L'AIGLE ET LA FOURMI
En envoyant ses fables à M. Hérivaux.
Du dieu qui lance le tonnerre.
Un beau jourl'oiseàu favori , Dirigeant son vol sur la terre , S'abattit justement tout près d'une fourmi , Qui , parmi la fougère , Non loin de ses foyers , En bonne ménagère , Allait , venait , pour remplir ses greniers. Jugez de sa surprisse envoyants! près d'elle
Le superbe habitant du céleste séjour!
L'aigle ne la vit point : sa brillante prunelle Ne sut jamais fixer que le flambeau du jour. L'insecte veut d'abord regagner sa cellule j Il s'arrête, il hésite, il avance, il reculej Un désir.curieux s'oppose à son retour, Et bientôt, bannissant un frivole scrupule,
Au roi des airs il veut faire sa cour, Méditant sa harangue et composant sa mine , Vers l'aigle sur-le-champ la fourmi s'achemine. u O vous ! dit-elle , ô vous I qu'en ces champêtres lieux ïPonrla première fois aperçoiventmes yeux, «Excusez-moi, seigneur, si je vous importune j
)) Et souffrez qu'un moment ))Je goûte auprès devous le doux contentement » Que m'offre ma bonne fortune, w Par quelques mets dignes de vous )) Je voudrais vous prouver mon respect et mon zèle j 3) Mais une humble fourmi n'a que ses voeux pour eUe^ )>Et le riche Plu tus, de ses trésors jaloux, j) Ne m'en donna jamais la plus mince parcelle.