituer complètement un ballet des plus importants à l'avoir de notre poète, nous avons dû constater que pour beaucoup d'autres, il s'était rencontré avec nombre de collaborateurs sur un terrain si fort apprécié à la cour.
Hélas 1 tant d'assiduité ne devait pas le mettre à l'abri des retours de la fortune ; je ne sais quelle sorte de déboire le pauvre Motin eut encore à subir; mais, en 1609, il fit ses adieux, dans un fort beau sonnet \ à toutes les vanités de ce monde et à toutes les séductions de la cour.
Cette boutade fut cependant de courte durée : le comte d'Auvergne lui écrivit dans sa solitude pour l'exhorter, entre deux compliments, à remonter sur la brèche. Motin ne se fit pas prier bien long-
I . Un des rares sonnets imprimés de Motin. Faut ii attribuer à sa mésaventure amoureuse de Bourges cette sorte de répugnance pour une forme poétique qu'il emploie si volontiers dans ses œuvres de jeunesse ?