‹ Œuvres inédites (volume 3)Chapitre 21 sur 89 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Description de l^ Egypte. Son fleuue ^ et ses premiers habitans.

JLi'ÉGYPTE, située entre le vingt-quatrième et le trente-deuxième degré de latitude, est cette longue portion de l'Afrique , bornée au midi par l'Ethiopie , au levant par la mer Rouge , au nord par la Méditerranée, au coucliaT^t par les déserts de la Libye. Sa

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plus grande longueur passe deux cents lieues ; vers le nord , sa largeur est de cinquante , mais ce n'est que dans un assez court espace. Elle se resserre bientôt , et l'Egypte ne devient plus qu'une longue vallée que l'on pourrait traverser dans moins d'une journée de chemin.

C'est dans cette vallée que coule le Nil. Sans lui l'Egypte n'eût jamais été qu'un désert de sable , dont le fend , suivant le rapport des voyageurs les plus instruits, le père Siccard , le docteur Shaw , Volney , etc. , paraît être un lit de pierre calcaire, où l'on trouve du marbre , du granit rouge, du nitre , du sel marin et quelques mines de cuivre.

Ce pays , ainsi formé par la nature et situé saus un climat brûlant, où presque jamais il ne pleut, semblait

inhabitable à des hommes ; mais un fleuve immense, dont les sources ont été /ong-temps inconnues, vient du fond de l'Abyssinie, traverse l'Ethiopie, arrive à travers des montagnes de rocs , d'où il s'élance par des cataractes, avec un bruit épouvantable que l'on entend de plusieurs lieues, entre en Egypte et lui donne seul tout ce que la nature lui a^ait lefusé. Ce fleuve , traînant avec lui la terre fertile de l'Ethiopie ,ra déposée sur le sable aride de l'Egypte; il a créé, avec l'aide des siècles, un pays qui n'existait pas. Grossi tous les ans ])ar les pluies qui, pendant cinq mois régulièrement, tombent en Ethiopie, il vient porter à l'Egypte ce bienfait dont elle est privée, il déborde dans ses cani])agnes, les couvre depuis le printemps jusqu'à la fin de l'automne,

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forme une mer de deux cents lieues de long , laisse sur la terre abreuvée un limon précieux, qui la rend féconde, et rentre ensuite paisible en son lit pour s'aller jeter dans la Méditerranée.

Grâce à cette inondation, un des pays les plus stériles du globe vit croître des herbes, des plantes, des pâturages abondans , et offrit le singulier spectacle d'une terre six mois sous les eaux et six mois couverte de verdure.

Les hommes , presque tous pasteurs dans les premiers temps du monde, amenèrent leurs troupeaux, se réunirent, se rassemblèrent dans cette vallée fertile à l'époque où le fleuve l'abandonnait. Le désir si naturel de ne pas perdre le bien dont une fois on a joui , d'en devenir possesseur, de

le laisser à ses enfans , leur fit chercher les moyens de rester dans ces pâturages malgré l'inondation du fleuve.

Ils exhaussèrent certains terrains pour y bâtir des cabanes ; la terre lut cultivée et produisit des plantes utiles, des légumes, des fruits délicieux. Les villes s'élevèrent; on dompta le Nil; on multiplia ses bienfaits par des canaux , des saignées , des digues , des réservoirs. Des moissons abondantes de blé, de riz, d'orge, de lin, furent la récompense de ces travaux. A mesure que les habitans devinrent plus riches, ils devinrent plus nombreux, ils formèrent un grand peuple et songèrent à se policer. La religion fit naître les mœurs, qui furent la base des lois. Un ordre , un gouvernement , s'établirent; les arts firent des progrès; et l'Egypte, qui n'est sûrement

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pas le pays de la terre le plus anciennement habité , puisqu'il a fallu tant d'efforts , tant de travaux pour le rendre habitable, l'Egypte est pourtant le berceau de toutes les sciences que nous connaissons. Elle les apprit à la Grèce •, c'est la Grèce qui nous a instruits ; et le peu que l'homme sait de l'ancienne théogonie , des anciennes lois, de l'ancienne histoire, remonte et Ta toujours se perdre dans les annales de VÉgypte.

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