SA VIE ET SES ŒUVRES XXXI
contient une autre anonyme. Enfin, dans la Comédie des chansons de Beys (Paris, 1640) et dans plusieurs recueils munis d'une sorte de « clef chansonnière », on rencontre encore quelques fragments des œuvres de Motin.
Deux ouvrages seulement, qui m'étaient signalés comme contenant des pièces du poète de Bourges, ont échappé à mes recherches ou ne m'ont pas donné les résultats attendus.
Je n'ai pu me procurer les Délices satyriques (de Sommaville, Paris, 1620), et j'ai vainement cherché dans les airs de cour de Guédon (1608- 1620) les pièces attribuées à Motin.
Quoi qu'il en soit, j'espère que le lecteur curieux de connaître les œuvres d'une victime innocente de Boileau et prenant en considération le labeur pénible de consciencieuses recherches accueillera favorablement ce premier volume.
P. d'Estrée.
DE
Le soleil en tous lieux découvre sa lumière; V arc-en-ciel bigarré, U email de ses couleurs ; V aurore aux belles mains, le chrystal de ses pleurs ; La lune, de son front la clarté tout entière ;
La terre, en tous endroits sa moisson nourricière ; En tous endroits Veste ses ardanies chaleurs; Le printemps, en tous lieux le thresor de ses fleurs; Ma maîtresse, en tous lieux sa beauté singulière; Motin. I
Sa beauté luit partout. Je ne s ç aurais garder Les hommes de V aimer et de la regarder ; Je ne puis retenir son amour vagabonde.
Et cela ne me doibt apporter un tourment: La Croix ne doibt sans plus secourir un amant, La Croix qui secourust quelquefois tout le monde.
Si le soleil vous brasle, o gentilles fleurettes, Je vous arroser ay du chrystal de mes pleurs ; Si l'eau tombant du ciel altère vos couleurs^ Je vous rechaufferay de mes fiâmes secrettes.
Si vous ne sentez point les haleines mollettes Des zephirs tempérant les ardantes chaleurs, Les souspirs que je pousse au fort de mes douleurs Pourront entretenir vos robes vermeillettes.
S'// est vray, belles fleurs, que vous soyez icy
Pour avoir esprouvé un amoureux soucy,
Que ne me change Amour en une fieur nouvelle?
Helas! il m'eust changé; mais ce fust le malheur Que je fus consumé de l'œil de ma cruelle : Il ne resta de moy de quoy faire une fleur.
Seraine belle et doulce, à la voix doulce et belle. De beautez et de chantz, de chantz et de beautez, Mon Dieu, que vous chantez et que vous enchantez, Enchantez et chantez d'une façon nouvelle !
Vostre voix tellement mes esprits ensorcelle D'une force sans force heureusement domptez Que j'estime pécher les tenant arrestez A penser d'aultre chose et ne penser en elle.
Belle voix angelique, object de mon penser, Maistresse de mes sens, tu me fais ballancer, Ores guay, ores triste, ô voix magicienne !
Tu fais, comme le Ciel, me rendant soubz ta loy, Tantost plein d'une joye et tantost d'un esmoy! Ouy, car ton harmonie est semblable à la sienne.