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5o DES OUVRAGES
image des horreurs que l'on fait souffrir aux chrétiens. Il n'a pas négligé ni oublié la moindre circonstance des mœurs maures „ de leurs fêtes > de leurs noces,, etc. Ce tableau a dû paraître infiniment intéressant à des spectateurs espagnols j exposés tous les jours au même péril.
Intermède du Juge des Divorces.
Riende joli. Un vieillard et sa femme , un soldat et la sienne j un chirurgien et son épouse , un portefaix et une poissarde j viennent demander le divorce par des motifs qui ne sont plaisans que pour le peuple. U intermède finit par un divertissement et une chanson assez jolie.
La Maison de Jalousie et les autres soi-disant comédies de Cervantes , ne méritent pas même les honneurs de l'analyse. Celles que j'ai extraites
sont les meilleures ; que l'on juge du reste. Ty ai remarqué toutefois un passage relatif à Vart du comédien a et qui pourra être utile aux personnes qui exercent cette profession.
Traduction d'un morceau d'une comédie de Cervantes.
Je sais combien il est difficile de rassembler toutes les qualités nécessaires pour former un bon comédien.
Les deux premiers points sont une mémoire heureuse et un bel organe.
Si l'on se destine aux rôles d'amoureux j il faut encore une belle figure et une voix agréable. Voilà ce que la nature doit faire pour le comédien ; mais quand il a ces dons de la nature , il ne possède encore rien, si l'art, si V étude ne lui viennent apprendre qiC il faut être aussi loin de V enflure que
du basj de l'affectation que de la négligence. C'est à force de travail qu'il -paraîtra nJ avoir pas travaillé; c'est à force de réflexions qu il saura s3 identifier avec son rôle j ressusciter V homme qu'il représente , et faire revivre une action qui resterait morte sans lui.
Une fois parvenu à cette perfection , devenu maître de toutes les sensations de ses spectateurs j le comédien les fera passer rapidement , sans qu'ils s'en aperçoivent „ ou malgré eux > des pleurs à la joie j de l'espérance à la crainte ; il tiendra leurs cœurs dans sa main j et en disposera tellement que toutes les passions qui se peindront sur son visage, iront se réfléchir , comme dans un miroir j sur celui des spectateurs. ]
Nous avons encore de Cervantes huit petites pièces, que les Espagnols
appellent Entremeses. Ces ouvrages valent mieux que ses comédies. Presque tous ont du comique et du naturel ; quelques - uns sont [ un peu ] libres, mais deux surtout sont charmans : l'un, appelé La Cave de Salamanque, est précisément notre Soldat magicien ; on a calqué l'opér a-comique français sur l'ouvrage espagnol : l'autre, nommé Le Tableau merveilleux , a fourni à Piron l'idée d'un opéra en vaudeville , Le faux Prodige, beaucoup moins joli que la petite pièce de Cervantes.
Persilès et Sigismoîîde , dont nous avons deux traductions assez peu fidèles , est un long roman chargé d'épisodes et d'aventures presque toujours incroyables. Il semble que Cervantes ait voulu imiter les anciens romans grecs, estimés encore et admirés au-
trefois. Mais toute son imagination, qui n'a jamais peut-être autant brillé que dans Persilès, rie peut rendre ses héros intéressans : leurs courses inutiles , leurs dangers invraisemblables, ce mêla nge con tinuel de dévotion et d'amour, ont empêché ce livre d'atteindre à la réputation de son auteur. Cependant l'élégance du style, la vérité de quelques tableaux et l'épisode de Ruperte suffiraient pour le rendre précieux.
Iï me reste à parler de Galatée, qui fut son premier ouvrage. Dans le temps qu'il l'écrivit , l'Espagne était la nation du monde la plus galante :
l'amour faisait l'unique occupation des Espagnols , et le sujet de tous leurs livres. Montemayor , célèbre poëte , venait de donner un roman de Diane , que l'on a traduit en français. Cet ouvrage eut un grand succès , et
DE CERVANTES. Dà
le méritait à quelques égards : un style pur , beaucoup d'esprit , de la douceur , du sentiment , une poésie souvent enchanteresse , et la. naïveté touchante qui règne surtout dans la Nouvelle du Maure Abindarraès, rachètent aux yeux des connaisseurs le fond d'invraisemblance, les histoires de magie et le manque d'action que l'on reproche à la Diane de Montemayor.
Cervantes , qui connaissait tous ces défauts , comme on peut le voir dans
l'ExAMEN DE LA BIBLIOTHEQUE DE
Don Quichotte , en évita quelques-uns dans Galatée , mais ne les évita pas tous. Ses aventures sont plus naturelles, ses personnages plus intéressans; mais son style , et surtout ses vers , le mettent au-dessous de Montemayor.
Gâté par le malheureux goût de scholastique qui régnait alors , Cervantes
fait disserter ses bergers comme s'ils étaient sur les bancs. Ils prononcent de longs traités pour ou contre l'amour; ils y citent Minos , Ixion , Marc- Antoine, Rodrigue, tous les héros de la fable et de l'histoire. Si Tircis veut consoler son ami de ce qu'il ne peut rien obtenir de sa bergère , il lui parle ainsi O : « On dit partout que Galaj) tée est encore plus belle qu'elle » n'est cruelle; mais on ajoute que sur )) toutes choses elle est spirituelle.
» Or, si c'est la vérité, comme elle
(*) Mas fama tiene Galatea de her*.
mosa que de cruel ; pero sobre todo se dice que es discreta ; y si eslo es la verdad, como lo deve sert de su discrecion nace el cono^erse, y de conocerse estimarse , y de estimarse no querer perderse, y de no querer perderse viene el no querer coti" tcntarte. GlLÀTEA,lib. Il, p. 68.
» doit l'être, il s'ensuit de son esprit, » qu'elle doit se connaître elle-même; » de cette connaissance, qu'elle doit » s'estimer; de cette estime, qu'elle » ne veut pas se perdre ; et de cette » volonté, qu'elle ne veut pas céder à » tes désirs. »
Dans un autre endroit, un amant éloigné de sa maîtresse, dit en vers (*): « Quoique je paraisse voir , entendre » et sentir, je ne suis qu'un fantôme » formé par l'amour et soutenu par » la seule espérance. »
Dans tout l'ouvrage, le soleil n'éclaire le monde qu'avec la lumière qu'il reçoit des yeux de Galatée (**).
(^J^aunquemuestroqueveOfOigo ,y siento.
Fantasma soi porel amor formada , Que con sola esperanza me sustente
'**)Ante la luz de unos serenos ojos Que al sol dan luz con que da luz alsuelo.
En voilà bien assez pour donner une idée du mauvais goût qui régnait alors, et auquel Cervantes lui-même n'a pas échappé. Mais au milieu de [ce mauvais goût] , on trouve des idées [ douces ] , du sentiment vrai , bien exprimé, des situations attachantes [ et toujours l'imagination et V esprit aimable de l'auteur]. Voilà ce qui m'a fait choisir Galatée, pour en donner une imitation. Jusqu'à présent, personne ne l'a traduite, et ce roman est absolument inconnu aux Français.
Comme il est très possible que mon travail ne réussisse point, je dois, pour la gloire de Cervantes , convenir ici de tous les changemens que j'ai faits à son ouvrage. Galatée , dans l'original, a six livres et n'est point achevée :
j'ai réduit ces six livres à trois, et je
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1 ai finie dans un quatrième. Presque nulle part je n'ai traduit ; les vers surtout ne ressemblent à l'espagnol que dans les endroits cités. Je n'ai pris que le fond des aventures , j'y ai même changé des circonstances, quand je l'ai cru nécessaire : j'ai ajouté des scènes entières, comme le troc des houlettes dans le premier livre ; la fête champêtre et l'histoire des tourterelles dans le second ; les adieux au chien d'Elicio dans le troisième ; le quatrième en entier est de mon invention.
On me reprochera sans doute le trop grand nombre d'épisodes et le peu d'évènemens qui arrivent à Galatée. Dans Cervantes, il y a deux fois plus d'épisodes, et Galatée paraît beaucoup moins. Montemayor a fait la même faute dans sa Diane, qui