ACTE I, SCÈNE III. l
mériter; mon cœur est fait ainsi: j'ai besoin d'aimer ceux que je sers ; sans cela la servitude serait trop rude.
AGATH E.
Epargnez-vous une finesse inutile ; je n'ignore pas...
LISETTE
Vous ignorez que la jeunesse attache par un charme involontaire tout ce qui l'approche : et Ploï qui suis plus faible qu'un autre, moi qui n'ai jamais
été heureuse Si vous saviez combien
les gens qui ont souffert ont le cœur tendre !
AGATHE. {Elle examine Lisette. )
Ecoutez : je suis jeune , sans expérience ; j'aime à croire ce que l'on me dit ; n'abusez pas de ma fninchise , et n'employez pas une adresse coupable pour être plus sûrement mon ennemie.
l6 l'adroite SCfVATTTE ,
LISETTE
Eh! Mademoiselle, je ne veux être adroite que pour vos intérêts; livrezvous , croyez-moi , au bon mouvement qui vous vient ; ouvrez-moi votre cœur, je sais déjà qu'il est à quelqu'un ; ditesle moi , vous aurez le plaisir de faire une confidence sans risquer une indiscrétion.... Tous me regardez!... vous avez peur de moi ! Eh bien , puisque vous ne voulez pas me raconter vos secrets , ce sera moi qui vous les raconterai ; peut-être qu'ensuite vous me jugerez digne d'en être instruite.
Comment ?
LISETTE
N'est-il pas vrai que Monsieur votre père ne vous a retirée du couvent que depuis trois mois ?
AGATHE
Eh bien ?