‹ Œuvres inédites (volume 3)Chapitre 22 sur 89 · CHAPITRE DEUXIÉiVIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÉiVIE

Ce quon a écrit des premiers souverains de VEgypte. — Religion des; Egyptiens.

Le commencement de l'histoire de tous les peuples se trouve mêlé de fa-

blesj celle du premier peuple coniîu doit être plus fabuleuse que les autres» Manethon , Égyptien, grand-prêtre et garde des archives sacrées sous Ptolémée Philadelphe, trois cents ans avant Jésus-Christ, nous a laissé une histoire d'Egypte , qu'il prétend avoir tirée des écrits de l'ancien Mercure.

Il raconte que l'Egypte fut d'abord gouvernée par les dieux , ensuite par trente-une dynasties , dont il nomme successivement tous les princes , dans un espace de plus de cinq mille ans avant Alexandre. Plusieurs savans ont nié, discuté; accordé ces faits, qui jamais ne seront éclaircis. Ne cherchons point à fixer d'époque dans la nuit profonde des temps. Les fables d'Osiris et d'Isis sa femme , qu'on prétend avoir civilisé les premiers les peuples sauvages de l'Egypte , celle de

D Ui\ OUVRAGE HISTORIQUE, i)'J

l'Hercule Libyque, de Tlioth, d'Hermès ou de Mercure Trismégiste , que Pon dit avoir inventé toutes les sciences, peuvent être des allégories ou des traditions altérées de véritables grands hommes , qui rendirent à leur pays des services importans , et dont la reconnaissance fît des dieux. On F ignore, et le peu que l'on sait , fort obscurément encore , ne remonte guère, à travers les doutes, qu'à deux mille ans avant l'ère chrétienne.

C'est à peu près vers ce temps que ^j^^^^^ la plupart des historiens placent Me-'''^"^^ nés , premier roi d'Egypte. On assure S'od'i'' î que ce fut lui qui établit et lixa le culte. Cette religion si antique et qui fut depuis la mère de la brillante mythologie des Grecs , dut nécessairement précéder les autres institutions.

Elle est la plus ancienne qui nous soit

connue , et demande quelques détails.

Reiig.on Malgré l'amas de superstitions aux- Égyptfens. qucUcs Ic peuplc égjptJeii semble s*être plus livré qu'aucun autre peuple , il paraît incontestable que l'idée d'un Etre suprême , infini dans sa puissance, rémunérateur et vengeur, était la première base de la religion qui lui fut enseignée, et qui , vraisemblablement pure et simple dans son origine, dégénéra bientôt en pratiques absurdes et ridicules. La seule inscription d'un temple d'Egypte rapportée par Plutarque , Je suis tout ce gui fut, est ou sera, prouve et renferme la sublime et simple idée de l'unité, de Péternité , de la toute-puissance d'un Dieu.

Le dogme de la métempsycose, que Pytbagore prit en Egypte , atteste la croyance d'une âme immortelle ré-

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compensée ou punie suivant le bien ou le mal qu'elle a fait. Peut-être leur premier législateur, quel qu'il soit, borna-t-il la religion à ces deux points, suflSsans sans cloute pour la vertu , la raison et le bonheur. Mais un corps de prêtres fut institué; dès lors nécessairement l'intérêt de ces prêtres fut de semer, de répandre les superstitions dans le peuple , de l'aveugler pour s'en rendre maître, d'éteindre ou de corrompre son esprit pour l'assujettir.

En efiPet , dès les premiers temps on p.as* voit les prêtres d'Egypte tenir le pre- prêtîL raier rang dans la nation, former un état dans l'état , posséder de grands revenus exempts de toute imposition.

Pour augmenter sans cesse et conserver leur pouvoir, ils se rendirent seuls dépositaires des sciences. (Is les

auce

cultivaient en secret , les enveloppaient de mystères, qu'ils avaient soin de rendre imposaus , redoutables à la multitude, et ne communiquaient leur doctrine qu'à un petit nombre d'initiés, soumis par eux auparavant à de longues et fortes épreuves.

Il paraît que cette doctrine secrète renfermait des vérités utiles, puisque dans des siècles de lumière on voit les philosophes grecs aller chercher des leçons de sagesse auprès des prêtres de l'Egypte-, mais les possesseurs de cette sagesse la dérobèrent toujours aux crédules Egyptiens , et semblèrent s'attacher, au contraire, à fasciner les yeux du peuple par les plus grossières erreurs.

Le bœuf Ainsi, tandis que les prêtres d'Egy pte Hétodoïc, conservaient, méditaient les livres de pil'iTeVi" 8. leurs premiers législateurs ; tandis que

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dans une lang ue sacrée , dont les caractères hiéroglyphiques n'étaient bien connus que d'eux seuls, ils s* instruisaient, se persuadaient de l'existence d'un seul créateur, des grands secrets de la nature, des éternels principes de la morale, le peuple d'Egypte, dans l'ignorance, courbé sous le joug monarchique et sacerdotal, adorait jusqu'aux animaux , le bœuf, le chien , le chat , l'ibis, le crocodile, l'épervier, le loup; une foule de betes était placée sur ses autels.

Sans doute on n'a\ait pu d'abord conduire tout d'un coup les hommes à cet excès d'abrutissement; mais, en les privant d'instruction , ils y étaient arrivés d'eux-mêmes. Les institutions les plus sages étaient devenues avec le temps une source de pratiques folles.

On avait voulu honorer le bel art de

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