‹ Œuvres inédites (volume 3)Chapitre 3 sur 89 · DE L'ÉDUCATION NATIONALE · texte numérisé non relu

DE L'ÉDUCATION NATIONALE

Uans tous les gouveriiemens l'étude de l'Histoire a toujours été regardée comme la première et la plus utile; mais elle est surtout nécessaire dans un gouvei-nement libre , où chaque homme , jouissant de ses droits inaliénables, a sans cesse une part active

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dans la chose publique , où rien de ce qui intéresse l'Etat ne se fait sans l'intéresser, où ce qu'il peut posséder de vertu , de talent , de bien , est une portion , en dépôt dans ses mains ^ du patrimoine de l'Etat. Il n'est pas besoin de prouver que , dans ce gouvernement , le seul raisonnable , le seul juste, il ne soit indispensable de bien connaître les fautes, les crimes, les belles actions des hommes qui vinrent avant nous , pour éviter , pour prévenir les uns , et tâcher de surpasser les autres.

Dans la misérable éducation que les enfans recevaient jadis au collège, ils n'apprenaient de l'Histoire ancienne que quelques lambeaux épars dans les auteurs latins qu'ils expliquaient. Ces lambeaux, traduits sans être entendus , sous la férule d'un

d'un ouvrage historique. iS

professeur , étaient bientôt oubliés , ou restaient dans la tête sans ordre , sans chronologie, sans aucune espèce de fruit. La mémoire des enfans , si prompte à retenir des faits mal digérés , était plus prompte encore à les confondre. Eh ! comment ne les aurait-elle pas confondus ? Souvent dans la même leçon on expliquait un morceau d'un auteur sur les premiers temps de la république romaine j un autre sur la guerre des Perses et des Grecs , un troisième sur les guerres Puniques. Jamais d'ordre, de chronologie , de plan suivi ] et la lecture des poètes , qui parlent presque tous des temps héroïques , et qu'on mêlait aux historiens, devait nécessairement ajouter à ce chaos.

J'ai toujours pensé que le seul moyen , d'abord de graver les faits ,

ensuite de rendre cette science utile, c'est de les classer avec un grand soin. Sans ordre, point de science; ainsi l'ordre sera la base de mon nouveau plan historique.

La compilation du rhéteur RoUin , le seul ouvrage que nous ayons en ce genre, et qui lui a valu une statue dans le temps où Rousseau n'en avait point , est écrite avec pureté, sans chaleur, mais quelquefois avec du charme.

Elle pouvait , jusqu'à présent , suffire dans un pays où il était permis d'apprendre , mais non pas de réfléchir ; de savoir le mal qui s'était fait, mais non pas le bien qui pouvait se faire.

D'ailleurs, quel parti pouvait -on tirer dans l'éducation nationale d'une histoire comme celle de Rollin, où sans cesse il est question des Juifs , des livres juifs, des prophètes juifs ï

d'un ouvrage HISTORrQUE. I7

OÙ tous les peuples semblent ne se mouvoir que pour accomplir ce qu'a prédit Isaïe ou Jérémie ? Est-il convenable de mettre dans les mains d'enfans que l'on veut rendre justes et sages, un livre non-seulement dénué de sagesse et de philosophie , mais directement opposé à l'esprit , au but , au commencement de toute sagesse , de toute philosophie?

Ces raisons, que je crois sans réplique , me démontrent l'inutilité de l'Histoire ancienne de Rollin. Il en faut donc une nouvelle , et c'est cette nouvelle que j'essaie sur un plan tout différent.

Premièrement ; au lieu de prendre, ainsi que Rollin , l'histoire d'un ancien peuple , en copiant les mensonges ou tout au moins les exagérations d'Hérodote, de Diodore , etc. j de

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