XXVIII
Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel, qu'il se fît un dieu de spn amour-propre pour en être tourmenté dans toutes les actions de sa vie.
(Inédite.)
nobles, puisque ce n'est que la vertu de leurs ancêtres qui a fait la noblesse de leur rang.
Comme dans la nature il y a une éternelle génération, et que la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de même il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours l'établissement d'une autre.
ao.)
Quelque industrie qu'on ait à cacher ses passions, sous le voile de la piété et de l'honneur^ il y en a toujours quelque coin qui se montre.
xxxr
L'intérêt est l'ami de l'amour-propre, de sorte que comme le corps privé de son âme est sans vie, sans ouïe^ sans cognoissance, sans sentiment et sans mouvement. De même l'amour-propre séparé, s'il faut dire ainsi, de son intérêt, ne vit, n'entend^ ne sent et ne se remue plus ; de là vient qu'un même homme qui court la terre et les mers pour son intérêt, devient soudainement paralitique pour l'intérêt des autres; de là vient le soudain assoupissement, et cette mort que nous causons à tous ceux à qui nous contons nos affaires ; de là vient leur prompte résurrection, lorsque, dans notre narration, nous y mêlons quelque chose qui les regarde; de
sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos traités que dans un même moment un homme perd cognoissance et revient à soy selon que son propre intérieur s'approche de lui ou qu'il s'en retire.
(liaédite.)
Les François ne sont pas seulement sujets à perdre, comme la plupart des hommes, le souvenir des bienfaits et des injures, mais ils haïssent ceux qui les ont obligés ; l'orgueil et l'intérêt produisent partout l'ingratitude. L'application à récompenser le bien et à se venger du mal leur paroît une servitude à laquelle ils ont peine de s'assujettir.
La clémence des princes est une politique dont ils se servent pour gagner l'affection des peuples.
La clémence est un mélange de gloire, de paresse et de crainte dont nous faisons une vertu.
La modération des personnes heureuses est le
calme de leur humeur adoucie par la possession du bien.