‹ Œuvres inédites de Pierre MotinChapitre 10 sur 56 · XVI MOT IN · texte numérisé non relu

XVI MOT IN

que nous ne puissions affirmer qu'il ait eu affaire à une ingrate. Et encore cette ingrate devait être une très grande dame. Nous hésitons entre la reine Marguerite, qui, malgré son âge respectable, avait des égards tout particuliers pour la pléiade poétique du temps, et la marquise de Verneuil, dont le frère, le comte d'Auvergne, était un ami de Motin. Toujours est-il que cette passion eut pour le pauvre poète des suites funestes, des coups de bâton, assure un contemporain, qui a consigné ce piquant détail dans une note manuscrite accompagnant le sonnet où Motin rappelle un peu trop crûment sa bonne fortune, hélas 1 de si courte durée.

Le ressouvenir et le ressentim.ent de telles catastrophes ont laissé leur empreinte sur l'œuvre du poète; mais cette fois l'empreinte sera ineffaçable; la grâce et l'exubérance enthousiaste de la jeunesse ne sont plus là pour corriger l'âpreté d'un courroux légitime ; l'homme fait n'a plus d'illusion, et ses regrets vivent toujours. La mignardise, l'afféterie, les concetti où se plaît la muse adolescente de Motin ont disparu à peu près de ses dernières œuvres, les seules qui soient imprimées et que l'on retrouve éparses dans les recueils du temps. Le style, moins incorrect, est plus noble et la pensée plus élevée : la phrase ne flotte plus au gré des caprices de l'inspiration, et l'idée s'y condense, tellement serrée parfois qu'elle en devient

SA VIE ET SES ŒUVRES XVIf

obscure. Mais l'expression est toujours poétique et vigoureuse : c'est surtout dans le domaine de la satire qu'elle trouve toute sa force d'expansion; il faut dire que ce genre de composition était fort apprécié des beaux esprits du temps; les obscénités révoltantes, qui en rendent aujourd'hui l'impression impossible, dans notre pays du moins, ne choquaient alors le goût de personne : le naturalisme était même fort bien porté, du moment que l'irréligion, qu'on appelait libertinage, ne s'y faisait pas jour.

Les contemporains de Motin (et c'est probablement à cette appréciation que Boileau a demandé son fameux vers) disaient du poète de Bourges, qu'il avait « trop de flegme et pas assez de feu ». Motin, que les biographes appelleraient volontiers le chaste', lorsque sa plume l'est si peu, mena peutêtre une vie aussi dissipée que celle de ses confrères : seulement, au lieu de s'afficher, comme Régnier et Berthelot qui couraient les mauvais lieux, et surtout comme l'infâme Sigognes qui devait sa fortune au plus honteux des métiers, Motin abritait dans le mystère ses amours plus ou moins délicates : des notes manuscrites, insérées à côté de

I. 11 jouissait également d'une grande réputation de sobriété; car le poète Isaac Du Ryer dans l'epitaphe qu'il lui consacre, lui dit plaisamment que ce n'était pas la peine de boire tant d'eau, etc., etc.

Motin. c

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