XIV MOT IN
sont certainement de notre poète, puisqu'elles lui sont attribuées dans d'autres recueils de date postérieure.
Peu de temps après, dut paraître son poème du Phœnix, qui certainement n'ajoutera rien à sa gloire, mais qui, en ce temps-là, contribua singulièrement à sa fortune. La pièce était adressée à Henri IV et datée de 1599 ou de 1600. En tout cas, elle est antérieure à 1601 : Motin eût-il négligé de parler du Dauphin? Or, dans toute la pièce, on ne rencontre pas la moindre allusion à la naissance du futur Louis XIIL Le roi, sensible aux éloges du poète , n'oublia pas son panégyriste, et plus tard, sur son commandement (ainsi s'exprime Despinelle dans ses Muses ralliées de 1607), Motin dut traduire en vers français un dithyrambe latin du P. Théron, dénué de toute espèce d'intérêt et nommé le poème des Dauphins. Balzac, dans une lettre qu'il écrit à Chapelain en 1641, assure que Motin avait traduit, en même temps que les Dauphins, un autre poème du P. Théron, les Couronnes (Coron(Z). Vdàh'itn retrouvé les Couronnes^ mais en latin seulement. Quant à la traduction, je ne l'ai vue nulle part.
En tout cas, si elle est perdue et pour peu qu'elle ressemblât à celle des Dauphins, la postérité s'en consolera facilement, car la traduction de ce dernier poème est d'une platitude déplorable.
SAVIEETSESŒUVRES XV
Motin n'en était pas moins arrivé au but que s'était jadis proposé sa jeunesse. Il vivait du produit de son travail ; et son titre officieux de poète de cour le rassurait sur les incertitudes de l'avenir en même temps qu'il lui valait cette célébrité dont le souvenir protégea longtemps encore sa réputation.
Du reste, à partir de cette époque, Motin, convaincu sans doute de son peu d'aptitude pour la cantate officielle, y renonce presque entièrement pour ne plus s'occuper que de sujets de son choix.
C'est alors qu'il compose ces odes, ces stances, ces chansons, ces épigrammes, si appréciées par ses contemporains, qui circulent de main en main, et quelquefois sous le manteau, qu'on recueille toujours religieusement, comme nous l'apprend Pierre de L'Étoile et que déjà recherchent avidement les libraires.
Celte période, qui s'étend de 1600 à 16 10, eût été assurément la plus belle de la vie de Motin, si notre poète n'eût été victime, comme jadis, d'un amour malheureux. Je sais bien qu'à cette époque les enfants d'Apollon (et aujourd'hui encore ils sontcoutumiers du fait) faisaient vibrer à plaisir et pour la gloire d'une maîtresse imaginaire la corde de la passion incomprise ou mal satisfaite; mais les accents de Motin sont trop vrais, son désespoir trop profond, et certains faits trop précis pour