SUR LE M ES ME SUBJECT
// fut banny du ciel, et sur la moite rive De Ponde Amphrisienne et par les prés herbeux, Misérable vacher, mena paistre les bœufs, Estrangement espris d'une amitié lascive.
Puis il aima Daphné, qui se changea, fuitive, En un laurier plustost qu'avoir pour amoureux Le chetif Apollon, tant il fust malheureux. Puis on me vient conter qu'il fault que je le suyve.
Il n'a rien que du vent, et le pauvre coupeau
De ses Muses ne donne à boire que de l'eau
D^un rocher morfondu. Je cherche un aultre maistre.
Donc, Phœbus, je te quitte et ne veux plus de toy, Ou, si tu me retiens, aussy tost change-moy . En un caméléon pour du vent me repaistre.
Sur toutes les coulleurs fayme la feuille morte Qui ne change jamais la beauté de son teint, Non plus que mon amour d'un beau désir atteint. Cest aussy la coulleur que ma maistresse porte.
Mais comment, o beaux yeulx, dont la puissance forte Alume dans mon cœur un beau feu pur et saint. Pourquoi, beaux yeux, le vert en vos couleurs n'est point Comme ceste couleur qui la tristesse apporte ?
Est-ce pour figurer un trespas rigoureux
A ceux que vos beautez ont rendu langoureux?
Est-ce pour faire voir quelque rigueur nouvelle,
Qu'un rameau sec et vert d'une couleur vous sert ? Je ne sçay ; mais gardez qu'Amour d'une estincelle Vous monstre qu'un bois sec brusle mieux que le vert.
TUMBEAU
d'un sieur JEHAN LOUVERT
Je voy ce lieu où de Louvert repose Dans un tumbeau la dépouille à requoy : Un dur sommeil et un silence coy Tiennent sa bouche et sa paupière close.
Soit que je marche ou bien que je repose, Soit que je songe, en dormant je le voy: Tousjours Louvert à mes yeux se propose, Tousjours Louvert se représente à moy.
Si j'aperçoy quelqu'un qui luy ressemble,
Le pouls me bat... j'ay la voix qui me tremble.
Les yeux confuz et confuz les espritz.
Puis, quand je lisses carmes, non.., ses charmes. Dedans mes yeux s'engendrent mille larmes. Et mille escripts engendrent mille cris.
TUMBEAU