‹ Œuvres inéditesChapitre 39 sur 81 · Les Mémoires de Gourville ont une lacune de 1677 à · texte numérisé non relu

Les Mémoires de Gourville ont une lacune de 1677 à

très-bien le vendredi , si bien , que chacun chantait victoire. « Dans cet état, écrit Mme de Sévigné le 17 mars, hier à six heures, il tourna à la mort. Tout d'un coup, les redoublements de fièvre, l'oppression, les rêveries; en un mot, la goutte l'étrangla traîtreusement. » L'agonie dura peu^ et à minuit il expirait entre les bras de Bossuet. M. de Marcillac en éprouva une douleur indescriptible : a Cependant, ma fille, il retrouvera le roi et la cour, toute sa famille se retrouvera à sa place; mais où Mme de la Fayette retrouvera-t-elle un tel ami, une telle société, une pareille douceur, un agrément, une confiance, une considération pour elle et pour son fils? Elle est infirme, elle est toujours dans sa chambre, elle ne court pas les rues. M. de la Rochefoucauld étoit sédentaire aussi; cet état les rendoit nécessaires l'un à l'autre , et rien ne pouvoit être comparé à la confiance et aux charmes de leur amitié. » Pour Mme de Sévigné, ce fut aussi une perte véritable : nous avons vu comment elle aimait et estimait M. de la Rochefoucauld, et puis elle éprouvait un grand plaisir à parler des intérêts de sa fille avec le duc, « qui s'en occupoit fort obligeamment. »

Le 20 mars, on emporta le corps du duc à Verteuil : M. de Marcillac l'accompagna, « mettant en honneur toute la tendresse des enfants, » puis il revint avant la fin du mois par ordre du roi reprendre son service. Il voulait conserver encore quelque temps son nom et laisser « refroidir » celui de la Rochefoucauld, mais « le public n'a jamais voulu. » Du reste il paraît que les regrets furent d'une touchante unanimité, bien de nature à faire apprécier l'illustre défunt plus favorablement que ne l'ont fait la plupart de ses historiens. « Jamais un homme n'a été si bien pleuré, dit Mme de Sévigné, Gourville a couronné

tousses fidèles services dans cette occasion: il est estimable et adorable, par ce côté-là de son cœur, au delà de ce que j'ai jamais vu. » Elle nous apprend aussi que le duc de Bourbon le pleura, et quelques jours après revenant, comme elle le faisait dans chacune de ses lettres, sur ce triste sujet, elle rappelle la soirée qu'elle passa chez Mme de la Fayette pendant que le duc se mourait : « je n'ai jamais vu tant de larmes, ni une douleur plus tendre et plus vraie : il étoit impossible de n'être pas comme eux ; ils disoient des choses à fendre le cœur.* »

Il y avait alors un peu plus d'un an que la mort avait frappé celle qui avait eu une si grande influence sur la carrière de M. de la Rochefoucauld : Mme la duchesse de Longueville était morte le 15 avril 1679. Son oraison funèbre fut prononcée, le 1 1 avril 1 680, par Mgr de Roquette, évêque d'Autun, aux Carmélites, et Mme de Sévigné fut à la cérémonie où elle remarqua parmi l'assistance, Mme de la Fayette tout en larmes, « parce qu'il lui étoit tombé sous la main de l'écriture de M. de la Rochefoucauld ; » Mesdemoiselles de la Rochefoucauld « qui pleuroient leur père à l'oraison funèbre de Mme de Longueville, » M. de Marcillac. « Ils sont morls dans la même année, ajoute Mme de Sévigné, il y avoit bien à rêver sur ces deux noms^. »

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