‹ Œuvres inédites de Pierre MotinChapitre 48 sur 56 · A MADAME MARIE · texte numérisé non relu

A MADAME MARIE

Ma belle et chère fueille morte, Que je fayme et que j'ayme aussy La belle couleur que tu porte Comme tesmoing de mon soucy !

Les flammes du soleil cuisantes Font seicher l'humeur et le teint.

Et je meurs, des flammes luisantes D'un bel œil à toute heure atteint.

Tu pers, ô fueille morte heureuse.

Mourant, ton premier teint et vert; Et, seiche d'ardeur amoureuse, Le plus beau de mes ans se pert.

Tu quittes le vert, qui figure La jeunesse et la volupté; Une aussy cherist ta parure^ Qui est la même chasteté.

0 vert, d'un fol espoir le père, Cest toy dont il est recouvert, Comme un venin d'une vipère Qui tousjours est marqué de vert.

L'espérance est d'Amour nourrice Elle ressemble à l'eau que boit Un criminel, sur le supplice, Qui sa vie et son mal accroist.

L'espoir et le vert j'abandonne, Et seulle je te veux choisir.

Belle fueille morte qui donne La mort à mon salle désir.

Si l'ecarlate, comme on pensse.

Cache dans soy quelque froideur, N'as-tu point pareille puissance Contre mon amoureuse ardeur^

Mafueille morte, je te baise, Te cachant au fond de mon cœur ; Mais où cacherai-je la braise Que me darde un bel œil vainqueur?

Amortis un peu Vestincelle Que ce petit Dieu sans repos Des yeux de ma chaste rebelle M'alume au profond de mes os.

Ainsy le beau chef de Marye De ta couleur soit tous jours teint!

Ainsy nulle tache ennemie Jamais ne te souille le teint !

Un amant n'est jamais seur ; Tousjours en sa fantaisie Logent le frère et la seur :

L'amour et la jalousie.

L'on ha tousjours quelque peur Quand on ayme de bon cœur.

Tout ce que Madame void, Tout ce qui d'elle s^ approche, Tout me fait mourir de froid Et me fait changer en roche.

L'on ha îousjourSj etc.

Surtout je me plains d'un vent Qui d'auprès d'elle ne bouge, Et qui luy fait bien souvent Lever son cotillon rouge.

L'on ha tous jours, etc.

Ce vent trop audacieux Privé son tetin lui touche :

Il luy va baiser les yeux, Il luy va baiser la bouche.

L'on ha tous jours, etc.

Ma mye, entrez en courroux, S'il vient vous baizer encore:

Il est amoureux de vous Comme un Zéphyr d'une Flore.

L'on ha tous jours, etc.

Ainsi le vent Aquilon Caressait une Orythie, Puis d'un courage félon L'enleva dans la Scythie.

L'on a tous jours, etc.

0 ventf ton cœur inconstant En amours est trop voilage :

Pourquoi la baises-tu tant?

Tu luy gasîes le visage.

L'on ha tousjours, etc.

Il te fauldroit seulement Au travers d'une campaigne Caresser une jument Comme tu fais en Espaigne.

L'on ha tous jour s , etc.

Hélas! ce qui plus me nuit C'est que Madame est muable Le vent aussy la poursuit.

Comme chacun son semblable.

L'on ha tous jours, etc.

Madame, accusez ma voix Qui légère vous appelle ; Faites que menteur je sois, Et que vous soiez fidelle.

L'on ha tous jours, etc.

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