‹ Œuvres inéditesChapitre 22 sur 81 · Lenet · texte numérisé non relu

Lenet

4. Lenet nous apprend que M. le Prince « a pourvu depuis à ce paiement d'une manière fort lente et après de grandes sollicitations. »

Mme de Longueville, il entretint une fréquente correspondance avec Mazarin pour l'amener à mettre les princes en liberté : « Le cardinal lui promettoit tous les jours ; trouvant cela plus sûr, parce qu'il reviendroit mieux à la cour, mais le duc comprit à la fin qu'il étoit joué, et donna la main à ce qu'Arnauld, maréchal de camp traitât avec le coadjuteur ^ »

TIII

Le duc de la Rochefoucauld , en effet , ne songeait pas franchement à la paix ; Mme de Longueville tenait toujours aussi fermement à Stenay, et le duc ne pouvait « s'empêcher de penser à ce qui l'avoit embarqué dans ces affaires ^ : Turenne continuait vigoureusement la guerre, et il fallait à tout prix parvenir à faire sortir les princes de leur prison. Le duc d'Orléans, la princesse Palatine, le coadjuteur se resserraient de manière à former un parti sérieux, qui, en s'appuyant sur le Parlement, pourrait inquiéter Mazarin: Arnauld était chargé delerecruter. De Montrond Mme la princesse de Gondé' ne négligeait rien non plus et était loyalement aidée par Lenet : c'est à ce moment que le prince de Gondé fit donner de ses nouvelles à son fidèle secrétaire, en le chargeant de faire parvenir à M. de la Rochefoucauld ce billet dont il nous a conservé la copie : « Je vous ay si peu rendu de services que je ne puis assez m'estonner de tout ce que vous avez faict pour moi : c'est un effet de votre générosité que je n'oublierai jamais, monsieur, je vous en demande la continuation, et que vous vouliez bien avoir créance à ce que M. Lenet, que je sçai estre fort de vos amis, vous ferasçavoir de ma part. Il m'a mandé, et j'ay sceu d'aillé Mémoires de Montglat. — 2. Mémoires de Lenet. 3. La princesse douairière était morte, le 2 décembre, àChâtillon.

leurs toutes les obligations que je vous ay. Je vous assure et vous proteste que je ne seray jamais ingrat, et que je suis pour toute ma vie à vous du meilleur de mon cœur. »

Au commencement du mois de janvier 1 65 1 , M. de la Rochefoucauld quitta le Poitou et vint à Paris, se cachant dans l'hôtel de la princesse Palatine, qui servait de lien désormais entre les partisans des princes et les frondeurs, et il recommença là ces intrigues et ces menées où il se complaisait, mais non sans gloire, car il savait affronter le danger quand l'occasion se présentait. Il empêcha ainsi la consommation de l'alliance entre les deux partis, et entama au nom du sien de curieuses négociations avec Mazarin. Frappé des bonnes intentions du parlement qui supportait impatiemment l'emprisonnement des princes et le disait très-haut, peu porté au contraire vers les frondeurs qui s'absorbaient de plus en plus dans de mesquines intrigues où l'intérêt égoïste de chacun se montrait sans aucune pudeur, il voulut persuader à Mazarin de rompre une aussi dangereuse coalition en la prévenant par une mesure aussi populaire que la mise en liberté des princes; il désirait par-dessus tout réussir, car dans ce cas il aurait fait ce miracle à lui seul, et par ce moyen donné une preuve plus éclatante de son amour. Gourville fut aussitôt dépéché à Stenay pour informer la duchesse de Longue ville de ces nouvelles circonstances. Caché chez la Palatine, M. de la Rochefoucauld était tenu au courant de tout, à l'insu de M. de Beaufort et de Mme de Chevreuse qui ignoraient même sa présence à Paris. C'est alors qu'il se résolut à s'ouvrir au cardinal et le fit prier de le recevoir, en lui demandant au préalable un mot de sa main pour sa sûreté personnelle. Mazarin se garda bien de refuser, et témoigna au contraire au duc une grande confiance. Bartet, que Mazarin se croyait très-attaché , et qui se mêlait un peu de toutes les affaires, notamment des intrigues de

la Palatines servait d'intermédiaire et conduisait chaque fois le duc chez le cardinal. « Il entroit dans son appartement du Palais-Royal par un petit escalier dérobé; et le ministre seul, avec une bougie à la main, lui venoit ouvrir la porte. — J'ai ouï dire au duc de la Rochefoucauld, ajoute Mme de Motteville , que le cardinal venant seul lui ouvrir la porte, il auroit pu facilement le tuer, et qu'il avoit souvent admiré sa confiance et le hasard où il se mettoit, se livrant au meilleur ami qu'eût alors M. le prince et Mme de Longueville. Le ministre de même î'auroit pu faire arrêter ; mais la fidélité ayant été égale des deux côtés , le duc de la Rochefoucauld n'oublia rien pour convier le duc à se tourner du côté du prince de Condé. » La Rochefoucauld prévint même Mazarin qu'il allait voir se former une très-dangereuse coalition contre lui, mais le cardinal, ignorant complètement, à ce qu'assure Mme de Motteville, les relations des amis des princes avec les frondeurs , ne voulut rien céder. Le duc renonça alors à continuer ses efforts , et voyant qu'il ne pourrait seul arriver au résultat si désiré , il s'en remit à la princesse Palatine et au duc de Nemours. Celle-ci persévérant dans la même voie, fît adresser de sa part de nouveaux avertissements par Bartet au cardinal , qui cette fois et à cause de leur origine, s'y arrêta un peu plus, mais son habitude de tout gagner par les temporisations, l'emporta encore, et la princesse n'y tenant plus, s'engagea par quatre traités avec le duc d'Orléans, à condition de marier une des filles de ce prince avec le jeune duc d'Enghien ; avec Mme de Chevreuse, sous la promesse de l'union de sa fille avec le prince de Conti ; avec le coadjuteur et avec Chateauneuf, en promettant à l'un le chapeau, à l'autre la place de premier ministre (6 janvier). Le Parlement se chargea fort heureusement de prévenir les fâcheux effets

1. Mémoires de Mme de Motteville, dont je suis complètement le récit.

de pareilles intrigues : il pria d'abord le duc d'Orléans d'intervenir en faveur des princes, et Monsieur accepta, au grand étonnement de la reine; le 18, une députation du clergé vint près d'elle formuler cette prière, qu'une autre députation du Parlement renouvela le surlendemain. Le mouvement grandissant chaque jour, le duc d'Orléans se décida franchement à en prendre la direction. L'anarchie populaire se développa avec une telle force et souleva bientôt une telle émotion, que Mazarin dut céder devant les événements pour sauver sa vie : le 17 février, il quitta Paris, subissant ainsi le châtiment de la faute grave qu'il commit en ne s'en rapportant pas à M. de la Rochefoucauld, et en ne comprenant pas que le duc ne s'avançait autant que parce que cette fois il se sentait sûr de sa force. Ce départ ne satisfit pas la foule qui craignit d'abord que ce ne fut qu'un complot, en exécution duquel la reine allait emmener le roi, et les bourgeois prirent des précautions à cet égard. La reine cependant ne voulait pas encore céder : elle crut pouvoir amuser la foule en envoyant au Havre le maréchal de Gramont, sous le spécieux prétexte d'entrer en négociation avec les princes. Elle fut bientôt obligée de se résigner et de permettre leur élargissement pour calmer une effervescence qui prenait des propositions effrayantes. Le duc de la Hochefoucauld qui assista, le 9 février, au conseil des grands, où fut définitivement traitée la question, fut alors choisi pour aller porter l'ordre à M. de Bar, qui commandait la citadelle du Havre; il partit le lendemain avec le secrétaire d'État La Vrillières; Gomminges, chargé de féliciter les princes au nom de la reine; Arnauld, au nom du duc d'Orléans; le président Viole, de la part du Parlement, et M. de Ghamplatreux, comme serviteur de Gondé. Mais Mazarin s'était déjà rendu lui-même au Havre, avait fait mettre les princes en liberté , espérant vainement se les rattacher ainsi, et ce fut à quelques lieues cette ville, à Grrosmenil ,

que le duc de la Rochefoucauld rencontra les illustres prisonniers qu'il allait délivrer, et qui avaient eu hâte de sauter en carrosse et de prendre la route de Paris : ils y entrèrent, le 16, et eurent les honneurs d'une ovation magnifique..

Rien n'était fini cependant : la reine avait bien mis les princes en liberté, mais malgré elle, sous la pression du Parlement et d'une faction toute puissante, contre laquelle elle avait pour principal grief l'éloignement de Mazarin, retiré à Cologne. Elle résolut de chercher à mettre la désunion parmi ses adversaires, en opposant ce qu'on appelait la première fronde à la seconde, Retz à Gondé. Elle feignit de se confier au coadjuteur et au Parlement, qui, non content de son arrêt de bannissement perpétuel contre le cardinal, obtint une déclaration de la reine pour interdire l'entrée du conseil aux étrangers, même aux Français revêtus de la pourpre romaine ; elle ne rebutait pas cependant M. le Prince et eut l'air de se démettre à son profit de la plus grande partie de son autorité souveraine, mais elle ne négligeait rien de la sorte pour le compromettre aux yeux de la noblesse et surtout à ceux des anciens frondeurs; elle l'amena à se prononcer contre la convocation des états généraux que l'on demandait à grands cris, à faire rompre le mariage du prince de Gonti avec Mlle de Ghevreuse, ce qui exaspéra la Fronde. La cour désormais se partageait en trou partis : celui de la reine, qui avait avec elle Turenne récemment et brillamment rentré en grâce ; celui de Gondé, qui comptait avec lui depuis quelques mois le duc de Nemours, entraîné par la duchesse de Ghâtillon ; enfin, celui de la Fronde, où nous voyons toujours le duc d'Orléans, Gondy et Mme de Ghevreuse. Anne d'Autriche espérait avec raison triompher à l'aide de cette désunion habilement préparée. L'arrivée de Mme de Longueville, au mois de mars, vint encore compliquer les choses en plaçant auprès de Gondé un conseiller influent et capable de le

déterminer aux plus graves résolutions. Ce fut elle qui amena la rupture avec la Fronde, sans se douter qu'elle servait si puissamment les intérêts de la reine. Elle ne put, en effet, souffrir l'idée que son frère épousât Mlle de Chevreuse, « qui, étant femme du prince de Gonty, l'auroit précédée partout, et qui, plus jeune et aussi belle, l'auroit pu effacer, ou du moins partager avec elle le plaisir de plaire et d'être louée*. » Elle craignit en même temps de perdre le crédit qu'elle voulait conserver sur ce jeune prince qui professait pour elle les sentiments les plus ardents ; Lenet, à cet égard, nous fournit un précieux renseignement : il n'hésite pas à dire que la Rochefoucauld fut longtemps le confident de la passion que Conti ressentait pour sa sœur, et « que, dans le monde, on l'accusoit de négocier plus pour le Prince que pour lui-même. » Il y a dans le récit de Mme de Motteville une grave remarque à faire, c'est que, dans cette circonstance, le duc de la Rochefoucauld n'entraîna pas la belle duchesse, mais se laissa conduire par elle ; nous avons vu son dévouement absolu pendant toute l'année 1650, nous avons vu tout ce qu'il tenta pour obtenir la délivrance des princes ; Lenet nous montre à quel point il était le serviteur de Mme de Longueville, et il n'hésite pas non plus à voir en elle l'instigatrice de toute sa conduite. Il en fut de même en 1651 : Mme de Longueville voulut la continuation de la lutte, dans la crainte de se voir trop effacée ; c'était devenu comme un besoin pour elle, et elle ne pouvait se résigner à ne pas recueiUir les fruits de sa longue et intrépide résistance. Elle n'eut pas de peine d'ailleurs à convaincre M. de la Rochefoucauld qui, j'en conviens, la fortifia certainement dans la pensée de rompre le mariage de Mlle de Chevreuse. « Il haïssoit les frondeurs, » comme le remarque Mme de Motteville,

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